Ehrenpforte, p
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« Le 5 décembre de ladite année (1704) pendant que Ton donnait mon troisième opéra, Cléopâtre, et que Hândel tenait le clavecin, survint un malentendu, comme cela n'est pas rare entre jeunes gens qui ont la tête près du bonnet. Je jouais le rôle d'Antoine, et comme il meurt avant la fin de la pièce, j'avais pris l'habitude de descendre à l'orchestre, et, en ma qualité de compositeur, d'accompagner au clavecin le reste de l'Opéra. Mais cette fois Hândel m'accueillit par un refus. A la sortie du théâtre, surexcités par de prétendus amis et entourés de nombreux curieux, nous commençâmes, Hândel et moi, sur la place aux Oies et sous un réverbère, un duel qui aurait pu être très malheureux pour tous deux, si, par la grâce de Dieu, mon épée ne s'était brisée sur un bouton en métal de l'habit de mon adversaire. Rien de fâcheux n'arriva donc et, par l'entremise d'un conseiller des plus considérés de Hambourg et des directeurs de l'Opéra, nous fûmes bientôt réconciliés, car le 30 décembre, après la répétition de son Almira, j'eus l'honneur d'avoir Hândel à ma table. Nous devînmes encore meilleurs amis qu'auparavant. Les paroles de Sirach, chapitre xxii, sont donc applicables ici : « Si tu frappes ton ami avec l'épée, tu » lui fais moins de mal que si tu l'outrageais ; car » vous pouvez redevenir amis si tu ne l'évites pas » et que tu lui parles. » Je raconte cette aventure telle qu'elle s'est passée, parce que naguère elle
a été dénaturée par des gens malicieux ». Maltheson écrivait ceci en 1740, du vivant de Hàndel, qui ne le contredit pas. C'est donc l'expression de la vérité et Mainwaring s'est trompé en transformant ce duel en tentative d'assassinat.
Le livret est intitulé : Les vicissitudes de la royauté, ou Almira, reine de Castille. Opéra représenté sur le grand théâtre de Hambourg, en 1704. Imprimé par Frédéric-Conrad Greflingen, 28 feuilles in-401. — Dans son Musikaliscken Palrioten, Mattheson a donné aussi l'année 1704 comme celle de la première représentation & Almira, mais dans YEhrenpforte, il cite formellement le 8 janvier 1703 et cette date est la vraie. La différence s'explique en ce que Keiser voulait faire jouer l'opéra avant la fin de 1704, c'est-à-dire avant l'époque de l'Avent. Dans les deux dernières semaines précédant Noël, on n'osait plus donner de représentations théâtrales. Hàndel composait avec une promptitude inouïe, ce dont se plaignit Feustking, auquel le musicien n'accorda que trois semaines pour terminer son texte. Fin novembre 1704, la musique était écrite et les répétitions étaient commencées. Tout allait bien, lorsque le 5 décembre, le duel entre le compositeur et le premier ténor vint empêcher l'exécu-
1. Der in Kronen erlangte Glùcks-Wechsel, oder almira Kijnigin von Castilien. In einem Singspiel auf dem grossen Hamburgischen Schauplatz vorgestellt in Iahr 1704.Gedrùckt hei Friedrich-Conrad Greflingen. 28 Blutter. in-4°.
tion de l'Opéra. Entre temps, ceux qui avaient assisté aux répétitions ayant proclamé partout que la musique à'Almira était superbe, trois éditions du livret furent enlevées avant même que le public en eût entendu une seule note. L'affaire du duel donna au compositeur une notoriété que, sans cela, il aurait longtemps attendue.
La musique, du reste, était remarquable et fît prévoir qu'un grand compositeur venait de se révéler, bien qu'en maints passages on reconnaisse l'influence de Keiser, d'Alexandre Scarlatti et d'autres maîtres. On sent bien que la maturité fait défaut au jeune artiste, mais on voit percer de nombreuses marques indéniables d'un génie prêt à prendre son essor. Nous ne devons pas omettre de faire remarquer qu'il y a, dans Almira, une sarabande jouée par l'orchestre, que Hândel a développée plus tard dans son opéra de Rinaldo (1711), pour en faire l'air adorable que tout le monde connaît : Lascia cli io pianga, une des plus belles mélodies qu'ait jamais produites un compositeur.
Du reste, dans ses œuvres subséquentes, Handel a introduit une grande partie des airs d'Almira, en leur faisant subir des altérations plus ou moins grandes. Quoique exécuté dans la manière barbare et usuelle de l'époque, c'est-à-dire partie en allemand et partie en italien, cet opéra fut accueilli avec tant de faveur par les Hambourgeois, qu'on le donna
sans interruption jusqu'au '25 février, ce qui com porte une suite de [vingt représentations consécutives. On le reprit encore après le Carême. Pour Hambourg et au commencement du xvme siècle, ce fait peut être regardé comme un succès signalé.
La bonne impression produite par VAlmira de Hândel ne fît que s'accroître lorsqu'il eut donné son second opéra, Néron, ou, comme le porte le livret: U amour obtenu par le sang et le meurtre, ou Néron, opéra représenté sur le théâtre de Hambourg, 17051. Le texte était encore de Feustking. La première représentation eut lieu le 25 février et interrompit le cours du succès ÛAlmira; et comme Néron réussit également, Hândel eut la satisfaction que, jusqu'au Carême, on n'entendit pas d'autre musique que la sienne à Hambourg.
Il est fâcheux que la partition de cet opéra ait disparu. Il n'en reste qu'un recueil d'airs dans un manuscrit de l'année 1716, aujourd'hui conservé dans la bibliothèque de Berlin et renfermant douze morceaux italiens de Néron, Ce fut dans ce rôle qne
1. Die durch Blut und Mord erlangte Liebe, oder: Nero. In einem Sings-Spiel auf dem HamburgischenSchcmplatzvorcjestellt. Anno 1705.
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Mattheson fit ses adieux au théâtre. « Le 25 février, dit-il 4, on donna Néron. J'y pris avec plaisir congé du public, après avoir tenu, dans ces deux opéras, le rôle de protagoniste à la satisfaction générale et être demeuré quinze ans au théâtre, ce qui fut peutêtre un peu trop. Hàndel resta encore quatre ou cinq ans attaché à l'Opéra de notre ville et eut beaucoup d'élèves. » Que d'erreurs dans ce peu de mots! D'abord, ce n'est pas le 25 février que cessèrent les représentations de Néron qui ne fut joué que trois fois, parce que le Carême commençant le 27, à partir de cette date on ferma le théâtre ; ensuite, Hândel ne resta pas aussi longtemps au théâtre, ni à Hambourg. Il ne fit partie des seconds violons que pendant un mois et n'occupa le clavecin à l'orchestre que jusqu'après le succès d'Almira; il se retira pour se consacrer à ses leçons et à la composition. Du reste, Keiser, directeur de l'Opéra, jaloux des succès de son jeune émule, mit tout en œuvre pour lui faire quitter l'orchestre. Ces vilenies, ces platitudes dégoûtèrent profondément Hândel et le détournèrent d'écrire pour le théâtre. Depuis Pâques de 1705, il se borna à donner des leçons, bien qu'elles ne lui fussent payées que 5 à 6 thalers par mois (20 à 25 francs) * Il n'en réalisa pas moins des économies et amassa de quoi faire le voyage d'Italie auquel il pensait de plus en plus. Sa mère,