‹ G.-F. HändelChapitre 100 sur 118 · Life of Handel. P · texte numérisé non relu

Life of Handel. P

fut pas complète. L'air final de Iphis, Fi'eely I to Heaven resign ail that is in Hamor mine, qui est dans l'autographe de Jephté et dans les livrets de 1752, a été remplacé par un duo se terminant en quintette. Une copie de ce morceau est interpolée à la fin de l'exemplaire de Jephté, dans la collection Smith1, où l'air de Iphis est biffé. Or, le duo-quintette parut pour la première fois dans un livret de Jephté daté de 1758, et l'oratorio fut exécuté le 17 mars 1758, selon le Public Advertiser « avec additions et changements ». Dans la copie de Smith, il y a en outre une note de musique corrigée au crayon, qui est indubitablement de l'écriture de Hàndel. Cette note a été tracée d'une main hésitante, plus haut que la ligne sur laquelle le correcteur voulait la placer. Si elle appartient à 1756 ou à 1758, elle démontre qu'à une de ces époques Hàndel n'avait pas totalement perdu la vue et qu'en regardant de près il pouvait voir un peu.

Les signatures des codicilles de son testament olographe et du duplicata paraissent confirmer cette conjecture. Celles du 6 août 1756 ont toute l'irrégularité de l'écriture d'un homme aveugle; celles du 22 mars 1757 sont très imparfaites, mais pas assez pour exclure la croyance que sa vision n'était pas entièrement détruite; celles du 4 août,

1. Fonds Schœlcher, dans la bibliothèque du Conservatoire de Paris.

quoique les lettres soient très séparées l'une de l'autre, sont très bien et très distinctement formées; dans le duplicata seulement les trois noms tombent l'un sous l'autre. Il s'ensuivrait donc que, sans être capable de voirdisfinctement, sa vue était meilleure qu'au mois de mars, ou bien qu'il avait acquis l'habitude de signer sans voir. Celles du 11 avril 1759 sont d'un homme complètement aveugle.

C'est probablement à la période où Hândel souffrit des premières atteintes de la goutte sereine qu'appartient la scène intéressante si humoristiquement décrite par Ephraïm Hardcastle1. L'auteur rapporte que son grand-oncle, Zacharie Hardcastle, négociant retiré des affaires, était intimement lié avec les hommes les plus distingués de son temps, poètes, artistes, musiciens et médecins. Ce vieux gentleman avait pris l'habitude de se promener le matin dans le jardin de Somerset House, où il rencontra un jour Colley Cibber, auquel il proposa de l'accompagner à un concours d'organistes qui devait avoir lieu à midi au Temple et, en attendant, de venir à neuf heures déjeuner chez lui avec le docteur Pepusch et le docteur Arne; ce que Cibber accepta. Au dernier coup de neuf heures arriva le docteur Pepusch; presque aussitôt on frappa à la porte et Handel entra. Ici commence la scène :

1. Somerset House Gazette. 2 vol, gv. in-i°. Nos 3 et 4 du !« vol. J823.

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« — Ah! mon cher Hardcastle, s'écrie Handel, je vous trouve en bonnes dispositions. Quoi! M. Colley Gibber aussi! ah, ah! et le docteur Pepusch également! Ma foi, ceci est comique. Eh bien, mes amis, comment vous portez-vous? Vous permettez que je m'assoie, n'est-ce pas?

» Pepusch le débarrassa de son chapeau; Colley Cibber lui prit sa canne et mon grand-oncle lui avança un fauteuil aussi énorme que celui dont on se sert pour les monarques anglais à leur couronnement.

» — Merci, messieurs; maintenant je suis bien. Eh! sur ma parole, voici un jambon! N'est-ce pas me montrer trop sans gêne que de venir ainsi à l'improviste déjeuner avec vous? Ajoutez à cela que je vous apporte un appétit féroce, car l'eau de la vieille Dems (Tamise) est un fameux apéritif.

» — Vous me- faites beaucoup d'honneur, mister Handel, dit mon grand-oncle; je suis très flatté de votre visite.

» — Matinée délicieuse pour aller sur l'eau, s'écria Colley Cibber.

» — Dites-moi, monsieur Handel, êtes-vous venu avec un ou deux rameurs?

» — Comment pouvez-vous me faire une question aussi saugrenue, docteur Pepusch? Vous qui êtes musicien et homme de science, en quoi cela vous intéresse-t-il que j'aie eu un ou deux bateliers? que je sorte de ma bourse un shilling ou deux? Diavolo !

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il semble que je ne puisse aller quelque part sans que les journaux s'occupent de moi et reçoivent une note disant, par exemple, que M. George-Frideric Hândel est allé par bateau déjeuner chez mister Hardcastle? Mais si on l'imprime, ce sera ma faute: pourquoi me suis-je fait conduire par un ou deux bateliers? Aussi, docteur Pepusch, je vous prie de m 'excuser.

