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cette prétendue patronne des musiciens. Un nouvel ami du maître, Newburg Hamilton, se chargea de disposer et de diviser le texte en strophes. Il a expliqué dans son prologue en quel sens et sous quels auspices il entreprit sa tâche. Il tenait à voir cette œuvre exquise mise en musique par le grand maestro qu'il admirait, et qui, selon lui, était seul capable de l'accomplir. Sur la demande de Hàndel, son nouveau collaborateur ajouta à l'œuvre de Dryden un cantique en l'honneur de sainte Cécile, C'est la seule addition que Newburg Hamilton se soit permise.
Sur ce texte Hàndel a écrit une œuvre qui, à elle seule, suffirait à la gloire d'un compositeur. Nous en aurons fait le plus bel éloge quand nous aurons dit que la musique est digne des paroles, et que l'inspiration de Hàndel fut à la hauteur de celle de Dryden.
L'Alexander's Feast, exécutée pour la première fois à Covent Garden le 19 février 1736, procura au maître, pour la première fois depuis trois ans, une chambrée complète. On apprend par le London Daily Post du même jour l'accueil que reçut cette ode. « Hier soir, y lit-on, le duc de Cumberland et la princesse Amélie étaient au théâtre royal de Covent Garden où ils entendirent l'hymne de Dryden que M. Hàndel a mise en musique. Jamais, en une telle occasion, on ne vit d'assemblée aussi nombreuse et aussi brillante : il v avait au moins
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treize cents personnes, et la recette a dû atteindre 450 livres (11,250 francs). L'ouvrage a reçu un excellent accueil, bien que les chanteurs et l'orchestre fussent trop éloignés du public. Nous savons que la prochaine fois cette disposition sera changée. » On donna l'ode cinq fois en cette saison, et on la reprit presque tous les ans.
La musique n'en fut gravée que deux ans plus tard, ce qui n'a rien d'étonnant quand on réfléchit aux circonstances du moment. Peut-être ce retard fut-il causé aussi par la mort du vieil éditeur Walsh, qui cessa de vivre le 13 mars, trois semaines après l'exécution de l'ode à sainte Cécile, « valant », selon l'horrible expression anglaise, « vingt mille », et selon une autre relation, « trente mille livres sterling » (750,000 francs)1. Mais le plus grand empêchement résidait dans l'ouvrage même. Formé d'un poème entier et unique, il ne put être publié, comme les opéras, en excluant les récitatifs ; ni comme les oratorios, sans récitatifs ni chœurs. Les frais furent inévitablement plus élevés pour une partition entière et les acheteurs durent aussi se faire plus rares. Hàndel hésita longtemps à livrer son œuvre à l'impression ; mais quand, l'hiver suivant, il vit empirer ses affaires, il consentit à ce qu'elle fût gravée par
1. Mardi, dicd M. Joseph (John) Walsh, musick printer to his Majesty, in Catherine Street, worth £. 30, 000 His.Register. Vol XVI, p. 25; Appendix.
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souscription. La publication en eut lieu le 14 mars 1738.
Lorsqu'il écrivit la Fête d'Alexandre, Hàndel n'avait à sa disposition aucun chanteur important, excepté la Strada et M. Beard. Pour condescendre au désir de variété dont étaient animés ses auditeurs, il composa encore une cantate italienne à sainte Cécile (Cecilia volgiun sguardo versoilsolo britanno) pleine de belles et nobles pensées, qu'exécutèrent, entre la première et la deuxième partie, Arrigoni et la Strada; mais peu après il la mit de côté et donna comme supplément, ou comme troisième partie à l'ode, « le choix d'Hercule » (The Choice of Hercules). La satisfaction qne lui causa la réussite de son ode l'engagea ensuite à mettre en musique le poème de Dryden sur sainte Cécile. La musique écrite par lui sur cette odelette ne fut exécutée que lors de la fête de la sainte, le 22 novembre 1739.
