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LES Y M ANC

des mois de repos par un redoutable jeu de circonstances. Le séminariste « isolé », c'est-à-dire abandonné à ses propres mouvements, tombe presque fatalement dans l'une des deux misères qui ont été étudiées au début du présent chapitre : celle du désœuvrement ou celle des divertissements mondains. Or l'une et l'autre sont de nature à créer dans un cœur l'atmosphère propice à l'éclosion d'une passion.

Le « désœuvré » s'ennuie. La tristesse devient lie fond de son âme. Il voudrait une occupation et n'a le cou-rage d'en accepter aucune. Il jalouse Le sort de ceux qui ont à leur portée des camarades avec lesquels ils passent leur temps. Mais ses amis à lui — s'il en a — sont à vingt lieues. Chaque jour et à chaque instant du jour, il regarde à l'horizon, comme jadis sœur Anne, pour voir si un libérateur n'apparaît pas... et jamais il ne voit rien venir. Cet écolier, extérieurement libre, est accablé comme s'il vivait en prison. On comprend: avec quel enthousiasme il accueillera la main qui lui ouvrirait les barreaux de sa cage.

Voici qu'elle se révèle un beau matin, celte petite main... C'est une jeune tille qui la lui tend... voisine, cousine, amie de la famille, peut-être camarade d'enfance avec laquelle l'écolier a joué à un âge où 1 habit créait la seule différence apparente entre les sexes... Les parents ne peuvent avoir de soupçon sur l'innocence des relations avec cette enfant, que par une illusion trop commune, ils croient toujours petite, toujours âgée de six ans, toujours incapable d'une impression d'amour. Née dans les mêmes temps que le collégien, elle est déjà plus mûre que

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m;, la jeune fille étant plus précoce dans sa métai lorphose. Elle est donc <U''jà par elle-même un objet d'éveil pour ses aUVrlwms... et voici que les événements vont subitement les renforcer... Au cours d'une conversation, elle voit l'adolescent mélancolique... elle le prend en pitié, et, mue par i.n sentiment profondément sympathique, elle essaye de le consoler. La jeune fdle candide ne sait pas qu'elle met le doigt clans un engrenage qui les happera tous deux... Elle est si douce, ses paroles sont si charmantes que le jeune homme sent naître en lui une extraordinaire sympathie. I! ne se l'explique pas tout d'abord... il ignore le nom de ce qu'il éprouve... mais il trouve l'impression tellement à son goût qu'il y laisse aller son cœur...

Ainsi commence l'idylle. Comment se terminerat-c-lle ? L'enfant, revenu au Séminaire, possèdc-t-il assez d'ouverture d'âme pour découvrir son secret à son directeur ? Alors peut-être sera-t-il temps encore de fermer cette blessure. Ces deux innocents ne s'étant rien dit que d'honnête et n'ayant, pas plus l'un que l'autre, rien entrevu de ce que l'amour peut avoir de sensuel, leurs âmes restent capables de retour à la raison, d'enthousiasme pour un idéal de sacrifice et de pratique de la pureté. Le directeur arrivera peut-être à éteindre la ilamme malencontreusement allumée. Mais si l'enfant renferme son secret au fond de son cœur et se contente de ronger son chagrin en comptant les jours qui le réparent du retour au pays, alors il n'y a plus guère . qu'à désespérer de cette vocation. L'amour pour cette jeune fille a supplanté l'amour pour Dieu. Cet enfant ne sera pas un prêtre, mais tout simplement. espérons-le, un époux.

Telle est l'histoire du désœuvré, noyé dans l'abandon au fond de son village. Celle de l'enfant mondain conduit par des voies différentes au même résultat. La sollicitation féminine est perpétuelle autour de lui. La demeure où il villégiature est sans cesse le rendez-vous de toute une jeunesse masculine et féminine pleine d'entrain : au tennis, au croquet, en auto, sur la plage, l'adolescent coudoie les amies de ses sœurs, et les amies de leurs amies... Tout ce monde féminin qui babille, s'amuse, intrigue, se présente vêtu dans des costumes inconvenants, véritables attentais à la vertu. Comme il fait chaud et qu'on est au bord de la mer, tous les déshabillés sont permis, surtout celui du bain qui rend la plage inhabitable pour les âmes résolues à (rester pures. Telle est la société au milieu de laquelle évolue cet enfant qui pourtant rêve de sacerdoce. Comment résistera-t-il à de pareilles excitations ? Ses pensées resteront-elles, malgré ces al tractions terrestres, fixées au Ciel ? Son cœur me sera-t-il pas impressionné par quelqu'une de ces jeunes filles, qui dans sa grâce pourtant fictive et « composée », lui paraît réaliser un idéal ?....A son insu des sentiments affectueux naissent dans son cœur... il recherche la compagnie de cette enfant, dans un bon but, évidemment, croit-il... il entre en relations cordiales avec elle, en s'imaginant peutêtre qu'avec son aide il aimera davantage le Bon Dieu... illusions de l'amour !... Pour lui aussi, le pauvre enfant, l'idylle commence...

Comment finira-t-elle ? La passion de l'adolescent mondain a moins de chance de couper court que celle du petit-séminariste, dont il était parlé

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