Ehrenp forte, p
huit ans, il fit représenter son premier opéra : Die Pleyaden (les Pléiades). Vers le même temps, il entra au théâtre de cette ville en qualité de ténor, et, pendant plusieurs années, il joua les premiers rôles. On ignore s'il eut quelque talent dramatique. En 1705, il se retira du théâtre, sentant déjà les premières atteintes d'une surdité qui ne fit qu'empirer avec l'âge. Nommé gouverneur du fils de l'envoyé anglais, Wich, il obtint par ce dernier l'emploi de secrétaire de la légation britannique et se maria, en 1709, avec la fille d'un ecclésiastique anglais. Ayant fait preuve de capacités dans son emploi, il devint en 1712, après la mort de Wich, résident anglais par intérim. Depuis plusieurs années il occupait la place de maître de chapelle à l'église Saint-Michel de Hambourg, mais sa surdité l'obligea de demander sa retraite en 1728. Il cessa de vivre le 17 avril 1764, à l'âge de quatre-vingttrois ans.
Peu d'hommes ont déployé autant d'activité que ce savant musicien. Il a composé huit opéras, vingtquatre oratorios, des pièces de musique d'Eglise en nombre immense; une messe à quatre voix et orchestre, des sonates et des exercices pour le clavecin, etc. Ses travaux théoriques, didactiques, historiques et polémiques sur la musique sont innombrables. A quatre-vingts ans il se vantait d'avoir écrit autant d'ouvrages qu'il comptait d'années. Tous n'ont pas été publiés. Les plus connus et
les meilleurs sont : 1° Grosse General-bass-Schule (Grande école de la basse continue); 2° Der volkommener Kapellmeister (le parfait maître de chapelle); 3° Grundlage einer Ehrenp forte, etc., etc. (Bases d un arc de triomphe, etc.); 4° Bas neuer œffnete Orchestre (l'Orchestre nouvellement ouvert) ; 5° Das beschùtzte Orchestre (l'Orchestre protégé); 6° Critica Musica (Musique critique); et 7° Der musikalische Patriotes Patriote musicien). Les autres ouvrages de Mattheson sont maintenant tombés dans un profond oubli. Dans sa polémique il ne gardait point de mesure envers ses adversaires et prodiguait des épithètes blessantes et des grossièretés à ceux qui ne partageaient pas ses opinions. Maintenant que nous connaissons l'homme, nous pouvons entamer son récit.
« Dans l'été de 1703, dit Mattheson, Hàndel vint à Hambourg, riche de capacités et de bonne volonté* Nous eûmes bientôt fait connaissance. Je l'introduisis dans une maison particulière où la musique était en grand honneur. Au commencement, il joua du violon à l'orchestre de l'Opéra et se posa comme une espèce d'idiot ne sachant pas dire deux mots de suite, car, par nature, il était porté à la plaisan-
GEORGE-FRIDERÏG HANDEL 27
terie; mais s'étant mis au clavecin un soir que le claveciniste manquait, il se montra un tout autre homme, ainsi que je l'avais bien prévu. »
Cette dernière remarque, « ainsi que je l'avais bien prévu », nous dépeint tout l'homme. Naturellement, moi, Mattheson, avec mon coup d'œil d'aigle, je devais deviner que Hândel voulait se moquer du monde. Il reparle encore de sa première rencontre avec Hàndel, dans son autobiographie1. « Le 9 juillet 1703, dit-il (dans la LebensbeschreibungW indique le 9 juin), il (Mattheson) fit la connaissance de l'illustre Hândel à l'orgue de l'église de Marie-Magdeleine de Hambourg ; il le conduisit chez son père et lui rendit tous les services imaginables, aussi bien pour la table et l'entretien que pour l'éloge de sa personne. »
Nous venons de voir que Hàndel occupa d'abord dans l'orchestre de Hambourg le pupitre des seconds violons, ce qui fait dire à Mattheson « que sur cet instrument il n'était pas plus fort qu'un ripiéniste ». Or, on donnait ce nom aux instrumentistes qui n'étaient employés que pour remplir l'harmonie et soutenir les solos ou parties concertantes dans les concertos d'orchestre. Autant dire qu'il savait à peine jouer du violon ; comme si celui qui, plus tard en Italie, devait montrer au plus grand violoniste de son temps, à Gorelli, comment il fallait