‹ G.-F. HändelChapitre 112 sur 118 · Ibid. P · texte numérisé non relu

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dans les occasions où il eut à lutter — et elles furent fréquentes, — il combattit loyalement, en regardant ses adversaires en face. Son orgueil ne dégénéra jamais en vanité; il dédaignait même de parler de lui. Ce qui le distinguait surtout, c'était la rare élévation du caractère. On ne l'admira pas seulement pour son génie; on l'honora, on l'aima aussi pour ses sentiments d'honneur qu'aucune circonstance critique ne parvint jamais à ébranler. On louait son intégrité qui fut égale à son talent. Il abhorrait les chaînes, même les plus légères, mêmelesplusdorées. A une époque où les artistes vivaient dans une sorte de domesticité auprès des grands et des riches, il refusa de dépendre de personne et conserva sa liberté avee un soin jaloux. Son esprit d'indépendance fut peut-être la cause principale de l'animosité de l'aristocratie anglaise : les nobles taxaient d'insolence, d'impertinence, la dignité du grand artiste qui refusa de plier le genou devant leurs caprices. Il leur opposa constamment un front d'airain, et quoique défait deux fois dans la guerre implacable qu'ils lui avaient déclarée, il ne se soumit jamais et laissa à ses ennemis le temps de revenir de leurs préjugés. Même la froideur du public pour ses derniers opéras ne le déconcerta pas. Burney l'entendit répondre fièrement à quelqu'un qui lui exprimait le regret de voir la salle presque vide: «Peu importe! la musique résonnera mieux »! Humiliation, défaite, ruine, banqueroute, toutes les tristesses que ces contra-

riités durent apporter à un homme aussi probe, aussi soucieux de sa dignité, ne purent le faire fléchir; il recommença encore et toujours, et par son activité, son énergie, sa persévérance et son génie, il contraignit la fortune à lui sourire de nouveau.

« Le noble esprit d'indépendance que posséda Handel presque dès l'enfance, dit Mainwaring1, ne l'abandonna en aucun moment, pas même dans les plus désastreux de sa vie. Nulle perspective d'avantages ne put le porter à rechercher ceux qu'il croyait l'avoir lésé ou offensé. »

Le London Ckronicle du 12 juin 1760, résume ainsi un article biographique sur cet homme illustre: « Tel se montra Handel, dont le caractère, quoique peu commode, ne fut jamais bas. Bien qu'orgueilleux, son orgueil fut uniforme; on ne le vit pas tour à tour tyran ou esclave, censeur dans un lieu et sycophante dans l'autre ; il maintint sa liberté dans une situation où d'autres auraient été vains de dépendance ; il fut libéral même étant pauvre et se souvint toujours de ses amis dans sa prospérité. »

L'orgueil de Handel se liait intimement au respect dans lequel il tenait son art. Il disait que le Beau a une mission morale à remplir, et n'était pas éloigné de regarder les artistes comme exerçant un sacerdoce. Peu de jours après la première exhibition du Messie h Londres, lord Kinnoul le complimenta sur

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