‹ G.-F. HändelChapitre 29 sur 118 · Chrysander. Ouvrage cité. I · texte numérisé non relu

Chrysander. Ouvrage cité. I

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Pendant qu'il était en Italie, Hândel composa de la musique religieuse pour les églises catholiques, mais surtout des cantates profanes qu'il a utilisées plus tard en les insérant soit dans ses opéras, soit dans ses oratorios. Les meilleures sont les suivantes : Occhi miei che faceste ? une des plus belles et dont la mélodie est pleinement italienne, mais que surpasse cette autre, Aure soavi e lieti. Le récitatif est charmant, surtout l'air, qui ]e suit : Cave luciy une de ses mélodies favorites, qu'il a introduite dans ses opéras de Thésée et de Flavius.

On pourrait appeler « romaines » les cantates avec accompagnement d'instruments (con stromentï), car elles ont été, en majeure partie, écrites pour les chapelles de Rome. Leurs qualités distinctivés sont l'éclat et la splendeur, le feu et la fraîcheur de la jeunesse. Quelques-unes doivent avoir vu le jour lors de sa première visite à la ville éternelle. Dans l'une d'elles, Figlio cValte speranze, le récitatif a des cadences en arioso, comme on en voit chez Bononcini; une autre, -Dunque sarà, offre au milieu une longue scène dont la mélodie rappelle le style de Keiser.

Dans les cantates de la troisième sorte interviennent plusieurs personnages. Par leur étendue,

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elles donnent l'idée de sérénades, mais l'auteur les a simplement dénommées Cantata a due ou a tre. Une des plus longues et aussi des premières, c'est la pastorale d'Apollon et Daphné, transcrite comme Cantata a dite, Apollo e Dafne, consistant en dix morceaux de chant, dont deux duos et un concerto grosso, autrement dit, un air concertant avec un riche accompagnement instrumental. La cantate Fillido e Aminta est une de ses œuvres italiennes les plus complètes ; tous les passages en sont réellement beaux. Un autre morceau à trois personnages est aussi très recommandable. Hândel l'a intitulé : Cantata a tre> Olinto pastore, Tebro fîume, et Gloria (cantate à trois voix, Olinto berger, le fleuve du Tibre et la Gloire). Olinto était le nom arcadien du marquis Ruspoli1.

A la période italienne viennent aussi se rattacher, comme le prouvent le papier et l'écriture des manuscrits, Sept chansons françaises, qui furent certainement écrites à Naples et dans un but d'étude; car Hàndel avait l'intention de visiter la France après l'Italie et pensait sans doute y composer des opéras, si on lui en offrait l'occasion. La guerre mit obstacle à ce projet. Ces chansons françaises n'ont qu'un accompagnement de clavecin en basse chiffrée et sont conçues dans le style des airs de Lully. La

1. C'est-à-dire de membre de l'académie degV Arcadi, de Rome.

première, Sans y penser, est une jolie mélodie erotique ressemblant un peu à un air de danse ; la seconde, Petite fleur brunette, ne manque pas de piquant; mais la plus remarquable est la cinquième, Nos plaisirs, avec une basse continue artistement disposée. La sixième, Vous ne sçauriez flatter ma peine, a un récitatif magnifique qui est si bien dans le style de Gluck, qu'on le croirait écrit par ce maître; et la septième, Non, je ne puis souffrir, est une charmante cantilène. Bref, ces sept chansons, qui sont parfaitement réussies, auraient certainement été utilisées par Hândel s'il avait eu à écrire un opéra français.

Aux cantates à plusieurs personnages appartient encore un ouvrage qui a une importance particulière : nous voulons parler de la pastorale intitulée Aci, Galatea e Polifemo. Cette fable de l'amour du cyclope pour la nymphe de la mer avait déjà été souvent traitée par les poètes italiens, notamment par Marino; c'était la première fois qu'on la mettait en musique, et à Naples elle réussit au delà de toute attente.

L'action se passe uniquement entre les trois personnages; il n'y a ni chœur ni ouverture et la division par actes n'existe pas. C'est plutôt une cantate à trois voix et orchestre qu'une sérénade; en tout cas, ce n'est pas un opéra, comme l'a intitulé M. Sterndale Bennett dans sa préface de VAcis anglais, publié par la Handel Society. — Ce terme

de sérénade (serenata), appliqué par Hândel à cette production, lui a éié probablement inspiré parce que ce genre d'ouvrage fut originairement exécuté en plein air, soit à Naples pendant les belles nuits (al fresco), soit dans les jardins de Saint-James à Londres, soit dans le parc de Cannons.

Plus tard, Hândel reprit ce thème sur des paroles anglaises et ne conserva presque rien de la partition italienne. Aci, le berger, est écrit pour un soprano sfogato, et Galatea, sa bien-aimée, pour un contralto, ce qui n'est pas très rationnel. Polifemo est, naturellement, une basse. L'œuvre commence par un duo, Sorge il di, dont la mélodie est gracieuse et l'accompagnement d'une extrême délicatesse; mais il est surpassé par le trio Provera lo sdegno mio. Un air de Galatée, Se m' ami, o caro, que Burney déclare « aussi élégant que plaintif », et que l'auteur a inséré ensuite dans son Pastor fido, est très originalement accompagné par deux violoncelles et une basse fondamentale, entre lesquels apparaissent de temps en temps les autres cordes. L'air d'Aci, Che non pué la gelosia, avec accompagnement de hautbois en imitations, est d'une expression touchante, de même que celui De Vaquila Vartigli, qui n'a qu'une basse pour accompagnement.

Il est à présumer que pour le rôle à' A ci, Hândel fut un peu à la merci d'une cantatrice, aux caprices

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