‹ G.-F. HändelChapitre 47 sur 118 · I. History. IV · texte numérisé non relu

I. History. IV

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Crispo et l'autre Griselda ,, également sur des paroles de Paolo Rolli. Crispo fut mis à la scène le 10 janvier et devint le favori des bononcinistes, car jusqu'au 16 juin, jour de la clôture de la saison, on le représenta dix-huit fois. Miss Robinson y chantait une ariette que l'on fredonna bientôt dans tous les coins et recoins de la ville; il est bon, néanmoins, de faire remarquer que, déjà dans cet ouvrage, le compositeur italien penchait vers la muse de Hàndel et l'on s'en aperçoit fort bien dans l'air de Senesino, Se vedêtè i pensier miei. Cette imitatation handelienne est encore plus frappante dans Griselda, ou Grisel la résignée, qui fut donnée le 22 février 1722, c'est-à-dire six semaines à peine après Crispo. C'est miss Robinson qui remplit le rôle de Griselda.

Les deux opéras Ae Crispo eï du Griselda furent le sujet de toutes les conversations, et l'on ne cessait pas, dans les salons, de discuter lequel des deux valait mieux que l'autre l. Des soixante-deux représentations qui remplirent cette saison, Bononcini en occupa quarante et une, soit les deux tiers. On exécuta en outre quelques-unes de ses cantates dans le concert du 6 mars. Ce n'est pas tout : le 16 juin, jour même de la clôture de la saison, mourut John, duc de Marlborough, le plus grand capitaine après le prince

1. Voyez Robert Steolo. The conscious lover*. Comedy, \ Acte IT, scène ii.

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Eugène et le plus riche particulier de son temps. Sa fille aînée, l'excentrique comtesse Godolphin qui, plutôt par opposition envers la cour que par goût artistique, ne voulait entendre que de la musique de Bononcini, chargea ce dernier de composer un hymne funèbre en l'honneur du duc, son père. L'Italien lui devait bien cela, car la comtesse Godolphin lui avait concédé gratis un appartement dans son palais ; de plus, dans ses concerts privés qui avaient lieu deux fois par semaine et auxquels assistaient tous ceux qui favorisaient son parti, on ne jouait que du Bononcini. Il était donc naturel qu'on Je trouvât seul apte à chanter les exploits du grand général qui venait de passer de vie à trépas.

La musique de cette antienne, qui a été publiée % nous apprend comment il s'en tira. Elle est peu développée et d'un caractère presque nul. Le premier morceau, le meilleur, s'efforce d'atteindre à l'expression d'une profonde douleur; mais tout le reste se traîne languissamment et rien n'émeut le cœur. Ainsi que le dit avec raison M. Chrysander 2, si les Marlborough n'avaient pas été trop orgueilleux de leur élévation; s'ils ne s'étaient posés en protecteurs de toutes les faiblesses et de toutes les bassesses, ils auraient eu dans Handel un musicien dont l'art et

1. The anlhem which was performed in King Henry the Seventh^s chapel, at the fanerai of the most noble and Victoria us prince John, Duke of Marlborough. Thewords taken oui of holy Scripture and set to ?niisic by M. Bononcini.

2, G.-F. Handel IT, 83.

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le caractère auraient compris l'âme héroïque du défunt et su exprimer noblement et magistralement la douleur publique causée par sa perte. La dernière célébration de cette vie glorieuse eût été digne des hauts faits du grand homme de guerre.

A la fin de cette troisième saison, l'Académie se crut dans une position prospère. Le 22 novembre on avait élu un nouveau comité de direction avec le duc de Manchester pour président. L'état favorable des finances de la Société amena un surcroît de cinquante souscripteurs; mais on reconnut aussi qu'il était indispensable, pour la bonne exécution des opéras, d'avoir une prima donna d'un talent supérieur et d'essence féminine ; la Durastanti se rapprochant un peu trop de la dureté masculine et miss Robin son étant trop peu artistiquement sentimentale. Handel, qui souffrait du manque d'une telle vocaliste, allait voir bientôt se réaliser son vœu, mais par une des femmes les plus extravagantes, les plus fantasques, qui aient jamais existé: par la Cuzzoni.

Cuzzoni [Francesca), née à Parme en 1700, devint de bonne heure célèbre dans sa patrie. Sa diction pleine d'âme, son expression émouvante, avaient pour corollaire une connaissance complète des res-

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sources vocales et musicales. Francesco Lanzi avait si bien dirigé sa voix claire, sonore, limpide et flexible, qu'elle pouvait aborder les effets les plus divers. On la nommait la Lyre d'or.

