Critka musica. II
famille, amis, commerce, et s'attacha à lui comme un frère. Quatre ans après, sa femme et son fils vinrent le rejoindre à Londres. Dès ce moment, il prit la direction des affaires du compositeur. Ce fut le père de John-Christopher Smith, lequel était né en 1712 et dont le nom est associé à celui de Hândel sur le titre du livre des Anecdotes. Ce petit ouvrage a été, sinon écrit, du moins inspiré et conseillé par le beau-fils de Smith, le Rév. William Coxe. Celuici y a évidemment inséré des souvenirs de famille et son récit de la détermination du père Smith doit être d'une absolue vérité.
Le roi repartit pour Londres vers le milieu de janvier 1717 ; tout fait croire que Hàndel y retourna avec lui, après être demeuré six mois en Allemagne. Rien, du reste, ne le retenait plus à Hanovre, tandis qu'on le réclamait à Londres.
Cependant, les quelques représentations brillantes de Rinaldo et d'Amadigi ne furent pas, comme on l'espérait, le commencement d^ne nouvelle ère de prospérité pour le théâtre italien, mais la clôture de sa première période qui avait duré à peu près douze ans. Alors arriva une solution de continuité pendant laquelle on ne pensa pas à Topera, car la
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famille royale et le parti whig se brouillèrent, les Jacobites se remuèrent et de partout l'on vit surgir le scandale, la rébellion et la trahison.
Cette solution de continuité dura du 29 juin 1717 au 2 avril 1720, environ trois ans. C'est alors que Hândel reçut du duc de Chandos la flatteuse proposition, qu'il accepta, de demeurer dans son château de Cannons, superbe demeure qu'il s'était fait construire non loin du village d'Edgeware, à neuf milles de Londres; de diriger sa chapelle, de jouer de l'orgue, de composer de la musique religieuse et d'user en toute liberté de la vie facile et agréable que l'on menait au manoir de Cannons.
James y duc de Chandos, que par admiration autant que par dérision ses contemporains appelaient le Grand Bue y fut un objet de vive curiosité, un météore dont l'éclat fulgurant ne dura que quelques années. — Sous la reine Anne, il avait exercé les fonctions de payeur-général de l'armée et, à l'avènement de la maison de Hanovre, il donna sa démission pour vivre à sa fantaisie. Le premier directeur de sa musique avait été le docteur Pepusch, bon contrapuntiste allemand, mais dépourvu d'idées et sans génie inventif. Lorsque Hândel eut pris la direction de la chapelle du duc, il l'organisa tout autrement et imprima une tournure bien différente aux choses musicales; aussi, tous les dimanches, une bonne partie de la noblesse de Londres venaitelle assister au service divin à Cannons. Quant au
Dr Pepusch, s'il se retira devant son compatriote Hândel , ce ne fut ni volontiers, ni de gaieté de cœur, comme on l'a prétendu; il ne reconnut que beaucoup plus tard le mérite supérieur de son rival et disait, d'un air rogue et mécontent, que si Hândel était un bon compositeur pratique, il n'était pas théoricien.
De 1717 à 1720, Hândel composa pour la chapelle de Cannons deux Te Deum et douze antiennes connues sous la désignation de Chandos Anthems y&onï cinq à 3 voix, six à 4 et une à 5 voix.
Le Te Deum de 1719, en si bémol majeur, ne doit pas sa naissance à un événement important, mais au simple désir du duc d'entendre une nouvelle œuvre de Hândel en ce genre. Ici, le compositeur était limité dans ses moyens d'exécution et dut se borner à des chœurs à 5 voix, disposés de cette façon insolite : soprano (Discant), ténor, I, II, III et basse; une voix d'enfant et quatre voix d'hommes. Ce Te Deum est du double plus long que celui d'Utrecht et devrait être désigné comme le Grand Te Deum, si on le jugeait par son étendue. Bien que, comme conception, il ne soit pas à la hauteur de celui d'Utrecht, il n'en contient pas moins de fort belles choses.
Celui de 1720, en la majeur, n'est qu'une abréviation des deux autres et notamment du dernier ; mais le chœur finaj. est neuf et de grande importance. Tous les chœurs sont à six voix, dans la dis-
position vocale indiquée ci-dessus, sauf qu'il y a deux parties de basse au lieu d'une. — Les Chandos Te Deum ne sont pas datés ; on ne peut donc que les fixer d'une manière approximative, entre 1718 et 1720. Le S. D. G. (Soli Deo Gloria) ne manque sur aucun.
Les Chandos Anthems ont été composées sur des versets des Psaumes. Si, pour ces antiennes, Hândel se contenta d'abord d'un chœur à 3 voix, c'est que, sans doute, Pepusch ne lui remit qu'un petit chœur ainsi distribué et que, excepté le ténor allemand Eilfurt, il n'avait pas d'autre soliste. Mais le duc James ayant laissé liberté entière à son nouveau maître de chapelle, celui-ci en usa pour augmenter ses ressources vocales et, en effet, nous voyons par les manuscrits de Hândel qu'il employa souvent des chantres de la chapelle royale et de l'église Saint- Paul, à Londres. Ces douze antiennes, qui consistent principalement en chœurs entremêlés de solos, sont fort belles et font honneur au maître qui les a écrites. Elles ne contiennent pas moins de 11 ouvertures, 32 solos, 6 duos, un trio, un quatuor et 47 chœurs. « Il y a quarante ans, dit Busby1, que je les ai entendus à Covent-Garden, dirigées par le Dr Arnold. Mon oreille conserve encore l'impression de leur charme, et mon esprit celle de leur grandeur. »