Ibid. 19 avril
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porteront jusqu'à la consommation des siècles!
A l'année 1732 appartient encore la publication des « Douze sonates solos, pour violon ou flûte, avec basse continue pour le clavecin1 ». Elles portent la mention de « Opéra la », comme si les « Suites de pièces pour le clavecin », publiées en 1720, ne figuraient pas parmi ses œuvres de musique instrumentale. A l'exception de la neuvième sonate, qui se compose de six morceaux, toutes les autres n'en ont que quatre dans le même ordre ; de sorte que chaque sonate commence par un mouvement lent, suivi d'un allegro, puis d'un second adagio terminé par un vivace. Les morceaux à mouvement lent sont d'habitude très courts, comme généralement dans la musique instrumentale de l'époque ; ils ne comportent parfois que deux mesures. On dit que ces sonates furent écrites un peu avant 1730, pour le prince de Galles ; mais elles n'ont pu passer pour de la musique nouvelle, car plusieurs pièces sont tirées des cantates de Hàndel ou de ses opéras italiens antérieurs.
Il convient de reporter au même temps les six sonates en trios, formant « l'Opéra 2a ». Le n° 1 est en si mineur ; le n° 2 en sol mineur ; le n° 3 en si b majeur ; le n° 4 en fa majeur ; le n° 5 en sol mineur, etlen0 6 aussi en sol mineur. A l'exception
1. Twelve Sonatas or Solos for a violin, or a German flûte, with a tkorough Bass for the harpsichord.
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de la quatrième sonate qui a cinq morceaux, toutes les autres en ont quatre et sont formées comme FOpera la. Ce recueil ressemble au précédent, en ce que plusieurs motifs proviennent d'airs anciens élaborés à nouveau; d'autres furent plus tard introduits dans des compositions plus importantes ; beaucoup ont été d'abord écrits à trois voix, comme par exemple les deuxième et troisième morceaux de la troisième sonate, qui ont servi pour l'ouverture A\Eslher. Ces sonates semblent avoir été très recherchées. Imprimées d'abord à Amsterdam, par Witvogel, Walsh les publia en 1733, sous ce titre : « VI sonates à deux violons, deux hautbois ou deux flûtes traversières et basse continue, composées par G. F. Hândel, second ouvrage. »
Le succès de ces sonates ou trios engagea le maître à en écrire un second recueil en 1739, sous le titre de « Sept trios ou sonates à deux voix, avec basse, op. 5 ». La première sonate, en la majeur, a la forme de celles décrites jusqu'ici ; mais pour conclusion, elle offre une gavotte en vivace; donc cinq morceaux. La deuxième, en ré majeur, a six morceaux, dont une marche ; au milieu, un aile-' gro en ré mineur, se termine par une musette. La troisième, en mi mineur, a également six morceaux avec sarabande, allemande et gavotte. La quatrième, en sol majeur, est de même avec passâcaille, gigue et menuet. La cinquième, en sol
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mineur, aussi avec air et bourrée pour conclusion. La sixième est en fa majeur; et la septième, en si bémol majeur, a également six morceaux, avec gavotte et menuet pour finir. L'adagio qui forme le troisième morceau ne consiste qu'en cinq mesures. Ces sonates diffèrent de celles du premier recueil par une plus grande variété ; mais cette variété n'est que fictive ; on peut même la qualifier de rétrograde, attendu qu'elle a été empruntée aux anciennes formes des Suites instrumentales.
L'oratorio à'Esther avait si bien réussi, le public lui avait fait un accueil si flatteur, que, sans plus attendre, Hândel composa une œuvre du même genre, sous le titre de Debora, qu'il termina le 21 février, v. st., 1733. Le texte, tiré du livre des Juges, 4 et 5, est le premier essai de Samuel Humphrey en littérature oratorienne.
L'ouverture, en quatre mouvements, est une des plus belles et des plus riches qu'ait imaginées le maître; la musique du deuxième mouvement n'est autre que celle du chœur des Israélites : Lord of Etemity; et celle du quatrième avec basse contrainte est empruntée au chœur des idolâtres : Oh! Baal. Le chœur du commencement : lmmortal Lord, en honneur du Créateur du ciel et de la terre, est superbe et n'a d'égal que celui qui ouvre la seconde partie : See, the proud ckief advances, à cinq voix, annonçant l'approche de Sisarah à la tête de ses troupes. Dans la troisième partie, les
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oppositions se font jour dans le chœur des Chananéens qui se lamentent et celui des Israélites qui jubilent et remercient le Seigneur de leur victoire. On ne peut assez admirer la manière dont ces chœurs sont conformés et divisés. Le rôle de Debora a été écrit pour la Strada (soprano), et celui de Barak, pour Senesino (contralto).
