‹ G.-F. HändelChapitre 43 sur 118 · CINQUIEME EPOQUE · texte numérisé non relu

CINQUIEME EPOQUE

(Londres, 1720-1728)

Nous voici parvenus au moment où Handel entre dans la vie militante, et nous le verrons persister jusqu'au bout dans la ligne qu'il s'est tracée. Nous le verrons, avec une probité exemplaire, déployer une activité, une force de volonté, une persévérance bien rares, que ni les inimitiés les plus redoutables, ni le sort contraire ne purent jamais abattre.

Certains membres de l'aristocratie anglaise, désirant donner une meilleure impulsion à l'opéra italien, se réunirent et se concertèrent, dans l'hiver de 1718-19, afin de constituer une société ayant pour objet l'exploitation d'un théâtre italien avec les meilleurs chanteurs de la péninsule. Ils proposèrent ù Handel d'en prendre la direction artistique el,

quoique encore au service du duc de Chandos, il ne déclina pas ces offres. Sa lettre à son beau-frère, de février 1719, que l'on a lue dans le précédent chapitre, fait allusion à ces pourparlers et « les affaires indispensables qui traînent depuis si longtemps et d'où, dit-il, dépend sa fortune », n'étaient autre chose que les négociations pour la fondation de l'Académie.

Le 21 février 1719, un journal de Londres, The Applebee's original weekly Journal, publia cet avis : « M. Hândel, le célèbre musicien, a traversé le canal sur l'ordre de Sa Majesté, afin d'aller engager un certain nombre des meilleurs chanteurs de l'Europe pour le théâtre de Haymarket. » On ignore dans quelles villes du continent il s'arrêta, mais il est certain qu'il visita Dresde et Dùsseldorf, et comme il y trouva presque tout son contingent dramatique, on peut présumer qu'il n'alla pas plus loin et passa paisiblement l'été soit à Hanovre , soit à Halle, dans sa famille.

A Dùsseldorf, il s'assura du concours deBenedetto Baldassari, chanteur de la Chambre du comte Palatin. Dans l'automne de 1719, à Dresde, il rencontra presque toutes les célébrités chantantes de l'Italie, réunies, sous la direction de Lotti, pour les fêtes du mariage du prince-électeur avec l'archiduchesse Marie-Joséphine d'Autriche. Espérer obtenir ces artistes pour l'hiver n'était pas possible, car en les invitant à venir à Dresde, l'Electeur avait imposé la

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condition qu'ils demeureraient quelque temps dans sa capitale; maison pouvait les engager pour la saison suivante, ce que fit Handel.

Sa situation à Dresde était délicate et exigeait de sa part une prudence et une retenue extrêmes pour ne point éveiller les susceptibilités de la cour de de Saxe, ni la jalousie des chanteurs italiens qui, convoitant les guinées anglaises, ne se seraient fait aucun scrupule de se parjurer pour les obtenir. Il se contenta d'engager, à partir d'octobre 1720, les dames Durastanti et Salvai, les castrats Senesino et Berselli et la basse Boschi, que nous connaissons déjà.

S'étant fait entendre sur le clavecin devant le roi et le prince royal, Handel reçut 100 ducats, plus heureux en cela que J.-S. Bach1, que la coquinerie d'un courtisan frustra d'une rémunération pareille. Et puisque le nom de Bach vient sous notre plume, disons que, probablement, ce fut alors qu'il se rendit à Halle pour voir Handel, lequel venait d'en partir. M. Chrysander s'efforce de disculper Handel et entre dans de longues considérations pour expliquer que l'on n'a rien à lui reprocher et qu'il ne fut jamais mal disposé envers Bach ; mais les déductions de M. Chrysander ne sont que spécieuses et ne changent rien à la manière devoir que nous avons exprimée à cet égard2. Il va jusqu'à

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