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LES CARACTÈRES DE LA FAUSSE AMITIÉ

; voir pour ce « trésor » qu'est un ami : aucun doute sur son immense valeur ne surgira désormais dans leur esprit. Alors seulement sera venu le moment de les mettre en garde contre des liaisons mauvaises et dangereuses qui, se cachant hypocritement sous le couvert de l'amitié, en sont la contrefaçon. Par la bonté de la Providence, ces relations malsaines portent en elles des caractères tellement faciles à reconnaître que les adolescents, dûment avertis, n'auront pas chance de s'y laisser tromper. (Les éducateurs n'ont qu'à les leur montrer.

D'abord ces affections per-nicieuses ne sont pas spirituelles, mais surtout sensibles, c'est-à-dire que la raison de l'attrait qui rapproche les individus, n'est pas tant l'agrément de l'esprit, que les charmes extérieurs de la personne. L'enfant sera donc prévenu d'avoir à se défier toutes les fois qu'il sentira sa sympathie attirée et son cœur ému par l'élégance d'un visage, par des yeux qui le fascinent, par un maintien qui lui paraît gracieux... Dans ce cas, qu'il n'hésite pas à avertir son directeur de ce qui se passe en lui : le prêtre saura bien étouffer par des moyens appropriés l'affection naissante.

Si l'enfant n'a pas su analyser la nature de son attrait, et s'est laissé « piper », il ne tardera pas à comprendre qu'il s'est fourvoyé, à un second signe qui ne laisse place à aucune équivoque : la baisse dm la piété et du travail. L'amitié véritable est une émulation à la vertu, l'affection sensible est un entraînement au relâchement. Ce n'est pas le « culte o des qualités physiques qui peut enthousiasmer une âme pour l'idéal du sacrifice et de |*effort. Qu'on ne cesse de recommander aux jeunes

gens de ne jamais chercher à dissimuler à leur directeur cette descente intime de leur vertu : le prêtre mis en éveil ne tardera pas à découvrir le ver qui ronge leur cœur.

Au cas où l'adolescent illusionné ne saurait pas reconnaître que son idéal « baisse », il sera bientôt forcé de s'avouer à lui-même qu'il est sorti de la vole normale quand il commencera à sentir les « tortures », qui sont la marque la plus caractéristique du désarroi intérieur. Tandis que . l'amitié donne la sécurité, la tendance sensible remplit d'inquiétudes. L'ami véritable est fidèle ; on l'aime sans arrière-pensée ; quand son souvenir revient on en jouit sans en être préoccupé. L'affection désordonnée est troublante, parce qu'elle est hantée de la crainte continuellement renouvelée de perdre l'objet poursuivi, de ne pas en profiter assez. Cetle préoccupation finit par causer une surexcitation nerveuse accompagnée parfois d'insomnies, de battements de cœur, d'une absorption incessante.

A ces cruelles angoisses s'ajoute le supplice de la « jalousie ». Les vrais amis n'ont pas peur d'être supplantés par des tiers : ils sont sûrs d'eux. Les cœurs passionnés sont toujours saisis de frayeur à la pensée que leur proie ne leur soit ravie : d'où leurs efforts constants en vue d'écarter les compétiteurs. On a vu des jeunes gens accaparés par de telles affections pour un camarade qu'ils présentaient tous les symptômes de ce terrible lléau.

Est-il vraiment si difficile, sans rien dire aux oreilles innocentes qu'elles ne puissent entendre, de les avertir à temps et en termes suffisamment précis, du danger qu'il faut éviter à tout prix des '■> affections désordonnées » ?

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