‹ Future pretresChapitre 68 sur 94 · DIVERTISSEMENTS MONDAINS · texte numérisé non relu

DIVERTISSEMENTS MONDAINS

en soi la meilleure est celle-ci : « Le plaisir ! » 11 serait seul que sa volonté rendrait cette parole exécutoire. Mais il y a sa mère, son père, ses frères qui tiennent à lavoir et ne lui permettent pas de rester isolé à la maison. D'ailleurs seule sa mère sait sa vocation... son entourage l'ignore : il ne peut donc s'en servir combine d'un prétexte pour fuir les réunions joyeuses des camarades...

Pendant quelque temips le courageux enfant s'efforce de faire ses exercices de piété en surcroit, alors que les autres dorment : lectures, chapelet le conduisent presque à minuit... mais alors le matin il ne peut plus se lever. Le manque de repos apparaît sur son visage ; il maigrit ; au bout d'une ou deux semaines, il se déclare vaincu.

Sous des formes diverses cette histoire se répète souvent. Tandis que les séminaristes désœuvrés perdent la piété parce qu'ils n'en ont plus le goût, les « divertis » la négligent parce qu'ils n'en ont plus le temps. À leur tour ils sont guettés par leurs ennemis : des camarades pervertis peuvent se glisser même dans la société choisie, que ces jeunes gens distingués fréquentent ; les lectures démoralisantes, dans les milieux riches et mondains, sont généralement fort libéralement admises... Comment cet adolescent, flatté, adulé, heureux, résistera-t-il à ces tentations, lui qui, dévoré d'occupations, n'aura peut-être le loisir d'aller à confesse, chercher quelques conseils et du réconfort, qu'au moment où ses compagnons s'y rendront en bande, c'est-à-dire une fois au milieu des vacances, pour la mi-août ?

Le Bon Dieu fait souvent payer cher aux gens fortunés les avantages matériels qu'il leur prodigue ! Ces « pauvres enfants riches » rencontrent vraiment sur leur route de gros obstacles à leur vocation. C'est une des causes qui expliquent la proportion relativement restreinte des jeunes gens, admirablement méritants, de familles opulentes, qui parviennent au sacerdoce.

Et pourtant il suffirait aux parents de comprendre leur rôle auprès de leur élu pour le sauver des dangers accumulés autour de lui. S'ils sont avertis de ses pieux désirs, quoi de plus simple que de les seconder ? Tout prétexte leur sera bon pour aider l'enfant à se soustraire aux exigences mondaines et favoriser ses saintes libertés. Mais n'est-ce pas trop demander à beaucoup de gens dont l'esprit et le coeur sont noyés dans les préjugés du jour ? Des parents sérieusement chrétiens sont au contraire en mesure de comprendre les besoins dies âmes appelées par Dieu. C'est pourquoi, parmi les fils de familles riches, ceux dont les parents unissent la vraie piété à la fortune ont seuls des chances solides de parvenir à l'honneur incomparable du « Sacerdoce royal » de Jésus-Christ.

De leur côté les adolescents ardemment désireux die réaliser leur magnifique idéal se mettent en quête d'une aide contre les fléaux qui les menacent : leur recours sera, pour eux aussi, au presbytère. C'est là qu'ils trouveront le soutien éclairé et qu'ils apprendront à se dévouer aux œuvres de zèle et d'apostolat. Ils chercheront donc, dès !c dé-but des vacances, à aborder le clergé île !;i ^asoisse. Ces « futurs prêtres », dont la parenté

mondai:

ignore encore les intentions, découvriront sans détour à leur curé ou à leur vicaire leurs pieuses ambitions et lui demanderont d'être considérés comme des séminaristes. Par cette démarche, ils auront mis, autant qu'ils le pouvaient, leur vocation à l'abri pour le temps des vacances.

Il ne leur restera plus qu'à obéir docilement aux avis de leur directeur temporaire. Ses conseils seront évidemment adaptés aux circonstances très particulières dans lesquelles vit ce nouveau pénitent. Mais il ne sera pas difficile à l'excellent prêtre d'organiser la piété et le travail et d'obtenir d'une âme si bien disposée qu'elle arrache aux divertissements le temps nécessaire pour le service de Dieu. Le directeur, s'il le juge utile, interviendra même auprès de la famille, au cas où elle paraîtrait mettre opposition aux raisonnables exigences de l'élu de Dieu. Qui sait si, en approchant ces parents fortunés, le prêtre n'arriverait pas à obtenir d'eux non seulement une large protection pour la vocation de leur fils, mais aussi à les intéresser par contre-coup à cette question si passionnante du recrutement sacerdotal ?