» Rien ne contrariait plus Hândel que d'être questionné sur des matières futiles; cependant, malgré ces mouvements d'humeur et d'impatience, il était bon et généreux. Le pauvre docteur Pepusch fut un moment déconcerté ; mais comme on apporta le café, ce petit incident n'eut point de suite.

» — Eh bien, messieurs, dit mon oncle Zacharie en regardant sa montre, il est neuf heures dix minutes, attendrons-nous encore le docteur Arne?

» — Accordons-lui dix minutes, monsieur Hardcastle, dit Colley Cibber ; c'est un trop grand génie pour qu'il puisse arriver à l'heure précise.

» — Votons, s'écria le docteur Pepusch en riant. Qui de vous lève la main avec moi?

» — J'appuie votre motion de tout mon cœur, dit Hândel. Je lève ma faible main en faveur de mon vieil ami Custos (Arne s'appelait Augustin), car je ne sais pas qui j'attendrais plus volontiers que mon ancien rival, master Dom (Thomas, prénom de Pepusch). Seulement, avec votre permission, je prendrai une tranche de jambon et une croûte de pain, ou

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un modicum de poulet, car, en vérité, je suis affamé, m'étant couché hier sans souper, sur l'ordre de mon médecin; aussi ne suis-je pas disposé à prolonger davantage mon jeûne. Puis il ajouta en riant : Peut-être voudriez-vous faire voter là-dessus, mister Colley Cibber? mais alors je ne soutiendrais pas votre motion; je ne lèverais pas la main. Ainsi donc, s'il vous plaît, coupez-moi une petite tranche de jambon. »

» En cet instant on entendit monter précipitamment l'escalier et fredonner un air joyeux. Cette matinée de mai était superbe.

» — Presto! dépêchez-vous, reprit Hàndel, qui avait deviné que c'était Arne. Quinze minutes de retard c'est assez pour un ad libitum.

» — M. Arne, annonça le domestique.

» On lui avança un siège et la compagnie déjeuna.

» — Eh bien, cher monsieur, comment vous portez-vous depuis que je n'ai eu le plaisir de vous voir, demanda cordialement Arne à Hàndel.

» — Je vous remercie, mon cher mister Custos, répartit le maître; je vais infiniment mieux maintenant, grâce au ciel et aux eaux d'Aix-la-Chapelle, ainsi qu'à mes docteurs, médecins et oculistes1. J'ai été charmé d'apprendre que, vous aussi, vous vous étiez bien porté ces temps-ci.

1. Ceci doit s'être passé entre 1751 et 1753, puisqu'il est question d'oculistes. Il paraît aussi que Hàndel avait été

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» Et montrant son assiette, il ajouta :

» — Vous voyez : je suis en train de me refaire avec les succulentes choses de mister Zacharie Hardcastle.

» — Je présume, monsieur, que vous êtes venu assister au concours de notre vieille Round Church, reprit Arne. Je sais que les amateurs s'attendent à une sérieuse contestation.

» — Contestation, répéta Hândel en posant son couteau et sa fourchette, oui, sans doute; vos amateurs sont passionnés pour les contestations. Vous vous en souvenez, n'est-ce pas, mon ami? Ha, ha, ha!

» — Non, je ne veux pas m'en souvenir; je suis heureux que ces jours de discorde et d'envie soient passés. Nous avons eu par-dessus la tête de cette affreuse dissension; elle a duré trop longtemps.

» — Oui, elle a trop duré; elle a failli me priver de mes pauvres membres et du plus précieux don que nous a fait le Créateur1. Et pourquoi? Pour la distraction et le passe-temps de ceux qui, n'ayant ni cœur ni esprit, ont jeté en pâture aux sots les hommes qui vivent de leur esprit ; pour les voir se

récemment prendre les eaux d'Aix-la-Chapelle, ce qui corroborerait la déclaration du Public Advertiser du 21 août 1750 relative au voyage où il fît une chute de voiture et fut blessé.

1. Allusion à son attaque de paralysie et à son aliénation mentale.

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dévorer et se détruire l'un l'autre comme les bêtes féroces dans le Colisée, au temps des Romains.

» Durant cette conversation, ainsi que le remarqua mon grand'oncle, le pauvre docteur Pepusch était sur des épines ; il avait fait partie de la confédération hostile à Handel, il est vrai, mais n'avait pas tardé à s'en retirer.

» — J'espère, monsieur, dit-il, que vous ne me comprenez pas dans ceux qui ont refusé de rendre justice à vos talents.

