Beschreibung des Saal-Creyses. Halle. 1755. fol. il
« Les spectateurs, dit Mainwaring1, en furent tellement ravis, qu'un étranger les aurait crus fous. A chaque pause la salle retentissait du cri de « Evviva il caro S assorte I » Les Vénitiens parurent comme foudroyés par la grandeur et l'élévation de son style; jamais encore ils n'avaient vu les formes de la mélodie et de l'harmonie si étroitement unies et si puissamment ordonnées.
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Après avoir triomphé à Venise, Hàndel retourna à Rome où il demeura de mars à juin 1708. Il s'y lia tout particulièrement avec Gorelli, le cardinal Ottoboni et le marquis Ruspoli, chez lequel il prit ses quartiers.
L'approche des fêtes de Pâques l'engagea à préparer un grand ouvrage intitulé La liesurrezione, sur un texte du marquis Ruspoli. A la dernière page il a écrit ces mots : « Roma, la Festa di Pasque, dal Marchse Ruspoli, 11 d'Aprile 1708. » C'est un débat entre un ange, Lucifer, Marië-Magdeleine et les disciples. Les paroles ne sont point empruntées à la Bible ;lapoésie est libre, dans le style, alors nouveau,
]. Memoirs, etc., p. 52-53.
que le cardinal Ottoboni prit sous sa protection. Cet oratorio se divise en deux parties ; il ne contient que deux chœurs superbement traités et des airs dont plusieurs ont été empruntés à YAgrippina. L'instrumentation surtout attira l'attention des Romains par sa variété et sa richesse ; les trompettes retentissent dans le chœur final et se font entendre aussi dans , deux airs et dans un récitatif de Lucifer. — Nous ne nous étonnerons pas de voir la partie du premier violon très avantagée, quand nous saurons qu'elle était jouée par Corelli. Dans un récitatif en fa mineur, dit par Magdeleine et accompagné par deux flûtes, apparaît aussi la viole de gambe qui est seule chargée de la basse. Un air de ténor, chanté par Jean l'Evangéliste, a une instrumentation spéciale ; les flûtes traversières constituent l'accompagnement des dessus, la gambe celui des parties moyennes et le théorbe soutient la basse. En somme, il se manifeste dans cette œuvre plus d'éclat que de profondeur, plus d'art dans le coloris que dans le dessin ; mais partout règne une gravité sereine, unie à la plus franche sonorité. Rome l'apprécia et la loua beaucoup. Le manuscrit de la Resurrezione nous apprend que l'orchestre se composait, outre les violons, de « due flauti (flûtes à bec), due traversieri (flûtes traversières), due bassoni, due trombe e cembalo (clavecin), una viola da gamba, un teorba, un arci-iiuto (archi-luth), violoncelli e violoni (contre-basses) ».
A Rome, en 1708, Hàndel composa un autre oratorio} intitulé II trionfo del tempo e del disinganno, qu'il fit exécuter plus tard à Londres en 1737, et qu'ilrefondit en 1757, sous le titre de TheTriumpk of Time and Trulh. Le sujet est celui-ci : la Beauté qui se plaît à se regarder dans un miroir, demande si ses charmes dureront toujours. Le Plaisir répond oui, si elle bannit les ennuis et les soucis. Le Temps et la Prudence lui font opposition. La Beauté veut s'entourer de la troupe des Plaisirs pour se garantir des morsures du Temps. Peu importe, dit la Prudence, ceux qui sont au printemps de la vie nous dédaignent, mais ils s'aperçoivent bientôt que la vie fuit comme une ombre et que bientôt sonnera l'heure de la dissolution. Les Plaisirs et l'Erreur disent à la Beauté de cueillir les roses et de laisser les épines; mais la Sagesse voit que la victoire n'est pas loin. Peu à peu, la Beauté se sépare des plaisirs et des pensées légères et se rapproche du Temps et de la Vérité, devant lesquels les autres s'enfuient. La Beauté, soutenue par son bon ange, monte au ciel.
L'auteur du texte fut le cardinal Pamphïli (Benedetto). Ce prélat (1653-1730) professait une telle admiration pour le jeune compositeur saxon, qu'il lui dédia, dit-on, un poème dans lequel il l'appelait Orphée, et que Hàndel mit en musique. Le Trionfo est divisé en trois parties. A Rome, on le désignait comme sérénade, parce que l'idée de Voratorio se
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rattachait à des sujets sacrés; aujourd'hui, cet ouvrage est rangé avec raison dans la classe des oratorios. Les mélodies sont délicieuses de fraîcheur et Hândel eut toujours un faible pour cette production de sa jeunesse, qui fut aussi la dernière à laquelle il travailla, deux ans avant sa mort et malgré la perte de sa vue.
La Resurrezione fut exécutée au palais Ottoboni, et Mainwaring rapporte à ce propos une curieuse anecdote 1 . « Les compositions de Hândel,. dit-il, étaient d'une espèce si nouvelle pour les Italiens, que souvent les musiciens de l'orchestre ne pouvaient en sortir. Gorelli même se plaignait des difficultés que lui offraient les ouvertures de Hândel. Leur force. et leur énergie déconcertaient la douceur et la placidité de ce calme esprit. Un jour, Hândel, lui ayant fait sur un passage compliqué des observations demeurées stériles, lui prit le violon des mains et joua le passage comme il entendait qu'il fût rendu. Corelli, ne parvenant pas à le satisfaire et voyant l'impatience gagner le compositeur, lui dit avec sa tranquillité ordinaire : « Mais, mon cher » Saxon, cette musique est dans le style français, » auquel je ne comprends rien. » {Ma, caro Sassone, questa rnusica é nel stile francese di ch'io non m' intendo.)
L'ouverture du Trionfo del Tempo est une de