LES ALTITUDES
Les aptitudes familiales d'abord : une naissance au-, dès parents cpii ne soient pas affligés de tares morales, comme serait une réputation notoirement mauvaise, ou de tares physiques, comme par exemple la folie héréditaire, telles sont les conditions exigées du milieu d'origine pour que le « futur prêtre » puisse porter honorablement le sacerdoce.
!Les aptitudes physiques ensuite : une santé suffisante, une constitution normale, l'absence d'infirmités notables sont nécessaires pour préserver la dignité du prêtre. La plupart des enfants possèdent heureusement le minimum des qualités corporelles indispensables pour le sacerdoce : ceux qui en sont dépourvus forment l'exception.
Les aptitudes intellectuelles, pour être moins visibles, n'en sont pas moins importantes. Le séminariste devra un jour étudier la philosophie et la théologie, non seulement pour acquérir un savoir personnel, mais surtout en vue d'enseigner aux autres les grandes vérités morales et dogmatiques, car le prêtre « est la lumière du monde » (1), et de « réfuter les erreurs de ceux qui contredisent la vraie doctrine » (2). Il lui faut donc posséder l'instrument de travail, c'est-à-dire une intelligence capable d'une certaine pénétration. Ce serait un grand tort, quand on cherche à préparer des enfants pour le sacerdoce, de ne pas attacher à l'aptitude intellectuelle l'importance qu'elle mérite, sous prétexte que le jeune aspirant paraît « pieux »,
<1) Matt. V, 14.
(2) Tito I. 9.
12 La notion dk la vocation
car, comme le disait un vieux directeur de Séminaire très expérimenté : « La piété passe et la bêtise reste ».
Plus grave encore que ce manque d'intelligence serait l'absence de « bon sens ». Il faut écarter impitoyablement les jeunes gens qui « voient faux ». Us seraient plus tard exposés à tomber dans mille erreurs de conduite et de doctrine, et, ce qui est non moins grave, à y faire succomber les autres. L'Eglise n'a pas besoin de ces « aveugles pour conduire ces autres aveugles » qui sont les ignorants ou les pécheurs, car, « les uns et les autres se précipiteraient dans le fossé » (1).
Les aptitudes morales doivent venir compléter et parachever l'ensemble. Elles sont constituées par les qualités du vouloir et l'habitude de la vertu. L'enfant qui peut être jugé susceptible à se destiner au sacerdoce, est celui qui présente de l'énergie, une générosité d'âme qui lui fait accepter volontiers les sacrifices, et de la persévérance dans ses désirs. A ces marques d'une volonté maîtresse chez elle, l'enfant devra joindre l'innocence de la vie, conservée ou reconquise et la pureté des moeurs. Quelle erreur ce serait de pousser vers le Séminaire des cœurs en voie de décomposition morale !
Inutile de poursuivre plus longtemps ce tableau des « aptitudes ». En somme tout enfant normal, présentant une bonne moyenne de qualités intellectuelles et morales, de bonne famille, bien élevé, sur-
fit. XV, 14.
l'attrait 13
tout bien chrétiennement élevé, a en lui l'étoffe d'un « futur prêtre ».
Les « aptitudes » sont le premier indice de vocation ecclésiastique, rattrait est le second.
Qu'est-ce donc que l'attrait ? C'est la propension vers les choses de l'état ecclésiastique, le « goût » tles fonctions et du ministère sacrés. Généralement c'est à la présence de cet élan vers le sacerdoce que les recruteurs du clergé discernent dans la masse des enfants, doués d'ailleurs des aptitudes suffisantes, ceux qui sont susceptibles de devenir prêtres.
L'expérience fournit de l'affirmation qui précède une vérification facile et quotidienne. Tout prêtre désireux de travailler au recrutement sacerdotal cherche d'abord à discerner, parmi les enfants ou les jeunes gens dont il ^'occupe et qui présentent les aptitudes requises, ceux qui paraissent manifester un « attrait » vers l'état ecclésiastique. Quand il soupçonne chez quelques-uns d'entre eux la présence de cette tendance, il les interroge. Deux sortes de réponses lui sont données. Les uns, étonnés de l'étrange question, expriment un refus, comme ce jeune élève qui s'écriait : « Moi, prêtre ?... jamais, c'est trop triste ! » Les autres, au contraire, accueillent la suggestion qui leur est offerte. Ces derniers, à leur tour, se partagent en deux groupes. Certains enfants qui ont déjà été favorisés de grâces de choix, regardent avec des yeux ardents le prêtre qui les questionne et lui révèlent leur joie à la pensée qu'ils pourraient devenir prêtres un jour. Ceux-là possèdent ce que l'on peut appeler l'attrait « caractérisé ». Certains
autres, qui n'ont jamais beaucoup réfléchi sur l'avenir sacerdotal, ne se sentent aucun élan vers la vie parfaite, mais n'en éprouvent non plus aucune répulsion ; au contraire même, à priori, l'idée d'y parvenir ne leur déplairait pas : ceux-là ont au cœur ce que l'on peut désigner sous le nom d'attrait « imparfait ».
