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LES CONVICTIONS SUR LA CHASTETÉ

qui l'accompagne, a pour résultat de rendre l'homme moins apte aux choses spirituelles » (1). Rien de plus vrai que cette affirmation. Si le prêtre doit posséder le maximum d'aptitudes et de dispositions pour entrer avec Dieu en des relations d'une étroite affection, il lui faut sacrifier totalement ces plaisirs, qui, « le tirant par sa robe de chair » (2) lui rend plus pénibles les ascensions vers les joies célestes. Mais aussi quelle puissance d'élan vers la contemplation divine procure au prêtre cette « pureté virginale », qui lui permet de maintenir ses yeux fixés sans cesse sur son idéal sacerdotal !

Outre le dommage qu'il causerait au prêtre, en étant un poids pour son âme, l'état conjugal serait re pour un autre motif une cause d'éloignement entre Jésus-Christ et son ministre. L'homme marié doit aimer sa femme et aller au ciel par son moyen et en sa compagnie. Dans ces conditions l'affection du prêtre ne serait plus exclusivement réservée à Jésus-Christ. Le cœur serait partagé. Saint Paul le dit clairement : « Celui qui est marié songe à ce qui regarde le inonde pour plaire à son épouse, et il est divisé ; celui qui n'est pas marié songe aux intérêts de Dieu pour lui plaire » (3).

Ce partage du cœur s'accentuerait à mesure que naîtraient les enfants. La tendresse paternelle est tellement vive 'pour ces chers petits êtres, qu'elle relègue tout autre amour au second plan. Ah ! certes les parents chrétiens n'hésitent pas à rendre à Dieu leurs devoirs, mais leurs hommages et leur

(1) Sum. Theol. III Pars. sup. q. LXIV, a. 7. (2; S. Augustin. Confessions.

(3) I. Cor. VII, 33.

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reconnaissance vont à Lui par une voie indirecte, à travers l'affection qu'ils portent à leur descendance. Un ministre de Jésus-Christ pourrait-il supporter de rendre au Chef, dont il est 1' « alter ego », un service tellement amoindri ? Jésus-Christ donne trop de faveurs à ses élus pour se contenter d'un aussi insuffisant retour. Il veut toute l'âme de ceux auxquels il se confie tout entier. Le « futur prêtre » n'aura pas besoin de longues réflexions pour comprendre les motifs supérieurs de cette divine jalousie.

Il comprendra non moins facilement que ce partage, en diminuant l'union du prêtre à la personne du Christ, porterait en même temps un coup mortel au zèle des âmes.

Du jour où le prêtre n'aurait plus comme premier et unique devoir d'augmenter et de parfaire le corps mystique du saint Rédempteur, mais serait chargé des soucis terrestres qu'impose d'une façon urgente, l'entretien, l'éducation, l'établissement d'une famille, son activité, ses travaux, ses soins, seraient en majeure partie détournée du « Règne de Dieu. » La raison d'être de la vie sacerdotale, ne serait plus exclusivement l'extension dans le monde de la gloire divine. Comme père et comme époux, il devrait subordonner parfois son ministère surnaturel au pain quotidien et à l'avenir du foyer. Quelle diminution et quelle déchéance ! Au lieu de trouver devant eux, quand ils viennent frapper à la porte du presbytère, un curé dévoué, dont le temps, la vie, le cœur leur appartient, les fidèles trouveraient

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un père soucieux de se ménager pour les siens, redoutant de visiter les malades par crainte de contaminer sa famille, inquiet de ses intérêts temporels, absorbé dans l'éducation de ses enfants. Sauf pour les circonstances indispensables, les paroissiens ne prendraient ;plus le chemin de la cure. Ce serait l'amoindrissement de l'influence sacerdotale et de l'esprit d'apostolat.

Par un effet tout opposé, la chasteté perpétuelle dont l'Eglise fait à ses ministres la douce obligation, devient pour eux la cause de leur puissance morale, le stimulant de leur zèle et la source de leur fécondité. En renonçant à fonder un foyer, le « futur prêtre » ne renonce pas pour cela aux droits de la paternité. Mais au lieu de les restreindre à quelques enfants, il les étend à toute la famille chrétienne. Dans sa paroisse, son collège, sa communauté, il exerce vraiment le rôle et l'autorité paternels. Il est le père des malades qu'il console, des enfants qu'il instruit et souvent prépare au sacerdoce, de ses pénitents qu'il dirige dans les voies du salut. A toute heure du jour et de la nuit, son temps, comme son cœur appartiennent sans arrière-pensée à ses fils spirituels. Il ne recule devant aucun service charitable, parce qu'il n'est chargé d'aucune préoccupation d'avenir pour lui-même : il n'a pas à assurer la survivance de sa propre descendance par delà son tombeau. C'est pourquoi il est au service des membres de Jésus-Christ, ne leur demandant en retour que l'indispensable moyen de vivre, « du pain et des habits » (1), pour obéir à l'ordre de saint Paul : de ce peu il se déclare satisfait.

(1) I. T.m. VI, 8.

S10 L'INITIATION A L'ESPRIT SACERDOTAt

Telles sont les grandes idées que les éducateurs devront développer au temps voulu et avec la mesure convenable, devant leur jeune auditoire ou dans l'intimité de la direction, pour faire estimer aux « futurs prêtres » la vraie valeur du célibat ecclésiastique et aimer passionnément la vertu de chasteté parfaite qu'il impose.

Ces considérations enflammeront les âmes généreuses d'un désir ardent de se donner à Jésus- Christ. Tandis que les mondains, se méprenant sur le vrai bonheur, courent follement à des plaisirs qui laissent de l'amertume, le séminariste avide de sacrifices trouvera dans l'union intime avec Notre- Seigneur le secret d'ineffables consolations. D'abord il se sentira enthousiasmé à la pensée des âmes qiie la Providence lui réserve et qui attendent de lui le salut !... mais il aime surtout le Divin Prêtre qui les lui procure. Le monde, se méprenant facilement sur les relations de l'âme avec Dieu, s'imagine qu'elles sont froides et lointaines. Quelle erreur ! Entre Jésus-Christ et le cœur pénétré de l'esprit sacerdotal s'établit un commerce intime qui dépasse tout ce qu'on peut en décrire : « La parole ne peut dire, l'écriture ne peut exprimer ce que c'est que d'aimer Jésus » (2). Le tabernacle où il réside, la Messe où il s'immole pour rendre gloire à son Père, la communion par laquelle il se donne, sont déjà les biens propres du jeune homme appelé à monter au saint autel ; les grâces d'oraison qui embaument l'inté»

(2) Hymne du Saint Nom de Jésus.

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