Hawkins. History. V
00 UEORGE-FRIDERIC handej,
Vers cette époque (1715-16), le comte Burlington fît de son palais, nouvellement construit à Piccadilly, le rendez-vous des premiers artistes de Londres. Mécène au cœur large et généreux, le comte, qui avait visité l'Italie, cherchait à imiter les grands seigneurs de ce pays. Sur ses instances, Hândel consentit à porter ses pénates chez lui, dans une habitation tellement isolée au milieu des champs, que le roi George Ier demanda au comte ce qui l'avait engagé à s'établir si loin de la ville, à quoi Burlington répondit qu'aimant la solitude, il avait choisi un endroit où il était sûr que personne ne bâtirait à côté de lui. Ce calcul, juste à cette époque, a été déjoué plus tard. Piccadilly est devenu un quartier central de Londres, l'un des plus animés et des plus distingués. Hàndel passa trois années chez le comte Burlington; ce fut pour lui une continuation de la vie aisée qu'il avait menée à Rome chez le marquis Ruspoli. Il y élabora quelques cantates italiennes, des duos et un petit opéra; mais tout cela ne vint qu'en sous-ordre, au milieu de la vie fastueuse et matérielle que l'on menait chez le comte. Le petit opéra s'appelle Silla. C'est, sous certains rapports, une curiosité, et pour le biographe un problème. On ne connaît pas l'auteur du texte et pendant longtemps on a refusé de croire que la musique fût de Hàndel. Cet opéra dut voir le jour entre Thésée (1713) et Amadis (1715), donc en 1714; du reste, le papier et l'écri-
ture démontrent qu'il appartient aux premiers temps du second séjour en Angleterre.
M. Schœlcher * croit à tort que Silla a été écrit à Rome. « C'est, dit-il, un opéra entièrement inconnu, dont aucun auteur ne fait mention et dont j'ai trouvé beaucoup de fragments originaux dans les manuscrits du Buckingham Palace, outre un exemplaire complet. »
Hândel laissait donc couler les jours, les mois et les années, se fiant au hasard et à sa bonne étoile pour fixer le moment de prendre une décision quelconque. Il ne pensait plus à retourner à Hanovre et préférait vivre chez Burlington où il pouvait se livrer amplement à sa propension pour la bonne chère, pour les vins fumeux et les liqueurs fortes ; suivant en cela l'exemple que lui donnaient les plus grands personnages du royaume, puisque la reine dut congédier son ministre Harley, comte d'Oxford, parce qu'il venait trop souvent ivre au Conseil.
Les rapports entre la reine Anne et ses successeurs légitimés, sinon légitimes, se tendirent et s'ai-