Si l'écolier, riche ou pauvre, hésite, au cours des vacances, à chercher le secours du clergé et à vivre en union étroite et perpétuelle avec le presbytère,

sa vocation risquera fort de succomber. La raison en paraît évidente : les dangers que court l'âme du « futur prêtre » sont trop grands pour qu'il puisse d'habitude les vaincre seul. Il lui faut donc pour rentrer indemne et même spirituellement grandi au

Collège ou au Petit-Séminaire, qu'il ait évité à tout prix le péril de l'isolement.

Pour parer à ce mal de la solitude, qu'il entrevoit comme une cause terrible de perte des vocations, le bon Supérieur, toujours inquiet de l'avenir, a fait à ses chers élèves, avant de se séparer d'eux des recommandations formelles ; leur défendant de se renfermer chez eux comme dans une chartreuse, il leur a ordonné de vivre, autant que possible, de la vie sacerdotale en compagnie de saints prêtres. Les écoliers ont entendu ces conseils et partent tous décidés à les suivre. Comment se fait-il que certains d'entre eux, ne les mettant pas en pratique, restent pour leur malheur des isolés ?... Les uns sont victimes de leur négligence... quelques autres des circonstances... Par exemple, arrivé dans son village, éloigné de l'Eglise, le « futur prêtre » entreprend les quelques kilomètres qui le séparent du presbytère. La malchance veut qu'il n'y trouve personne ce jour-là. Il se dit qu'après la messe, où il compte bien aller chaque matin, il entrera en relations avec son bon curé. Mais c'est à peine s'il peut lui parler : le pasteur dévoué, absorbé par des confessions, tiraillé par des occupations de tout genre, donne un tout petit salut à l'enfant pressé de rentrer chez lui pour se refaire... Ailleurs, dans certains pays plus touchés par la crise du recrutement, le séminariste apprend en revenant à la maison que, Monseigneur ayant retiré le curé de la paroisse, la messe n'est plus dite qu'une fois par semaine dans l'église du village et que le prêtre, surchargé des localités qu'il dessert, n'y apparaît qu'en courant.

D'autres fois, un élève timide et peu « dégourdi »

qui a le prêtre à sa portée, n'ose pas le déranger et ne va pas frapper au presbytère; Par discrétion et

pour ne pas avoir l'air de faire pression sur le collégien, te curé hésite à courir après la brebis qui semble fuir. L'enfant prend cette attitude réservée du pasteur pour de la froideur, et s'éloigne de plus en plus.

Quelquefois l'orgueil, ce mauvais conseiller, souf- 11c à l'oreille de certains écoliers en vacances qu'ils n"ont besoin de personne pour les aider dans la sauvegarde de leur vocation ; l'amour de l'indépendance écarte d'autres enfants de l'influence sacerdotale : ils craindraient être par trop retenus pendant une période qu'ils estiment devoir être exempte de contrainte ; enfin la simple et sotte négligence empêche- trop de bons enfants d'aborder h? presbytère, surtout parmi ceux qu'absorbent les divertissements mondain:;. Chaque matin, en se réveillant, ils se disent : « Aujourd'hui, j'irai faire ma visite à M. le Curé. » Mais n'ayant jamais de temps disponible, ils la remettent au lendemain, et la font, un peu honteux il est vrai, à la veille de la rentrée des classes.

Voilà comment beaucoup de « futurs prêtres » souffrent pendant les vacances du mal de l'isolement. Un prédicateur, qui avait l'expérience des retraites de début d'années dans les Petits-Séminaires, affirmait qu'on aurait peine à se figurer le nombre des enfants appelés au sacerdoce qui, pendant les mois de liberté, sont victimes, à des degrés divers, de ce fléau de l'abandon

238 LES YAi

C» prédicateur ajoutait qu'on ne pouvait calculer les dommages causés dans les âmes par la « solitude » qui, terrible pour tout jeune homme lancé au milieu du monde, est plus redoutable encore pour le « futur prêtre ». Ses devoirs étant plus importants que ceux des futurs laïques, la vertu qu'il doit conserver étant plus délicate, l'idéal auquel il tend étant plus élevé, on comprend aisément qu'il soit impuissant à atteindre des buts supérieurs à ses forces quand l'aide lui manque.