L'importance de cet oratorio réside essentiellement dans les chœurs, bien qu'il faille aussi admirer les airs et la perfection de la composition. La première audition en fut annoncée pour le samedi 17 mars, veille des Rameaux. « Par ordre de S. M. — Le 17 mars, au théâtre royal de Haymarket, Debora, nouvel opéra anglais composé par M. Hândel, exécuté par un grand nombre de voix et d'instruments. — ■ TV. B. C'est la dernière représentation dramatique qui sera donnée au théâtre royal avant Pâques. La salle sera ornée et éclairée d'une façon nouvelle et particulière* On trouvera des billets au contrôle du théâtre, le vendredi 16 et le samedi 17, au prix d'une guinée* Galerie 1/2 guinée1. » Hândel et son associé avaient cru pouvoir se permettre cette augmentation de prix et pensaient faire une bonne recette, car pendant la semaine sainte les oratorios avaient toutes les chances de réussite; Mais cette mesure fut le signal d'une protestation universelle; Les sôuscrip-
L Daily Journal aï Daily Pôst des 12-17 mars 1733;
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teurs annuels se sentirent froisses, et non sans raison, d'être obligés de payer un supplément parce qu'on leur donnait un drame sacré anglais au lieu d'un opéra profane italien. Une coïncidence bizarre vint s'ajouter à ce mécontentement. Le 14 mars, trois jours avant l'exécution de Debora, le ministre Walpole avait présenté aux Communes un projet d'impôt sur le tabac. Tout le pays fut en émoi, et l'augmentation des places à l'Opéra arrivant au même moment, on s'écria: « Voyez! c'est la nouvelle accise musicale ! » Une clameur s'éleva dans le à clubs contre les directeurs que l'on croyait d'accord avec la cour ; et, par esprit d'opposition, on ne se rendit pas à la première représentation de Debora. La salle demeura presque vide. Alors les pamphlets et les épigrammes coururent la ville, tant contre le ministre Walpole que contre Hàndel, que l'on affectait de considérer comme s'entendant ensemble.
Avant même que les épigrammes et les satires prissent leur vol, Hândel avait déjà fait disparaître la cause du conflit en remettant le prix des places à l'ancien tarif. Le seul tort dont auraient pu se plaindre les souscripteurs, c'est qu'on leur rognait une représentation. Hândel ne voulut pas leur laisser ce sujet de plainte, et pour s'acquitter envers* eux, il reprit Debora pendant la semaine de Pâques, aux anciens prix de 10 shillings pour le parterre et les logés, et de 5 shillings pour les galeries. Les billets
argentés furent aussi acceptés sans rétribution de la part des souscripteurs. Ainsi l'oratorio fut exécuté le mardi d'après Pâques, 27 mars, et plus tard encore deux fois en présence de la cour.
Le champ d'activité de Handel pour la saison suivante ne fut pas à Londres, mais à Oxford, où le mouvement musical de l'hiver précédent devait se renouveler, mais d'une manière plus récréative.
Oxford, l'un des sièges principaux du jacobitisme, s'était toujours montré hostile à la maison de Hanovre. Le nouveau vice-chancelier, ou recteur de FUniversité, docteur Holmes, homme intelligent, doux et dévoué à la cour, s'efforça de renouer avec elle les anciennes relations amicales. A cet effet, il crut pouvoir utiliser la fête de l'Université, dénommée Public Act, que Ton devait célébrer tous les ans, mais qui ne l'avait pas été depuis un certain temps. On appelle Public Act la cérémonie dans laquelle on distribue les grades universitaires aux candidats qui ont passé des examens satisfaisants. Elle dure trois jours, pendant lesquels les matinées sont réservées à la science et les soirées au plaisir. Le docteur Holmes invita donc Handel, le compositeur de la cour, à venir embellir la fête avec sa
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musique, et pensa profiter de l'occasion pour lui décerner le grade de docteur.
La fête attira beaucoup de monde à Oxford. Une troupe de comédiens demanda la permission d'y donner des représentations; mais cette permission leur ayant été refusée par le vice-chancelier, ils allèrent s'installer dans un village voisin, Abington, où les étudiants se portèrent en foule et dépensèrent tout leur argent. Nous avons, sur ces jours de fête et sur les événements musicaux qui en furent la conséquence, trois relations qui ne se distinguent que par leur crudité et leur peu d'élégance.
La première est de Thomas Hearne, rat de bibliothèque, fureteur d'antiquité, philologue pédant et jacobite incarné, dont toute l'intelligence et l'amour pour la musique se bornaient à écouter le son des cloches. Dans un des cent trente-cinq volumes de son journal, Hearne a relaté comme suit la partie musicale de cette fête 1 :
« 5 juillet. — Un sieur Handel, étranger né en Hanovre, que l'on a engagé à venir à Oxford pour faire de la musique pendant YAclus, en quoi on le dit d'une grande habileté, est arrivé ici. Le vicechancelier l'a invité et a consenti, pour l'amadouer, à lui livrer gratis le théâtre avant et après YActus.
