‹ G.-F. HändelChapitre 42 sur 118 · A gênerai History of music. 2 vol. in-8°. T. II, p · texte numérisé non relu

A gênerai History of music. 2 vol. in-8°. T. II, p

GEORGE-FRIDERIC HANDEL m

Le premier Oratorio de Handel fut conçu à Cannons. N'écrivant pas alors pour le théâtre, son activité naturelle devait nécessairement se porter sur une autre branche musicale tenant, en quelque sorte, le milieu entre la musique dramatique et la musique religieuse. Il écrivit donc, en ll20,Fstker, le premier oratorio qui ait été entendu en Angleterre sur des paroles anglaises. Personne avant lui ne s'était essayé en ce genre; l'art anglais se composant simplement de musique d'église et de musique de théâtre, demeura ainsi jusqu'à ce que Handel, après avoir terminé ses antiennes, passât inopinément à l'Oratorio. Tout ce que Ton sait sur Esther, c'est que le duc de Ghandos commanda cette œuvre à Handel; que le poème a été attribué à Pope, lequel ne protesta pas contre cette allégation; que le 29 août 1720, pendant la vacance de l'Opéra, l'oratorio fut exécuté à Cannons devant le duc et ses amis, et que Chandos fut tellement charmé de la musique, qu'il donna 1,000 livres (25,000 francs) à l'auteur, indépendamment de son traitement de maître de chapelle et d'organiste.

L'ouverture est, de toutes celles du maître, une des plus belles et des plus significatives. Dans trois

passages, on reconnaît qu'il a voulu peindre la perfidie de Haman, les plaintes d'Israël et l'exultation de la délivrance. La fugue qui la termine est traitée avec un art infini et respire la joie. Ce morceau d'orchestre appartient à ceux qui furent le plus souvent joués en Angleterre. On l'exécutait régulièrement chaque année à Saint-Paul, au festival des fils du clergé. L'oratorio d'Esther est divisé en scènes, comme un opéra; mais la noblesse des accents et la grandeur de la conception démontrent clairement à l'auditeur qu'il a devant les yeux une action dramatique et non théâtrale. Assurément cet ouvrage n'atteint pas encore à la majesté qui distingue les oratorios postérieurs de Hàndel ; mais les passages superbes qu'il renferme font pressentir à quel degré d'élévation il arrivera dans la suite. Après avoir été exécutée deux ou trois fois à Cannons, la partition fut mise de côté et, comme on le verra bientôt, ne reparut qu'au bout de longues années.

A la même époque et dans des circonstances identiques, Hândel livra une autre production qui, dans ses parties essentielles, est absolument opposée à Esther. C'est la pastorale d'Acis et Galatée (1720). Elle se divise en deux parties : la première ne res-pire que bonheur et joie ; la seconde n'est que malheur, adversité et douleur. C'est surtout dans les airs de Polyphème que Ton reconnaît les étonnants progrès faits par Hândel depuis la Galatée italienne.

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Le cyclope n'est plus ce monstre grotesque conçu d'après un point de vue humoristique; il représente fidèlement la nature sauvage et féroce de l'anthropophage. A l'opposé de la Galatée italienne, celle-ci contient des chœurs de bergers qui encadrent délicieusement l'idylle. De même qu Est fier, cette partition ne quitta pas Cannons et ne reparut dans la suite que quand un heureux hasard la rendit au public.

Les contemporains de Hândel considéraient Acis et Galatée comme une de ses œuvres les plus parfaites, les plus soigneusement traitées, en quoi ils n'avaient pas tort. On ne connaît pas cette partition en France, et c'est dommage; on se prive ainsi du plaisir que causerait indubitablement une des plus charmantes et des plus intéressantes créations musicales du siècle dernier. En Angleterre, on l'exécute encore souvent avec l'instrumentation ajoutée par Mozart.