Le premier résultat de l'isolement est le « découragement ». L'enfant, voyant que personne ne se présente à lui pour le secourir, commence à désespérer d'arriver. Généralisant, comme toujours, les faits particuliers, sa logique rapide en conclut que la vie sacerdotale est un désert pour l'âme. Si du côté du presbytère il sent l'impression de solitude, il ne l'éprouve pas moins au sein de sa famille. Ses frères et ses sœurs qui poursuivent des buts humains et rêvent de mariage, d'enfants, de situations lucratives, se comprennent parce qu'ils parlent le même langage. Lui, qu'au Petit-Séminaire on a habitué à envisager les réalités surnaturelles, est dépaysé au milieu des siens. Lui faudra-t-il donc toujours faire bande à part ? Il a, par moments, de terribles désirs de dire adieu à ses ambitions sacerdotales, pour retourner au monde qui l'accueillerait si joyeusement.

Le « futur prêtre » repoussera ces suggestions jusqu'au jour où, par la faute de son isolement, cédant à une occasion, le pauvre enfant se sera laissé prendre à quelque piège... Il n'aura pas su, ou dépit.'-, il n'aura pas eu le courage de repousser les avances

LE DÉCOURAI 237

du camarade hypocrite... ou de rejeter ie livre mauvais... Loin de les mépriser, ne les a-t-il pas même accueillis ?... ce camarade, ce livre n'étaient-ils pas une « compagnie » pour lui ?

Et maintenant que l'adolescent a faibli, que sa chasteté est peut-être en péril, quelle main l'arrachera à sa misère ? 11 sérail encore temps de le sauver, car au lendemain die son premier péché, son âme est toute aux regrets, à la honte, aux sentiments féconds du retour à Dieu. Mais à côté de l'enfant troublé, personne n'est là pour l'écouter, le deviner, le consoler... Son directeur du Collège ou du Petit-Séminaire, ce prêtre auquel il dirait tout, est à cinquante lieues... au presbytère, il ne s'est pas ménagé l'accès facile et la confiance qui favorise les ouvertures... S'il va s'y confesser, ce sera pour se débarrasser de fautes lourdes, qu'il accusera aussi sommairement que possible, et dont il recevra l'absolution après Les conseils banals que Ton adresse à n'importe qui... alors qu'il lui aurait fallu trouver un cœur de père dont l'affection l'eût ragaillardi... Mais il se tenait isolé et de là est venu tout son malheur : « Vas ! »

S'ils veulent empêcher les écoliers de mettre à néant pendant les vacances les bienfaii:; multipliés du Petit-Séminaire ou du Collège chrétien, les zélés recruteurs du clergé doivent donc travailler de toutes leurs forces à préserver leurs élèves de ce fléau terrible de l'isolement.

Pour arriver à ee résultat, certains supérieur:, surtout ceux des Collèges prennent le soin, dès

avant le dépari, d'assurer pour le temps des vacances, à ceux de leurs « futurs prêtres » qui seraient plus exposés des relations salutaires avec les prêtres de la paroisse où ils résideront. Le personnel enseignant d'une maion d'éducation possède assez de ramifications dans le .diocèse, cl nièune souvent dans les diocèses étrangers, où certains élèves villégiatureront, pour pouvoir avertir personnellement des ecclésiastiques dévoués de l'arrivée dans Leurs parages de tel jeune homme, manifestant une vocation sacerdotale. Ainsi aucun collégien timide ou indépendant, ne pourra fuir la douce influence, ni se dissimuler, brebis perdue, dans le reste du troupeau, ni refuser son concours au directeur d'œu- Vres qui le lui demandera. De la sorte, la maison d'éducation aura fait tout son possible pour éviter à ses « futurs prêtres » le malheur de demeurer seuls.

De son côté, le clergé paroissial, dûment prévenu, n'hésitera pas à s'employer, tout autre ministère cessant, à sauvegarder les séminaristes en vacances. Le zèle de certains prêtres est admirable. Un curé d'une importante paroisse de campagne avait décidé, pour attirer ses séminaristes au presbytère, qtu'rls y prendraient leur petit diôjeùner chaque fois qu'ils auraient communié. De la sorte, h .s jeunes gens se trouvaient agréablement retenus cl salent de' kmgs moments en compagnie de leurs prêtres.

