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consentit à lui envoyer ce que d'autres auraient été si empressés de lui faire parvenir.
Le départ de Carestini fut un dommage réel pour Hândel. Ce grand virtuose, craignant de se voir éclipsé par Farinelli, « la folie régnante du moment », quitta l'Angleterre dès la fin de la saison. Si l'on peut ajouter foi à une anecdote racontée par Burney1, les rapports de Carestini avec Hândel auraient été compromis par une scène violente, comme ce dernier en faisait trop souvent. Il avait envoyé à Carestinip'air d'Alcine, Verdi prati, qui, par parenthèse, fut chaque fois bissé. Le castrat le lui renvoya en prétendant qu'il n'était pas dans ses moyens. Bouillant de colère, le maître bondit chez le chanteur, et, sans autre forme de procès, le secoua en s'écriant : « Ane bâté ! chien que vous êtes ! Ne sais-je pas mieux que vous ce qu'il vous faut? Si vous refusez de chanter mes airs, je ne vous verserai pas un denier ! » Il est douteux — si véritablement il y eut une altercation entre eux, — que les choses se soient passées ainsi, car Hândel savait bien à qui il avait affaire. Et puis Burney fait Hândel s'exprimer dans son anglais panaché de français et d'allemand, et Carestini ne comprenait que l'italien !
Le théâtre rival, qui s'efforçait de contrecarrer Hândel de toute manière, demanda un oratorio à
\. Commémoration K P^ j^
Porpora. * On prétend, annonçait un journal1, qu'on fait de grands préparatifs à Haymarket, pour la reprise de l'oratorio David et Betsabée, et qu'un rôle y a été ajouté pour le célèbre signor Farinelli ; cet oratorio sera exécuté le vendredi, 28 de ce mois. » Mais l'infortuné David fît une chute si complète, que les administrateurs de Haymarket perdirent toute envie d'essayer d'autres oratorios.
Handel était bien décidé à persévérer dans la voie qu'il s'était tracée ; cependant, avant de s'y lancer tête baissée, il demeura quelque temps indécis. — « Celui qui ne connaît pas le vrai caractère de Handel, dit Hawkins2, s'étonnera de son apparente témérité, de son entêtement dans une résistance qui ne tendait qu'à l'appauvrir. Mais c'était une âme intrépide, résolue, ne cédant pas à des passions mesquines ou avides. S'il l'avait fallu, il serait encore allé plus loin, plutôt que de courber le front devant ceux qu'il considérait comme au-dessous de lui. »
Vers ce temps, il s'acquit en Charles Jennens un nouvel ami, qui compensa pour lui la perte d'Ar-