Pope, lui aussi, avait composé dans sa jeunesse (1708) une ode à sainte Cécile, qu'il intitula Eurydice, parce qu'elle traitait de la fable d'Orphée et son épouse. Plus tard il divisa son poème en strophes, à la prière de Greene, lequel voulait le mettre en musique pour obtenir le bonnet de docteur, qu'il reçut en effet en 1730 de l'université de Cambridge. Handel avait pris l'habitude de nommer Greene son souffleur, parce que dès leur première rencontre à l'orgue de Saint-Paul, Greene, émerveillé du talent de Handel, avait voulu, ce jour-là, lui servir de
souffleur. Lorsque Pope eut entendu la musique de Y Alexander s Feast, il manifesta le désir de voir son Eurydice illustrée par Hàndel. Un de leurs amis communs se chargea d'en parler au maître. Mais dès que celui-ci en eut pris connaissance, il s'écria : « Ah! ah! c'est ce qu'a musique mon souffleur lorsqu'il postula pour le grade de docteur à Cambridge ! » Malgré la beauté des vers de ce poème, il refusa de l'accepter, en disant qu'il n'avait plus de place pour Orphée et Cécile qui en occupaient déjà une dans la Fête d'Alexandre1.
Cette ode, avec Esther et Acis, mena ]a saison jusqu'à sa fin, mais ce fut tout; elle ne pouvait ni récupérer les pertes passées, ni conjurer la ruine qui s'avançait. Cependant, les fiançailles et le mariage prochain du prince de Galles avec la princesse Auguste de Saxe -Gotha encouragèrent Hàndel à essayer encore de l'opéra.
Après la réouverture, Hàndel écrivit pour le mariage, qui fut célébré en grande pompe le 27 avril 1736, une antienne nuptiale (Wedding Anthem), composition brillante, mais un peu trop légère. De toute sa musique religieuse, c'est celle qui porte le moins l'empreinte sacrée. Il avait alors trop d'ennuis pour s'enthousiasmer à propos des fêtes du mariage, et, de plus, les chœurs des maîtrises étaient faibles et peu sûrs. La courte sai-
\, Burwey, Commémoration. P. :V3t
son d'opéra, du 5 mai au 9 juin, fournit dix représentations. Après qu' Ariodant eut été joué deux fois, Atalanta, nouvel opéra de Handel, parut le 12 mai « en l'honneur du mariage royal ». C'est à peine si le compositeur eut trois semaines à sa disposition pour élaborer cet ouvrage qui renferme une quantité de beaux airs, mais dont l'originalité laisse à désirer.
L'Opéra rival crut aussi devoir célébrer le mariage du prince royal. Dans ce but, Rolli et Porpora préparèrent une sérénade analogue au Parnasse in festa de Handel, intitulée F esta cVImeneo qui, à côté des œuvres handeliennes, parut pauvre et fît fiasco, malgré Farinelli. A la fin de la saison, Senesino voyant que le vent du succès n'enflait plus ses voiles, quitta l'Angleterre sans être parvenu, comme il s'en était vanté, à ruiner le musicien allemand qu'il détestait; mais il eut une fiche de consolation dans les quinze mille livres (375,000 francs) qu'il emporta, et qui l'aidèrent à vivre de ses rentes à Sienne, sa ville natale.
Handel ouvrit la saison de 1736-1737, à Covent Garden, le 6 novembre, avec Alcina. Il aurait voulu la commencer plus tard ; mais le prince et la princesse de Galles l'ayant fait prévenir que le samedi suivant ils honoreraient de leur présence l'opéra & Alcina, force fut d'inaugurer la saison plus tôt qu'on ne l'avait décidé* Le 20 novembre, on reprit aussi Atalanta, « avec différents feux d'artifice », et
encore en la présence du prince royal et de la princesse, sa femme. Ils assistèrent de nouveau, le 8 décembre, à la représentation de Poro, et ensuite à d'autres opéras.
Dans une lettre de novembre 1736, adressée par Benjamin Victor à Dubourg, violoniste de talent, directeur de la musique à Dublin et ami de Hàndel, la situation du moment est clairement définie. « Aucun des deux opéras, dit Victor1, n'est dans une bonne voie et chacun ici est d'avis que cet hiver la ruine de votre ami Handel sera complète, si toutefois la perte de son argent peut le ruiner.
