LA BONNE MÉTHODE D'ORAISON
la journée : dès les prochaines vacances mille préoccupations les distrairont, mille prétextes surgiront, tellement qu'ils arriveront au soir sans avoir pu seulement trouver quelques secondes pour se rapprocher du Christ, lui redire leur attachement, et adorer avec Lui et par Lui la Souveraine Majesté. De la sorte, ils passeront leurs journées sans avoir rempli auprès de Dieu leur devoir de créature, et surtout de « futur prêtre ».
Mais que le petit séminariste n'imagine pas que cette recollection matinale doive nécessairement revêtir une forme déterminée, d'après une méthode strictement imposée. Le Grand-Séminaire sera chargé d'enseigner au « jeune abbé » une technique complète de l'oraison ; mais pour l'instant, l'essentiel est que l'enfant converse familièrement avec Dieu, en toute confiance et abandon. Les considérations, qu'il puisera surtout dans ses « visions liturgiques », alimenteront d'abord l'entretien, qui tournera bien vite en affectueux épanchements au cours desquels l'âme ne .cessera Wadorer Dieu, de le remercier, de lui demander pardon, d'implorer ses bienfaits. Le cœur s'échauffant par degrés, l'amour pressera la volonté de formuler de sages et énergiques résolutions.
Si la bonne manière d'oraison est celle qui réussit à faire produire les grands actes de religion, le lieu où chacun doit prier de préférence est celui où l'âme se sent plus facilement portée vers Dieu. Si pendant l'année scolaire la discipline exige que cet exercice se fasse en commun dans une même salle, au moment des vacances chacun doit profiter de sa liberté. L'un trouvera la dilatation du cœur à genoux sur son prie-Dieu dans la solitude de sa
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chambre, un autre sous les ombres de sa charmille, un autre au pied de l'autel. Chacun saura bientôt quelles idées l'enchantent, quelles vérités l'enthousiasment, quels actes lui sont salutaires. Dès le Petit-Sérninaire, la vie intérieure de chaque « futur prêtre » prend sa physionomie, souvent très particulière. Peu importe le chemin que suivent les âmes, pourvu que chacune, fidèle à sa grâce, marche dans le sentier que lui trace Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (1).
(L'amour intérieur engendre naturellement le zèle. Le dévouement pour une personne est la conséquence de l'affection qu'on lui porte. Les éducateurs, en excitant au fond des âmes un désir ardent d'union au Cbrist, suscitent du même coup en elles une volonté brûlante de lui conquérir de nouveaux adorateurs.
Quand un enfant enthousiaste et généreux a compris que le but de toute vie humaine est de rendre au Très-Haut, par l'Intermédiaire de Notre-Seigneur- Jésus-Christ, un hommage équitable, n'a-t-il pas commencé à concevoir l'idée fondamentale du zèle, qui consistera à propager de tous côtés cette glorification de Dieu ? Mais, élevant encore ses pence jeune séminariste doit comprendre que son rôle de prêtre lui imposera de consacrer à l'extension du règne de Dieu sa vie entière. Dès lors sa devise sera : « Que votre Nom soit sanctifié, que voire Règne arrive ! o Dans ces deux mots du Puttv Nos-
(1) .Juan. XIV, (>.
l'union au christ, principe du zble 2!)f)
ter est contenu tout le programme du zèle sacerdotal.
Tel est le principe fondamental du dévouement à la cause de Dieu que les maîtres doivent s'efforcer de graver profondément dans l'âme des adolescents, en leur montrant qu'il est un corollaire nécessaire des Vérités entrevues à la Sainte Messe, dans toute la Liturgie, et dans l'Oraison qu'elles ont inspirée.
Ce serait, en effet, un grand dommage pour la Sainte-Eglise que les « futurs prêtres » ne soient pas formés à l'action sacerdotale ipar les vrais motifs qui doivent la diriger. La vie intérieure en est une. Les mêmes raisons qui nous obligent à adhérer au Christ, pour parvenir par Lui à la Très Sainte Trinité, nous pressent de chercher de tous côtés des « adhérents » au Christ pour les introduire auprès de la Majesté divine. Accroître le corps mystique du Christ, en lui rattachant de nouveaux membres ; reconstituer l'union avec la Tête des membres qui s'en étaient séparés ; resserrer davantage les liens entre les membres déjà unis au Christ, leur Chef, tel est le rôle et le but auquel doivent tendre tous les efforts du zèle sacerdotal : il apprendra ainsi aux hommes à marcher vers leur fin dernière qui est l'union éternelle (par le Christ à Dieu dans le Ciel.
Quand les formateurs des « futurs prêtres » auront bien développé ces grandes idées, si fécondes pour la vie spirituelle, comme il leur sera facile alors de faire comprendre à leurs élèves les paroles extraordinaires que dans l'Evangile Notre-Seigneur prononce sur le zèle. Elles paraissent si fortes que beaucoup de gens sont tentés de les prendre (pour des métaphores, quand, au contraire, elles ne sont,
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pour celui qui a saisi le sens même de l'union au Christ, que l'expression de la plus stricte vérité : « J'avais faim et vous m'avez donné à manger..., j'étais nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité..., pauvre et vous m'avez secouru..., car, je vous le dis en vérité, ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à Moi que vous l'avez fait » (1). Les âmes formées aux principes fondamentaux de la vie intérieure, qui chaque matin avec l'Eglise dans la Sainte Messe, ont offert la louange éternelle en liaison avec leur Chef comprennent aisément qu'il faut prendre à la lettre les paroles de Notre-Seigneur-Jésus-Christ. Dès lors quelles conséquences les « futurs prêtres » en tireront pour leur « futur ministère » ! quelle raison ils y puiseront d'un zèle ardent et perpétuel ! zèle qui ne se démentira jamais, parce qu'il prend racine dans les réalités mêmes que l'éloquente Liturgie du Sacrifice de la Messe se charge de rappeler chaque matin.
Il serait bon que cet élan vers le zèle sacerdotal fût, au cours même des années d'études, soutenu par l'exercice des œuvres de charité, afin que la pratique venant appuyer la théorie, les convictions des « futurs prêtres » en soient puissamment fortifiées. C'est pourquoi les éducateurs du clergé ne manqueront pas les occasions qui leur sont offertes d'engager leurs élèves à se dévouer pour leur prochain : généralement les jeunes gens accueilleront
(1) Matth. XXV, 33 à 51.