Mais l'âme vraiment belle qui rayonnait d'elle, lorsque le sentiment esthétique la dominait, était déparée par un corps laid et par des passions plus laides encore. C'est avec cette créature excentrique, dont les frasques rempliraient un volume, que Heidegger, le directeur-régisseur du théâtre, qui, lui aussi, logeait des capacités hors ligne dans un corps vraiment hideux, conclut un contrat et lui versa d'avance 650 livres (16,250 francs). Elle avait promis d'être à Londres pour l'ouverture de la saison qui devait commencer le 27 octobre 1722, et dès les premiers jours de ce mois on s'était occupé de mettre en scène Ottone ou Otto, le nouvel opéra de Handel. Comme elle tardait à venir, Heidegger inquiet envoya au-devant d'elle le claveciniste Pietro Giuseppe Sandoni, homme de talent, ami de Handel et qui tenait le second clavecin à l'orchestre de l'Opéra. Pendant le voyage, des relations plus étroites s'établirent entre le claveciniste et la cantatrice qui se marièrent sans plus de façons. Sandoni n'avait épousé la femme que dans l'espoir de partager avec l'artiste l'argent qu'elle gagnerait; il fut bientôt désillusionné et cruellement puni; car après une existence infernale, après des querelles sans nombre, passant sans transition de la fortune à la gêne, elle l'assassina, dit-on. Pourtant,

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le fait n'a pas été prouvé et des auteurs disent qu'lis se séparèrent à l'amiable et ne se revirent jamais. Enfin, dans la dernière semaine de 1722, la Cuzzoni atteignit Londres, précédée de sa renommée qui la proclamait une des plus grandes cantatrices existantes. Elle devait recevoir par saison 2,000 livres (50,000 francs), sans compter une représentation à son bénéfice. Après s'être fait entendre à la cour, elle débuta publiquement à Haymarket le 12 janvier 1723, dans Y Ottone deHàndel, texte de Nicolà Haym. Ce fut le second chef-d'œuvre, vrai bijou musical, que le Saxon composa pour l'Académie. « Le nombre des airs d'Otto, qui devinrent généralement populaires, dit Burney\est peut-être plus grand que celui de tout autre opéra représenté en Angleterre. A peine y trouverait-on un chant qui n'ait pas conquis la vogue. » — Sa popularité commença dès les premières mesures de l'ouverture et par la gavotte qui la termine. « Cette belle mélodie, ajoute Burney, bien que devenue commune par l'emploi que l'on en a fait comme hornpipe ou danse de paysan, ravissait autrefois tous ceux qui l'entendaient ou la jouaient sur tous les iustruments possibles, depuis l'orgue jusqu'à la guimbarde. » — La musique du reste de l'opéra n'est pas moins bien adaptée aux caractères dramatiques que dans Radamisto, mais les airs en sont plus variés.

!. Hiètory. IV, 236-87,

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Le début des relations de Hândel avec la Cuzzoni fut marqué par un curieux incident. Il avait préparé pour elle un air d'entrée, Falsa imagine, qui, selon lui, devait enlever tous les suffrages. Le résultat lui donna raison, car ce morceau devint promptement célèbre et méritait de l'être. Lorsque la Cuzzoni reçut son rôle, elle déclara nettement qu'elle ne chanterait pas cet air, attendu que pour sa première apparition devant un nouveau public, ce n'était pas ce qui lui convenait. Elle n'était pas fâchée de tàter cet inconnu, d'essayer ses forces contre lui et d'habituer tout de suite à la soumission un jeune compositeur qui n'était pas même Italien et n'occupait, croyait-elle, que le second rang après Bononcini. Elle fut bientôt détrompée. Lorsque Hândel eut appris l'algarade de la capricieuse artiste qui, dès le premier jour, donnait l'exemple de l'insubordination, il devint furieux. Perdant tout empire sur lui-même, il accourut en s'écriant: « Oh! madame, je sçais que vous êtes une véritable diablesse; mais je vous ferai sçavoir, moi, qite je suis Belzébub, le chef des diables1 ! » Puis, la saisis-^ sissant par la taille, il l'enleva de terre, ouvrit la fenêtre et menaça de la jeter sur le pavé si elle ne lui obéissait pas. Terrifiée par cet acte de vigueur et par l'aspect furibond du compositeur, à demi étouffée par la pression du bras de fer qui l'étreignait,

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