LECTURES IMMORALES
être tranquille de ce cote. Mais oe n'est pas parce que l'on aura banni <!u collège les lectures dou-
5, qu'on aura remédié au péril des livres et tics journaux à la maison les jours de congé. Et
tant le devoir est de travailler à y obvier. Le seul moyen qu'aient en mains les zélés formateurs de la jeunesse cléricale est la persuasion : il s'agit de donner à l'enfant et aux parents l'horreur des lectures dangereuses.
A l'enfant il est assez facile d'inculquer des convictions solides sur ce sujet si important. Dans ses entretiens spirituels, le Supérieur y reviendra souvent. Les directeurs, de leur côté, feront prendre sur ce point des résolutions précises, qui seront en .même temps inébranlables, si l'esprit de leurs élèves est bien pénétré des vérités qui dominent l'usage des lectures. On répétera sans cesse à ces adolescents, avides de savoir, que leur intelligence n'a rien à gagner au mensonge ; qu'un écolier n'a pas l'â&e ni la sagesse voulue pour apprécier l'inanité des objections qui courent les auteurs neutres ou impies : les lire c'est donc s'exposer à perdre de vue la foi en s'égarant dans des brumes qui, rencontrées plus tard, se seraient dissipées toutes seules devant 'l'esprit rayonnant de vérité.
A côté des lectures troublantes pour la pensée, il y a celles qui bouleversent le cœur. Contre celleslà il faut prémunir tout spécialement l'enfant, parce qu'elles sont plus à sa portée et le flattent davantage. C'est pourquoi on ramènera à se priver des romans, même honnêtes ; les intrigues ajmoureuses, si pures qu'elles soient, sont en effet contrindiquées à cet ;'ige si douloureusement tourmenlé par les
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secrets encore indéchiiiïés de i'exi incul-
quera donc au jeune élu la crainte d'attenter à la pureté de son cœur, en se jetant dans la lecture de pages qui, indifférentes peut-être pour de grandes personnes, ne manqueraient pas de le passionner ; ses .facultés intérieures de sensibilité se développeraient outre mesure au détriment de sa raison et de sa volonté ; son travail en souffrirait, la rêverie l'envahirait, les personnages imaginaires l'arracheraient à son devoir quotidien et lui ôteraient le goût de la vertu.
ILe « futur prêtre », désireux d'arriver au but tant souhaité, aidé de la prière* et de la grâce de Dieu, comprendra la valeur des raisons qui lui imposent la sévérité dans le choix de ses auteurs. D'ailleurs, en lisant les admirables ouvrages — histoire, vies de saints, récits de guerre ou de voyages, biographies, mémoires, épopées gigantesques des missionnaires, études scientifiques, — qui s'offrent aujourd'hui à l'attention du public sérieux, le jeune homme ne regrettera pas l'absence des productions fausses et malsaines, qui, s'il a le cœur élevé, ne lui feront nullement défaut. Il sera reconnaissant à ses parents et à ses maîtres de lui avoir ménagé la santé morale en lui procurant une nourriture substantielle au lieu d'un poison mortel.
Il y aura des gens moins faciles à convaincre que leurs enfants sur cette question, pourtant vitale, ce seront certains parents. En vertu des principes
tolérants qui courent le monde aujourd'hui, on
rde au mal et à i erreur les mêmes droits apparaître et de se faire connaître qu'au bien et à la vérité. Aussi beaucoup d'individus, même réputés chrétiens s'octroient des licences et se créent habitudes d'une telle largeur que le prêtre, interdisant les livres pernicieux au nom de l'élémentaire morale, passe pour un esprit étroit et arriéré.
On voit dés lors quelle difficulté on rencontrera pour ôter du chemin de l'adolescent ces pierres d'achoppement que sont les romans et les journaux. Tous les « futurs prêtres », il est vrai, ne sont pas exposés chez eux à des dangers égaux. iLes fds de familles rurales ne trouveront guère à la maison de publications malsaines, pour cette raison que leurs parents lisent peu, et que le journal hebdomadaire, dont ils se contentent, est généralement honnête et religieux. Mais les « citadins », fils d'employés, d'ouvriers, de commerçants, d'industriels, courront le risque de voir la demeure paternelle envahie de certaine littérature peu faite pour les entretenir dans l'esprit de leur vocation. Tout en espérant que la force de leurs convictions personnelles les empêchera de toucher au poison, on peut redouter qu'ils ne cèdent à des tentations si séduisantes et si répétées. C'est pourquoi il est indispensable d'obtenir des familles une loyale et franche coopération dans I*œuvre de préservation des enfants contre les lectures dangereuses.