» — Nullement! nullement! Dieu m'en préserve! J'admire beaucoup les airs du Beggars Opéra, et tout gentleman professionnel doit faire de son mieux pour vivre1 ».

» Ce retour aimable, opéré sous une apparence de compliment, fut bien reçu; mais Handel, naturellement sarcastiqne et qui aimait à plaisanter, ajouta :

» — Mais pourquoi faire vous-même le mendiant (beggar), docteur, et arranger de vieilles ballades, quand, homme de science, vous pouviez composer des airs originaux de votre crû? Voici mon ami Gustos Arne, qui a fait son chemin lui-même pour conduire son génie au temple de la Renommée. Puis, se tournant vers Arne, il continua : « Il faut, ami Custos, que nous nous réunissions un de ces

1. Le docteur Pepusch avait arrangé, harmonisé et orchestre' la musique des ballades employées dans le Beggar's Opéra.

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jours pour causer du passé, haï ha! Maintenant que tout cela est loin, nous pourrons en rire. Vous rappelez-vous, ami Custos, que c'est hier seulement que j'avais sur les bras cette diablesse deCuzzoni, et cette autre précieuse fille d'iniquité, enfant gâtée de Belzébub, la belle Faustina? Dans quels accès de rage m'ont jeté les grâces et les grimaces de ces deux sirènes? Vous souvenez-vous de ce faquin de'Senesino, et de ce freluquet de Farinelli? Et mon rival parfois redoutable, Master Bononcini? Et le vieux Porpora! ha! ha! Tous en guerre avec moi! Tous en guerre entre eux! Cette confusion de rivalités, ces doubles faces, ces hypocrisies et ces malices feraient un excellent sujet de poème comique ou de pièce de théâtre. »

Le récit finit brusquement ainsi. Ce qui en ressort, c'est que vers 1750 toutes disputes avaient cessé, mais non sans laisser un fond d'amertume dans l'âme de Hândel. Il en ressort aussi qu'à l'âge de soixante-six ou de soixante-sept ans il n'avait rien perdu de l'animation de langage qui le caractérisait, et que, quand il se sentait « à son aise dans uii bon fauteuil », il était difficile à se^ interlocuteurs de placer Un moi.

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La cécité semble avoir paralysé la faculté créatrice de l'auteur de Jephté; du moins n'entrepritil plus aucun travail de longue haleine. De loin en loin, on voit jaillir de son cerveau quelques étincelles, comme celles d'un feu qui couve sous la cendre. Le duo Sion noiv fier head shall raise et le chœur Tune your harps furent dictés par lui à Smith pour Judas Macchabée. Peut-être ces morceaux datent-ils de 1758, car Judas fut annoncé pour le 3 mars, « avec nouvelles additions et des changements ».

En 1757 parut à Govent Garden The Triumpk of Time and Truth (le Triomphe du Temps et de la Vérité), tiré de la partition italienne, avec plusieurs additions nouvelles et augmenté de l'oratorio de 1708, // Trionfo ciel Tempo e del Disinganno. Un nouveau personnage — la Perfidie — est ajouté dans la partition anglaise.

Le Triomphe du Temps n'est pas, comme on la généralement dit, une simple version du Trionfo. L'oratorio anglais n'a pas moins de dix-sept morceaux de plus que l'italien, dont neuf entièrement nouveaux, et qui, naturellement, furent dictés à Smith par l'auteur. Les huit autres sont empruntés

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à d'anciennes œuvres. De plus, tous les récitatifs ont été changés, mais sans raison apparente, car les paroles anglaises reproduisent exactement le texte italien. Jusqu'au jour de sa mort, Hândel ne cessa d'y travailler ; les additions sont dignes de lui. False destructive way est vraiment un air plein de chaleur et de mouvement.

Vers 1757, Hândel sentit ses forces diminuer sensiblement, ce qui le détermina à ajouter un codicille à son testament daté de 1750 ; mais il n'en continua pas moins ses concerts. Un livret du Triomphe du Temps et de la Vérité, daté de 1758, parle de « nouvelles additions ». Il sut dompter l'âge et les infirmités séniles qui abattent l'homme le plus robuste. Au commencement de 1759, sa santé déclina de plus en plus et lorsqu'il s'aperçut que l'appétit avait disparu, il comprit qu'il touchait à sa fin. « Il fut très sensible à l'approche de la mort, dit Mainwaring1, et défendit qu'on le flattât par l'espérance d'une guérison qu'il jugeait impossible. » Mai? alors même qu'il se savait condamné à une fin prochaine, il ne suspendit pas son activité habituelle ; jusqu'à son dernier souffle ce rude athlète resta debout. Ainsi, le Public Advertiser du 24 février 1759, annonça l'ouverture de la saison d'oratorios pour le 2 mars, par Salomon « avec changements et additions » ; puis le

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