‹ G.-F. HändelChapitre 17 sur 118 · E lire np forte, p · texte numérisé non relu

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exécuter un passage difficile, pouvait n'avoir eu sur cet instrument qu'un talent médiocre !

« A cette époque, continue Mattheson, il composait des airs très longs et des cantates qui n'en finissaient pas, et bien qu'elles fussent d'une harmonie parfaite, elles manquaient de goût ; mais, grâce à la grande école de l'Opéra, il ne tarda pas à faire autrement. Il jouait supérieurement de l'orgue et était plus fort que Kuhnau dans les fugues et le contrepoint. Toutefois, il savait très peu de chose en mélodie avant de venir à Hambourg. Les passages écrits par Kuhnau étaient, au contraire, mélodiques et chantants. Au siècle passé (xviie) presque personne ne pensait à la mélodie ; tout tendait vers la seule harmonie. La plupart du temps, Hândel venait manger chez mon père et, pour m'en remercier, il me perfectionnait dans le contrepoint. Quant à moi, je lui ai rendu d'importants services en style dramatique. »

Fils d'un receveur de l'Accise, premier ténor au théâtre, claveciniste distingué et professeur recherché, Mattheson ne dut pas avoir besoin de se donner beaucoup de peine pour procurer des leçons à Handel. Relatons aussi, d'après lui, leur singulier voyage à Lùbeck1.

« Le 17 août 1703 (peu de temps donc après

1. On trouvera tous les détails relatifs à ce voyage dans La Vie et les Œuvres de J.-S Baeh, p. 55-56.

avoir fait connaissance) nous partions pour Lubeck, et, dans la voiture, nous fîmes beaucoup dédoubles fugues da mente, non da penna. Le président du conseil de Lubeck, M. Magnus von Wedderkopp, m'avait invité à venir en cette ville pour voir si je pourrais être le successeur futur de l'excellent organiste, Dietrich Buxtehude. J'emmenai Hândel avec moi. Nous jouâmes du clavecin et de l'orgue. Il avait été convenu entre nous qu'il essayerait les orgues et moi les clavecins. Nous écoutâmes avec une respectueuse attention le vieil artiste dans son église de Sainte-Marie ; mais comme il y avait une condition matrimoniale à accepter pour que l'affaire pût se conclure et que ni l'un ni l'autre de nous n'avait la moindre envie de se marier, nous prîmes congé des bons Lubeckois, après avoir reçu mille politesses et nous être bien amusés. »

En 1704, Handel se lia avec Christian Postel, poète en vogue pour le moment, auteur de la plupart des opéras mis en musique par Keiser et sut gagner son amitié. Postel, qui admirait fort son talent d'organiste et de claveciniste, fut l'incitateur de sa première composition, en lui proposant de musiquer un oratorio, que lui, Postel, venait d'écrire

sur la Passion, d'après le chapitre xix de Jean l'Évangéliste. La musique en a été conservée dans un vieux manuscrit en assez mauvais état, qui, de la collection Pœlchau, est passé dans la bibliothèque de Berlin. Gomme il ne porte ni nom, ni date, on hésitait à attribuer cet ouvrage à Handel ; mais son écriture lève tous les doutes1. Pour qui étudie l'entier développement du maître et veut pénétrer dans la pleine compréhension de son art, cette œuvre est d'autant plus instructive qu'il s'y trouve des faiblesses et de la force, des traits d'une main habile et des exemples d'inexpérience. Ces derniers se font surtout remarquer dans les récitatifs dont l'auteur n'avait pas encore l'habitude et qui ne s'accordent pas avec le sujet qu'il traitait. On n'y reconnaît pas encore le maître, bien que des éclairs de génie se fassent jour de temps en temps. Le second grand ouvrage de Handel fut Almira, opéra en trois actes, représenté en 1705 sur le théâtre de Hambourg. Le poète Feustking en écrivit le texte sur la recommandation de Postel ; mais pour la disposition scénique, Handel dut nécessairement avoir recours à Mattheson, qui était à la fois critique et protagoniste. Cette belle intimité des deux jeunes gens fut bien près d'avoir une fin tragique. Laissons encore à ce sujet la parole à Mattheson2.

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