1. Reliquiœ Hecifuianœ. The Remains of Thomas Hearne. M. A. of Edmimd Hall, being Extracts of his ms. Diaries, collected by Philipp BHss, Oxford, 1857, 2, vol, in-8°. II, 718-80,
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C'est pourquoi il a lancé le programme d'un concert qui a eu lieu aujourd'hui, le billet à cinq shillings! La séance a commencé un peu avant cinq heures de l'après-midi. C'est une innovation arbitraire. On aurait aussi bien fait de permettre aux comédiens de s'installer et de jouer ici. Le vicechancelier en sera certainement blâmé. S'il veut faire revivre notre Actus annuel, ce qui est facile, il faudra que les statuts soient strictement observés et que toutes les innovations (qui soutirent de l'argent que l'on dépense en orgies) soient absolument interdites.
» 6 juillet. — Le vice-chancelier n'a pas autorisé les comédiens à jouer à Oxford, et il a eu raison, quoiqu'ils eussent pu être ici aussi bien que Hândel et sa clique pouilleuse de ménétriers étrangers. Les comédiens se sont établis à Abington où ils ont commencé hier leurs exercices qui ont attiré une foule énorme.
» 8 juillet. — Hier à six heures et demie du soir, Hândel a donné une autre audition au théâtre, le billet toujours à 5 shillings et à son bénéfice. La séance a duré jusque vers huit heures. — N. B. Il fait payer un shilling son livret qui ne vaut pas un penny.
» 11 juillet. — Hier à six heures et demie, Hândel et sa compagnie ont joué pour la troisième fois au théâtre, le billet à o shillings.
» 13 juillet, — Hier soir 12, Hândel et sa séquellç
ont encore joué au théâtre pour la dernière fois, le billet à 5 shillings. »
Ces malheureux 5 shillings (6 fr. 25) eurent le don d'exaspérer Hearne, qui ne comprenait pas que Ton payât si cher « l'ennui d'entendre des sons mis au bout les uns des autres ». Nous laissons de côté les deux autres relations qui ne font que rapporter les mêmes détails en termes différents. La troisième se distingue, en ce qu'elle est conçue sous forme d'opéra-ballade, que jouèrent à Oxford les étudiants en 1733.
Il n'est pas douteux que l'on s'attendait à ce que le célèbre maître ferait partie des gradués de l'Université et recevrait le titre de docteur; mais Hàndel voyait bien que ce titre n'ajouterait rien à sa gloire et que toutes ces questions d'érudition ne signifiaient pas gfand'chose. On ignore absolument ce qui s'est passé alors et l'on ne sait même pas si des pourparlers furent engagés à ce sujet. Ce qui est très sûr, c'est qu'il avait peu de goût pour le manteau de soie noire et le bonnet carré. Que lui importaient Boèce et ses cinq livres sur la musique? et le quatrième chapitre de Vitruve? et l'introduction harmonique d'Euclide? et YEisagogè Musiké d'Alypius? et les trois livres harmoniques de Claude Ptolémée? et les éléments harmoniques d'Aristoxène, avec les notes de Meibom?Il n'avait point de temps à perdre pour étudier ce qui différencie les pythagoriciens des aristoxéniens. Et son latin!
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ne l'avait-il pas oublié? Quel surcroît d'illustration, d'ailleurs, lui donnerait le titre de docteur? Hândel il était, Hàndel il voulait rester; et lorsque, à Dublin, en 1741, les journaux le qualifièrent de docteur, il n'eut point de repos qu'il n'eût obtenu d'eux de le nommer simplement M. Hândel. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il n'avait pas pris ce grade, il répondit : « Eh! que diable voulezvous que j'en fasse? Je ne tiens pas à dépenser mon argent pour une chose après laquelle courent les imbéciles et dont je n'ai pas besoin1? » Le docteur Ghrysander2 ne croit pas à la vérité de cette anecdote « parce que, dit-il, ce titre académique lui aurait été conféré sans frais s'il l'eût voulu » ! Qu'en sait-il? Dans quels documents contemporains l'a-t-il vu? C'est une supposition toute gratuite. Le titre coûtait cent livres (2,500 francs) et Hàndel ne tenait pas à débourser tant d'argent pour le plaisir de mettre docteur devant son nom, comme Pepusch, Greene et autres.
La solennité de la promotion doctorale eut lieu le lundi 9 juillet, « et comme elle se tint au théâtre et se prolongea très avant dans la soirée, M. Hândel dut remettre au lendemain l'exécution de son nouvel oratorio, Alhalie, qui appartient à ses meilleures productions et fut accueilli par les acclamations des