Ibidem, p. 127 et
suspecter la bonne foi de Forkel qui, le premier, a fait cette communication, comme si Forkel, historien aussi exact que consciencieux, avait eu un intérêt quelconque à blâmer gratuitement Handel ! Mais M. Chrysander est aveuglé par sa passion pour son héros, qui ne doit jamais avoir tort! Dans de semblables dispositions, il était tout naturel qu'il ne donnât pas raison à Bach.
La première saison de Topera italien, qui dura du 2 avril au 25 juin 1720, commença par Numitorc du Vénitien Giovanni Porta. Cet opéra fut exécuté sept fois, mais, après la cinquième, Handel entra dans la place avec son Radamisto, et l'on peut dire sans exagération qu'avec lui commença l'existence de la Royal Academy of Music. La partition originale sur le texte de Nicolà Haym n'est pas datée ; mais le papier et l'écriture font voir qu'elle doit être contemporaine de YAcls et Galatée anglaise. La première représentation, qui avait été annoncée pour le 26 avril, dut être retardée d'un jour, « par ordre ». Toute la cour y assista. Jamais Londres ne vit une affluence de spectateurs comme celle qui se porta ce soir-là dans Haymarket.
Incontestablement, la présence de la cour fut pour
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beaucoup dans cette cohue. C'était la première fois que la famille royale paraissait à l'Académie; mais déjà aussi, les souscripteurs qui avaient pu assister aux répétitions avaient fait un pompeux éloge de cet opéra que l'on déclarait le plus beau de tous ceux donnés jusque-là sur les théâtres de Londres.
Badamisto est formé d'airs et de duos reliés les uns aux autres par des récitatifs; les ensembles font défaut, comme dans presque toutes les pièces lyriques de l'époque, mais les airs sont de toute beauté.
Le plus remarquable est celui de Badamisto, au deuxième acte : Ombra cara di mia sposa, que l'on ne peut entendre sans émotion. Les sentiments de l'époux pleurant sa femme qu'il croit morte sont exprimés avec la vérité la plus pathétique. Ombra cara, dit Burney1 , a été considéré par Geminiani et d'autres maîtres contemporains comme un des plus beaux airs qui existent. Hawkins, de son côté2, nous fait part de l'opinion du maître : « M. Hàndel, dit-il, regardait les deux airs, Cara sposa et Ombra cara, comme les meilleurs qu'il ait jamais faits et a communiqué son opinion à l'auteur de cet ouvrage. » « Tout l'opéra, dit M. Ghrysander3, est un véritable collier de perles musicales. »