Il est évident que le résultat de cette enquête sera le suivant : le prêtre se gardera d'insister auprès de ceux qui manifestent un refus ; il ne saurait être trop circonspect vis-à-vis de ceux-là, car les conséquences d'une pression sur le vouloir sont trop graves pour l'avenir. Par contre il considère comme désignés pour se préparer au service de Dieu ceux qui témoignent d'un élan caractérisé. Quant à ceux qui montrent un attrait imparfait, il va soumettre leur bonne volonté à un régime destiné à l'incliner vers le sacerdoce. Le traitement donnera succès ou insuccès : insuccès si l'enfant s'aperçoit qu'en réfléchissant aux devoirs du futur séminariste, il sent naître en lui dégoût et répulsion ; succès, si en envisageant de plus près les beautés du sacerdoce, son indifférence se change en commencement d'élan.
Attrait ou rcpulsion, voilà donc généralement à quoi on reconnaît s'il est prudent de diriger vers l'autel un enfant qui a d'ailleurs l'intelligence et la moralité suffisantes, ou de l'en détourner ; ceux qui manifestent une tendance vers l'état ecclésiastique ou religieux seront pratiquement pour l'ordinaine, jugés aptes à être r.angés parmi les aspirants au sacerdoce. L'attrait est donc un indice très utile, très heureux et très désirable, quoique non indispensable, comme nous le verrons plus loin, de l'aptitude à la vocation ecclésiastique ; c'est très souvent le signe
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Lble de La volonté divine s'exerçant sur .son Eglise pour signaler aux Evèques les sujets qu'ils peuvent appeler.
Comment naît dans l'âme cette propension intérieure qui pousse l'enfant vers l'état ecclésiastique ou religieux ? Telle est la question que se pose tout éducateur qui se préoccupe de reconnaître les élus de Dieu.
Cette interrogation mérite réponse. Connaissant les causes, on peut les favoriser. Ainsi fera celui qui tient à cœur de seconder l'éclosioL des germes divins : de tout son pouvoir il aidera à prospérer la semence jetée par Dieu.
L'àme de l'enfant subit ici la loi psychologique commune. La tendance affectueuse suppose au préalable l'existence d'une connaissance qui s'est révélée à l'esprit par suite du concours des circonstances, En effet, le principe : « On ne désire pas ce qu'on ignore », ne souffre aucune exception.
L'enfant a donc d'abord « compris » quelque chose, il a eu sa petite « lumière », et c'est là, évidemment, qu'il faut marquer le point de départ de l'attrait.
Mais il ne faudrait pas s'imaginer que cette « perception » du sacerdoce soit chez l'enfant une vision nette et tout à fait directe. La plupart du temps, au contraire, elle revêt l'aspect d'une apparition lointaine et assez confuse, au cours de laquelle l'objet ne se montre pas de face, ni dans ses parties essentielles, mais par certains de ses contours plus séduisants. Ainsi ce sont quelques à-côtés avantageux ou Jlatteurs de l'état ecclésiastique qui frappent tout
d'abord les j«uncs esprits. Pur exemple, tel petit servant de messe est impressionné par la beauté des ornements, la majesté des cérémonies, lu joie qu'on doit ressentir à monter les degrés de l'autel, à encenser, à chanter au milieu d'une assemblée recueillie... un autre sera saisi du désir de monter en chaire, de transmettre ses idées aux auditeurs, et de suite 1! commence à réunir des camarades pour les prêcher.
Ces motifs d'attraction sont évidemment ceux de la première enfance. Il arrive très fréquemment qu'ils n'exccccnt aucune action sur l'âme de beaucoup de « futurs prêtres », car il est assez exceptionnel que la naissance de l'attrait coïncide avec l'éveil de la conscience et des plus tendres années. Bien plus souvent c'est vers dix, douze, quatorze ans, ou même plus tard, que s'éveille chez la plupart des élus de Dieu les premières tendances vers la vie sacerdotale.
A cette époque, où la maturité de l'esprit est plus avancée, la « révélation » change d'aspect. Elle est en corrélation intime avec les états d'âme de l'adont. Généralement, c'est parce que l'idéal sacer- <!<>'a! répond à un besoin d'expansion, à une tendance au don de soi, au dévouement parfait et héroïque, qu'il illumine l'intelligence et, comme on dit dans le langage philosophique moderne, « cristallise > autour de lui toutes les énergies disponibles. Par exemple, le bouillant petit garçon, qu'aucun dw choses d'Eglise n'avait séduit, parce qu'elles lui paraissaient beaucoup trop « tranquilles » pour son tempérament exubérant, ouvre par hasard, un jour de pluie où il s'ennuie, la vie si mouvementée d'un missionnaire, comme serait celle du Bienheureux Théophane Vénard, du Bienheureux Perboyre, d'un