Memoirs, etc
avait gratifié Gorelli du titre de marquis de Ladensburg. Diisseldorf étant sur la route d'Angleterre, il fut facile à Hândel de tenir sa parole. Le prince, charmé de le voir et ravi de son talent, lui témoigna son regret de ce qu'il s'était lié avec le Hanovre au lieu de lui donner la préférence. A son départ, l'électeur lui fît présent d'un service en argent. De là il passa par la Hollande où il ne demeura que peu de temps, pressé qu'il était d'arriver à Londres où on l'attendait.
Tous les renseignements s'accordent pour dire que Hândel arriva à Londres sur la fin de l'automne de 1710. L'accueil qu'il y trouva fut des plus encourageants pour lui et honorable pour la nation anglaise. Ce voyage eut pour son avenir des suites incalculables, en ce qu'il l'attacha étroitement à ce pays auquel, dès lors, il résolut de consacrer tout son talent et toutes ses énergies ; il fut de haute importance aussi pour l'histoire de la musique, car avec lui commença pour l'Angleterre une nouvelle période artistique pleine d'éclat. Certes, la Grande- Bretagne avait un passé musical des plus indépendants et vraiment illustre; mais, pour le moment, elle ne possédait en hommes et en choses de la
musique rien qui méritât qu'on en parlât ; l'art était dans le marasme 'et traînait péniblement une existence précaire.
Le premier ouvrage exécuté par des acteurs italiens, intitulé Almahide , était d'un compositeur inconnu qui le donna à Haymarket en janvier 1710; le second fut Hydaspes, de Mancini, représenté le 3 mai suivant ; mais, pour satisfaire le public, on joua de la musique nationale entre les actes. Le Daily Post annonce Almahide, « avec intercalation d'airs anglais par Doggett, Mrs. Lindsay et Mrs. Cross *. »
Incontestablement le goût pour la musique avait augmenté à Londres depuis l'introduction de l'Opéra italien; il ne manquait qu'un pilote pour le bien diriger. Rien d'étonnant donc que dès les premiers mois de son séjour dans la métropole britannique, Hàndel ait été proclamé — comme l'avait déjà fait le cardinal Panfîli à Rome, — l'Orphée de son temps. Selon Mainwaring2, c'est le duc de Manchester qui aurait insisté auprès de lui pour qu'il vînt à Londres. « La renommée de ses facultés extraordinaires, dit-il, s'était propagée en notre ville avant son arrivée. Les uns l'avaient vu en Italie, les autres à Hanovre. Il ne tarda pas à être présenté à la cour et reçut des marques de faveur de la reine.