Cependant, au milieu de la vie enivrante que menait notre héros, une douloureuse nouvelle vint déchirer son cœur : le 8 août 1718, sa sœur, madame Michaelsen, s'éteignit après une longue maladie. Lorsqu'il eut appris ce funeste événement, Hândel promit à ses parents de Halle qu'il irait bientôt les voir. Mais des affaires sérieuses, qui rendaient sa présence à Londres indispensable, l'empêchèrent, durant plusieurs mois, de tenir sa promesse. Dans une lettre écrite par lui en français à son beau-frère*

il s'excuse du retard apporté à son voyage et exprime les regrets qu'il éprouve de la mort de sa sœur. En voici l'exacte copie :

« Monsieur mon très honoré frère,

» Ne jugez pas, je vous supplie, mon envie de vous voir par le retardement de mon départ, c'est à mon grand regret que je me vois arrêté icy par des affaires indispensables, et d'où j'ose dire ma fortune dépend et lesquelles ont traîné plus longtemps que je ne l'avois cru. Si vous saviez la peine que j'éprouve de ce que je n'ai pas pu mettre à exécution ce que je désire si ardemment vous auriez de l'indulgence pour moy; mais, à la fin. j'espère d'en venir à bout dans un mois d'icy, et vous pouvez conter (sic) que je ne ferai aucun delay et que je me mettrai incessamment en chemin; je vous supplie, mon très cher frère, d'en assurer la marna, et de mon obéissance, et faites-moy surtout part encore une fois de votre état, de celuy de la marna et de votre chère famille pour diminuer l'inquiétude dans laquelle je me trouve. Vous jugez bien, mon très cher frère, que je serois inconsolable si je n'avois pas l'espérance de me dédommager bientôt de ce délay en restant d'autant plus longtemps avec vous.

» Je suis étonné de ce que le marchand, à Magdebourg, n'a pas encore satisfait à la lettre de change, je vous prie de la garder seulement et, à mon arrivée, elle sera ajustée. J'ay reçu avis que rétain sera bientôt acheminé pour vos endroits ; je suis honteux de ce retardement aussi bien que de ce que je n'ai pas pu m'acquitter plutôt (sic) de ma promesse, je vous supplie de l'excuser et de croire que, malgré tous mes efforts, il m'a été impossible de réussir. Vous en conviendrez vous-même

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lorsque j'aurai l'honneur de vous le dire de bouche. Vous ne devez pas douter que je hâterai mon voyage : je languis plus que vous ne sçauriez vous imaginer de vous voir. Je vous remercie très humblement des vœux que vous m'avez adressés à l'occasion du nouvel an. Je souhaite, de mon côté, que le Tout Puissant veuille vous combler et votre chère famille de toutes sortes de prospérités et d'addoucir (sic) par ses prétieuses (sic) bénédictions la playe sensible qu'il luy a plu de vous faire essuyer et qui m'a frappé également. Vous pouvez être assuré que je conserverai toujours vivement le souvenir des bontés que vous avez eues pour feue (sic) ma sœur, et que les sentiments de ma reconnoissance dureront aussi longtemps que mes jours. Ayez la bonté de faire mes compliments à M. Roth et à tous les bons amis. Je vous embrasse avec toute votre chère famille et je suis, avec une passion inviolable, toute ma vie,

» Monsieur et très honoré frère, )> Votre très humble et très obéissant serviteur,

» George Frideric Handel.

)> A monsieur Michael Dietrich Michaelsen, » Docteur en droit,

) à Halle, en Saxe. »

Selon l'usage adopté alors, les gens distingués n'écrivaient qu'en français; une seule fois encore, après la mort de sa mère, Handel se servit de la langue allemande. Les négociations auxquelles il fait allusion comme à des affaires de la plus haute importance, et dont dépendait sa fortune, se rapportaient à l'opéra italien dont nous allons parler. Sa vie

llo («EORGE-FIUDKRIC HANDEJ.

insouciante touche à sa fin ; il sent qu'il va commencer une lutte sérieuse avec la société et prononce ces mémorables paroles : « Il faut apprendre tout ce que Ton peut apprendre, et ensuite suivre sa propre voie sans en dévier. »

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