Tous les curés ne peuvent, pour des raisons diverses, dont la principale est le coût de la vie, imiter cet exemple. D\ii moins certains d'entre eux ne pourraient-ils pas garder les séminaristes chaque

:■>•■. ■ RDË ni' SÉMINARISTE

dimanche au repas qui suit la grand'messe ? Le clergé s'assurerait ainsi que les offices sont régulièrement suivis, et il profiterait de l'occasion pour manifester aux jeunes gens sa sympathie et son dévouement.

Malheureusement les ressources de la plupart dos presbytères ne permettent guère d'étendre aux écoliers ces invitations hebdomadaires, qui restent réservées aux seuls « abbés >. Mais s'il n'est pas possible de recevoir à table ces débutants, ce n'est pas une raison de les abandonner. Il y a d'autres manières de les attirer. Un vicaire, spécialement zélé pour le recrutement, consacrait ses après-midi de vacances à se promener avec le joyeux groupe des séminaristes : ces excursions champêtres, à la fois gaies et recueillies, car elles éiaient entrecoupées des exercices de piété, constituaient un merveilleux apostolat.

Si le curé ou son vicaire, trop accablés de- besogne, n'ont pas le loisir d'imiter cet exemple de dévouement quotidien, qu'ils établissent, au moins un jour par semaine, une promenade en commun, pendant une belle après-midi. Parfois même qu'on parte dès le matin, en emportant de quoi manger sur l'herbe. Ces rencontres périodiques, quelle que soit leur peu de fréquence, finiront par établir entre le prêtre et les recrues sacerdotales des liens d'intimité si solides que l'écueil de l'isolement n'existera plus. De son côté, le clergé apprendra à connaître à fond le caractère, les tendances, les défauts des aspirants, qu'il verra dans leur parfait naturel au cours de ces parties de plaisir. Il pourra ainsi s'intéresser plus efficacement à la formation de ces âmes, si dignes de soins vigilants.

240 LES VACANi i

Cet effort, même simplement hebdomadaire, est impossible dans certaines régions où le clergé est trop clairsemé. Le curé ne suffit pas au service des paroisses dont il a la charge ; il ne peut songer, même pour le plus grand profit de « futurs prêtres », à consumer une seule journée en de joyeux ébats : il n'en a ni le temps, ni les forces. Faut-ii se résigner à penser que, dtans ces parages déshérités, les séminaristes seront abandonnés ? Non ; ce délaissement serait un malheur d'autant plus grand que les vocations deviennent plus précieuses à mesure que les prêtres sont plus rares : les chrétientés dépourvues de clergé ne doivent pas laisser perdre un<e parcelle de leur bien sacerdotal.

Dans certaines paroisses, un remède providentiel s'offre de lui-même : est-ce que les grands séminaristes ne pourraient pas, venant ainsi en aide à leur pasteur, se charger du soin et de la surveillance des petits ? Les « abbés » se feront un plaisir et un devoir de devenir pendant les vacances la sauvegarde de leurs jeurcs frères. Avec eux ils accompliront leurs exercices de piété ; ils présideront à leur travail ; en leur compagnie ils prendront leurs joyeux ébats. Ainsi se passeront les mois de repos, sanctifiés pour les petits par l'obéissance aux grands, pour les grands par le zèle du recrutement sacerdotal. Ces jeunes « abbés », inaugurant l'une des plus douces fonctions de leur ministère futur, ne réaliseront-ils pas l'une des parties du beau programme que leur propose l'auteur du livre si actuel et si important : les Séminaristes recruteurs du sacerdoce ? (1)

(1) R. P. Derbrel. Toulouse, fi, rue du Languedoc, aux iux <!t- ht Revue du Recrutement Sacerdotal,

Mais que de parois es n'ont pas le bonheur de

posséder de « théologiens », ou de « philosophes » avant déjà revêtu la soutane et capables de s'occuper fructueusement des débutants !... Qui va donc prendre soin des jeunes aspirants pendant cette dangereuse période des vacances ?

