‹ G.-F. HändelChapitre 113 sur 118 · Metnoirs. etc. P · texte numérisé non relu

Metnoirs. etc. P

la noble récréation qu'il venait de donner aux Londoniens. « Mylord, répondit-il, je serais peiné si je n'avais fait que les récréer : je désire les rendre meilleurs. » Le Dr Beattie, qui rapporte cette anecdote J, déclare la tenir de lord Kinnoul lui-même. Combien un artiste imbu de telles idées dut se trouver souvent froissé dans un temps où l'on traitait les musiciens comme des artisans de plaisir, quand on ne les humiliait pas comme des valets !

Mais l'impartialité nous fait un devoir de blâmer la violence de son caractère et l'irascibilité de sa nature. Il acceptait difficilement les observations. Un jour que le D Morell lui représentait qu'un passage de sa musique n'était pas en harmonie avec le sens des paroles, il bondit comme s'il allait pulvériser son contradicteur et s'écria, pâle de colère : (( — Voulez-vous m'apprendre mon art? Ma musique est bonne, monsieur; ce sont vos paroles qui ne valent pas le diable! Ecoutez-la donc, ajouta-t-il en frappant le clavier de toutes ses forces; la voilà, elle est excellente. Allez faire d'autres paroles sur ma musique. » Le Dr Morell se le tint pour dit et ne répliqua rien, sachant bien qu'il n'y a pas à raisonner avec l'ouragan. On cite de lui une foule de traits d'ébullition aussi peu raisonnables; il est vrai que ces accès se calmaient comme par enchantement et disparaissaient aussi vite qu'ils venaient. Il était

i. Letters, etc. Vol. II. P. 77.

irascible et non vindicatif; quand il avait tort, il le reconnaissait franchement. Burney en donne un exemple1 :

Un soir, chez la signora Frasi (1748), Hândel se mit au clavier et fît essayer par la cantatrice et par Burney un duo de Judas Machabée, qu'il venait de terminer. Soudain il s'arrête, se lève furieux, et apostrophant Burney, lui reproche de ne pas faire ce qui est écrit. Celui-ci, quoique jeune et admirateur du maître, osa suggérer qu'il y avait peut-être une erreur de copie. Hândel jeta les yeux sur le morceau, et se calmant aussitôt, dit presque humblement à Burney : — « Je vous demande pardon, je suis une brute, un stupide animal. C'est M. Smith qui a fait la faute; c'est lui qui est blâmable. »

Ne soyons pas trop sévères pour la rudesse de son langage et les imprécations dont il rémaillait. Pour être justes, considérons les hommes et leurs mœurs en tenant compte de leur époque et rappelons-nous que celle où vécut Hândel fut déplorablement grossière. En lisant les œuvres littéraires de ce temps, on est écœuré des vulgarités, de l'impudence, voire des obscénités que Ton y rencontre. C'est à peine si aujourd'hui, dans l'intimité, on tolérerait ce que Dryden a osé faire dire sur le théâtre.

La chaleur de son sang dut surtout éclater dans ses fonctions de chef d'orchestre. Ses musiciens

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