Pour obtenir ce précieux concours, le clergé usera de tous les moyens en son pouvoir, sermons, tracts, propagande de la bonne presse, démarches personnelles. Son insistance apostolique ne manquera pas de donnei des résultats. Auprès de
tains parents, très honorés à la pensée que Dieu les appelle à fournir un prêtre, la tâche sera facile : ils prendront d'eux-mêmes d'énergiques résolutions. Dans quelques autres foyers, où le père n'est pas chrétien, d'habileté de la mère, dévouée au service de Dieu, obtiendra qu'aucune lecture douteuse n'apparaisse à la maison. Ailleurs la cause des petites âmes à protéger ne recevra que des satisfactions partielles. Les parents, par exemple, ne voulant pas supprimer l'achat de publications légères ou peu respectueuses de la religion, s'engageront à les mettre soigneusement sous clef, demimesure qui aura quelques bons eifets à côté de conséquences regrettables : le mauvais exemple, renforcé du mystère, excitera violemment la curiosité qui guettera pour s'assouvir les heures de moindre vigilance.
Si la plupart des familles sollicitées par des prêtres zélés organisent, chacune à leur façon, la préservation des jeunes âmes, ils en est d'autres, moins soucieuses du devoir, qui refusent de s'imposer le plus petit effort : romans et journaux continueront à courir chez elles en toute liberté, sous ces prétextes fallacieux « que les enfants, surtout ceux qui seraient destinés au sacerdoce, doivent acquérir l'expérience de la vie ; qu'il serait mauvais de les tenir en serre ; que s'ils n'apprennent pas la vérité par ce moyen, ils la sauront toujours autrement... » Qu'il est à craindre que les vocations, nées dans ces milieux à la morale facile, ne persévèrent pas ! A part quelques individus d'élite, parfaitement résolus, et obéissant ponctuellement à leur directeur, les élus sortis de
familles, retomberonl dans là vulgarité, d'où .ils avaient un instant émergé : tellement il est vrai que la marche au sacerdoce est l'œuvre commune de tous les gardiens de l'enfance !
Les idées pernicieuses, répandues dans le mauvais livre, ne menacent pas toujours directement l'enfant innocent ; elles se servent souvent pour atteindre leur victime d'un intermédiaire qui est le mau nais camarade. Un jeune cœur, perverti par des lectures impures, devient la plupart du temps, par un élan trop naturel, un propagandiste de l'immoralité : véhiculées par lui, les pensées corruptrices sont apportées jusqu'à l'âme candide, qui vivait calme et heureuse sans se douter du danger.
Contre ce péril du camarade on ne prendra de trop minutieuses précautions. Si le berger a peur du loup, les pasteurs des âmes choisies n'auront jamais assez de vigilance contre ces rôdeurs sataoiques, qui sont prêts à dévorer les tendres agneaux.
Ces hypocrites ravisseurs se dissimulent sous des peaux de brebis : on comprend dès lors quelle difficulté les éducateurs rencontrent pour les discerner ; et pourtant combien i! importe de reconnaître à temps ces bêtes cruelles, afin de les empêcher de nuire avant qu'elles aient commencé à exercer leurs ravages.
Au chapitre précédent, on a signalé la façon dont
opèrent ces sinistres agents du vice. Leur tactique
Rri« guère. Ils attirent d'abord leur victime à
l'écart, pour parler avec elle loin de l'œil du maître. Les coins de la cour, les corridors de la maison, les renfoncements des murailles, les bosquets sont les endroits où le tentateur essaie d'amorcer ses conversations mystérieuses qui promettent, prétend-il, des révélations sensationnelles. Ce n'est pas seulemeent en récréation ou durant les promenades que ce malheureux exerce son influence malfaisante, mais à l'étude, au réfectoire, en classe, partout : là où il ne peut parler, il écrit. Par bonheur, la plupart du temps, les parents, les professeurs, mis en éveil par ses attitudes louches, arrachent quelques aveux, ou saisissent un billet compromettant : dès lors, le solliciteur dévoilé, est impitoyablement expulsé, car on ne peut tolérer au milieu du troupeau pacifique la présence de ce loup ravisseur.
Si ses approches criminelles ont passé inaperçues, le corrupteur cherche avant toute chose, clans l'intinnité des premiers entretiens, à obtenir de la part du camarade innocent une confiance aveugle et irraisonnée : ne faut-il pas lui ôter tout soupçon du piège pour qu'il y donne tète baissée ? Généralement l'audacieux séducteur conquiert la sympathie de son candide camarade par le moyen de c*es menus cadeaux dont dispose un écolier : tel mauvais garnement, fijls de boutiquier, (comblait ses complices die chocolat, un autre donnera son stylo ou son portefeuille. Ces objets, dont la présence entre les mains du nouveau propriétaire n'est pas sans étonner, font souvent découvrir aux parents ou aux maîtres le fil de l'intrigue.
Mais le complot n'est pas toujours dénoncé par