Pour obvier à l'inévitable isolement auquel seraient condamnés les séminaristes de ces paroisses déshéritées, certains Supérieurs de Petit-Séminaire ont créé pour les vacances des Colonies de séminaristes, auxquelles sont invités tous les élèves qui peuvent en avoir besoin. Après leur avoir laissé deux ou trois semaines pour jouir de la famille, on convoque ces jeunes gens dans un « trou pas cher » au bord de la mer ou à la campagne. Là, sous la conduite de plusieurs de leurs professeurs, la joyeuse bande organise son installation, d'autant plus agréable qu'elle est plus sommaire. Pas de frais inutiles : chacun apporte sa part de main-d'œuvre au bien commun. La nourriture est simple et saine et la jeunesse rend léger le sacrifice du confortable. La « Colonie » fait la joie des pays où elle s'établit. Grâce à elle, certaine station balnéaire, tout à fait familiale, avait pris, au cours des dernières saisons d'été qui ont précédé la guerre, un aspect de vie ei de gaîté qu'elle ne connaissait pas auparavant. En effet, l'église, autrefois assez désertée, se remplissait de paroissiens curieux d'assister aux cérémonies liturgiques du dimanche ; chaque matin, la '< messe de communauté » attirait les âmes les meilleures et les incitait à la pratique de la piété : les petits-sôminaristes, communiaient si pieusement et récitaient si parfaitement leurs prières qu'ils

étaient pour tous un grand sujet d'édification. Le sérieux n'empêchait pas les divertissements. Dans une grange transformée en théâtre champêtre, la « Colonie » donnait chaque semaine une « soirée » littéraire ou amusante. Il n'en fallait pas plus pour rendre populaires maîtres et élèves. ILe Supérieur, l'Econome, les professeurs étaient vénérés des habitants ; par leur bonne tenue et leur réserve, les enfants avaient gagné les cœurs... Le jour du départ était triste : les partants et ceux qui restaient se disaient des adieux émus... Le Supérieur de ce Petit-Séminaire constatait que sa « Colonie » était le salut de beaucoup de vocations, qui échappaient ainsi, dans des journées exubérantes de joie et de piété, aux misères habituelles des vacances.

Parmi ces misères habituelles auxquelles sont soustraits les enfants dont on s'occupe intelligemment au cours des vacances, il en est une dont on ne pense pas toujours à se défier, et qui est pourtant des plus sournoises et souveiii. irrémédia c'est la séduction féminine.

Pour être moins brutal qu'à l'âge d'homme, le besoin d'aimer est pourtant, au cours des années de la puberté, une puissance avec laquelle il faut compter. C'est pourquoi les éducateurs, se rappelant les principes qui président à la morale chrétienne, s'efforcent d'éviter aux adolescents qui veulent garder leur cœur à Dieu, l'occasion de le laisser prendre par une jeune fille.

Au moment où il sent monter en lui les forces

LA SÉDUCTION 1-KMIM 2-l.'>

nouvelles et encore inexpliquées de la virilité, le jeune homme éprouve une impression de solitude, accompagnée d'un besoin vague et indéfinissable d'aimer. 11 serait incapable, le pauvre petit, d'analyser son état d'âme, qui pourtant le fait, à certains moments de tristesse, icruefllemenjt souffrir. -Mais qu'un objet paraissant digne de son affection se présente à lui, alors sa puissance d'amour se « cristallisera », comme on dit aujourd'hui, en se portant avec vigueur vers l'être qui répond aux aspirations de son cœur.

Au chapitre précédent on a vu que ce personnage peut s'offrir au sein du Collège même, sous les dehors d'un camarade à l'aspect séduisant — ainsi le croit le soupirant — auquel l'âme vouera une affection désordonnée. Heureusement ces élans entre jeunes gens restent des cas exceptionnels : d'une part, la surveillance 1res active exercée par les maîtres empêche ces anomalies de se produire ; d'autre part, pressés par l'instinct naturel, dont ils ne s'expliquent d'ailleurs pas le pourquoi, les adolescents répugnent à une propension sensible pour des individus de leur sexe.

La tendresse pour des jeunes filles peut ne rencontrer aucun de ces deux obstacles. D'abord au cours des vacances, si le collégien n'est pas suivi tris attentivement par sa famille ou par ses prêtres, la surveillance n'existe plus ; ensuite les tendances du cœur, quand elles ne sont pas retenues par une volonté ferme et une piété prévoyante, courent tout droit vers les objets qui lui sont naturels...

11 peut se faire que chez certains jeunes écoliers ces impulsions amoureuses soient avivées au cours

Page 1