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LA COURAGEUSE PRUDENCE DES DIRECTEURS

Le Bon Dieu se sert de toutes les circonstances intérieures et extérieures pour obtenir ses fins. Il veut dans sa sagesse peupler de saints prêtres à la fois les diocèses et les communautés : aux âmes de se laisser docilement conduire par ses touches divines. Leur donner cette, souplesse d'adaptation aux impulsions surnaturelles, manifestées tantôt par les inspirations intimes, tantôt par les événements de la vie, et leur faire acquérir cette source de paix qu'est la « bonne volonté », telle doit être la tâche du directeur, qui se tromperait étrangement si, dépassant ces justes limites, il se croyait permis de forcer ou d'étouffer les rêves de perfection.

Le guide éclairé assistera donc en spectateur favorable et approbateur à l'éclosion des saints enthousiasmes. Il se réjouira quand il" verra les âmes bondir comme des géants vers la perfection religieuse ; il manifestera non moins de bonheur quand il constatera que d'autres âmes, profondément généreuses elles aussi, cherchent dans la vie séculière saintement comprise et courageusement organisée, l'assouvissement de leur désir de s'immoler ; il s'efforcera de soutenir et même de relever celles qui, essouflées d'un premier élan, s'arrêteront sur le bord de la route pour respirer.

Ces sentiments favorables au développement de l'idéal religieux dans les âmes sacerdotales sont dictés par la prudence surnaturelle. Aucune raison ne peut donc empêcher le directeur de les manifester, ni la crainte des familles, ni la désapprobation possible de certains personnages, ni même la peur de nuire au diocèse. Certains prêtres sont, en effet, pris de frayeur à la pensée qu'autant de jeu-

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nés gens d'élite rcaliiselront ieur idéal religieux, autant on déplorera de vides dans des paroisses restées sans curé...

Cette terreur n'esl-elle pas déplacée ? Ne vientelle pas de l'oubli de cette vérité : « Ce n'est pas appauvrir les diocèses que d'enrichir L'Eglise. » Si Dieu se désigne des âmes privilégiées qu'il appelle à la vie de renoncement, pense-t-on qu'il oubliera de susciter une milice sacerdotale dans les pays qui lui fournissent des vocations de choix ? N'est-il pas « Celui qui appauvrit ou qui enrichit comme il Lui plaît » ? (1) Ne peut-Il pas, en réponse aux dons qui Lui sont faits, multiplier ses appels dans ces régions généreuses, ou frapper de stérilité sacerdotale les contrées égoïstes qui opposeraient des refus à ses désirs ? (2) « Hommes de peu de foi, pourrait répéter Notre-Seigneurv pourquoi douflez-vous de Moi ? » (3)

D'ailleurs le diocèse, pour lequel le directeur aurait si grand tort de craindre, est riche ou pauvre en prêtres. S'il est riche, qu'il donne, car que souffrira-t-il en versant de sa plénitude ? S'il est pauvre, qu'il donne aussi, pour attirer les bénédictions

(1)1. Reg. II. 7.

Cf. [mettre Aposti « Maximum illud » de

S. S. Benoît XV sur la propagation de la Foi dans le monde, adressée à tous les évèques : « Ne vous laissez influencer ni par tel prétendu bien à assurer, ni par aucun calcul humain, et ne pensez pas qu'en autorisant des sujets à partir pour les missions étrangères vous portiez préjudice à votre diocèse : pour un prêtre que vous aurez donné aux missions lointaines Dieu suscitera autour de vous plusieurs autres ouvriers aeiit's clans votre diocèse... ».

(3) Malt. VIII, 2G.

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