Memoirs, etc., p
OEORGE-FRIDERÏG HANDEL 47
près semblable a été forgée sur J.-S. Bach1 et il se pourrait que l'une ne fût pas plus vraie que l'autre. Admettons néanmoins la réalité de celle de Hândel, puisque Dryhaupt2 en a parlé en 1755, alors que Hândel vivait encore et avant que Mainwaring ne pensât à écrire son livre.
Trois semaines après son arrivée à Venise, on donna Agrippina, qui eut vingt-sept représentations de suite. Dans cet opéra, Hândel prit le pas sur ses confrères rien que par son ouverture, qui, aujourd'hui sans doute, nous paraîtrait bien innocente et nous laisserait froids; mais à cette époque (il y a cent soixante-quinze ans, ne l'oublions pas!) une telle introduction instrumentale dut sembler bien hardie aux Vénitiens habitués à des sonorités plus molles, à des mélodies d'une morbidesse langoureuse. Malgré une plénitude sonore qui contrastait entièrement avec l'orchestration des compositeurs indigènes, cette ouverture est aussi compréhensible, aussi claire que saisissante. L'effort ne paraît nulle part dans Agrippina; partout on voit la vie, la libre allure des mouvements. Plus tard, Hândel en a intercalé presque tous les morceaux dans ses oratorios3. Un opéra comme celui-là ne pouvait manquer d'exciter l'enthousiasme d'un peuple aussi inflammable et aussi passionné que celui de Venise.