» Mardi, nous avons eu de lui un nouvel opéra (la reprise d'Atalanta). Lorsque ce prince de l'harmonie a paru dans l'orchestre, l'assemblée entière l'a accueilli par des applaudissements. En ce qui regarde cet opéra, les critiques disent qu'il ressemble trop à ses précédentes compositions et qu'il n'est pas assez varié.
» Quant aux, deux entreprises d'opéras, il est certain qu'elles tomberont. La présence du roi, qui, jusqu'à ce jour, a pu avec peine les soutenir, leur manque absolument, car Sa Majesté ne veut pas permettre que ses royales oreilles soient diverties pendant cette saison. Pour la musique en elle-même^ elle fleurit ici plus que jamais dans les concerts par
1. Original Letters, Dramatic Pièces and Poems, by Benjamin Victor. London, 1776, 3 vol. in-8°. I. ÏS.
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souscription et dans les réunions privées, ce qui, naturellement, ne dispose pas favorablement les gens pour les opéras ni les concerts publics, auxquels ils deviennent indifférents ».
Il ne paraît pas que Hândel ait prévu comme le public, la non-réussite de ses projets ; il voulut tenter un nouvel effort et dans le cours de cette saison, il mit au jour trois opéras : Arminio, exécuté le 12 janvier 1737 ; Giustino, représenté le 16 février suivant, et Bérénice, qui fut donné pour la première fois le 18 mai 1737. Par les apostilles de Hândel, on voit que ces trois opéras furent écrits en cinq mois. Arminio n'est pas à la hauteur des bonnes productions du maître, mais Giustino et Bérénice sont de vrais chefs-d'œuvre qui fourmillent de beautés. On est émerveillé qu'après avoir tant produit, et sous le coup de difficultés sans cesse renaissantes, la source de l'inspiration ait pu couler si abondamment encore et avec tant de force chez cet inépuisable compositeur. Arminio eut six représentations. Giustino lui succéda le 16 février et réussit autant que cela était possible dans les circonstances d'alors. Après les premières séances arriva le carême, qui suspendit les soirées théâtrales. Hândel voulut les continuer, mais on lui signifia d'avoir à 'es cesser pendant l'époque quarésimale. Il fallut donc, bon gré, mal gré, reprendre les oratorios qui rapportaient moins comme recettes que les opéras.
L'activité déployée en cette année par Hândel
comme compositeur et directeur fut vraiment phénoménale, mais, hélas ! mêlée aussi de beaucoup d'angoisses ! L'issue n'était plus douteuse pour personne et l'on prévoyait bien que, malgré ces miracles d'énergie, la situation ne pouvait s'améliorer. Le malheur vint l'assaillir de tous côtés. Les bains de Tunbridge, sur lesquels il avait compté pour le guérir de ses douleurs rhumatismales, ne lui apportèrent aucun soulagement ; les efforts qu'il fut obligé de faire durant cet hiver et les contretemps qui renversèrent toutes ses combinaisons, compromirent sa santé jusque-là si robuste. La paralysie s'empara de son côté droit ; désespéré de se voir réduit à l'impuissance, il s'affecta au point que ses facultés mentales se dérangèrent un instant, du moins à ce qu'assurent Mainwaring et Hawkins. Les journaux de l'époque s'expriment avec beaucoup de réserve sur son compte, et tout ce que nous apprenons c'est que, peu après la dernière exécution de ses oratorios, il tomba malade et qu'au commencement de mai il avait recouvré assez de santé pour diriger l'Opéra.
Mais l'époque était passée où Giustino aurait pu être fructueux ; Bérénice ne parut sur la scène que Je 18 mai, et par conséquent trop tard pour donner un bon résultat pécuniaire. Ce fut le coup de grâce pour Handel. Il avait épuisé toutes ses ressources; des 10,000 livres qu'il possédait, il ne restait pas un denier et il avait contracté des dettes. Ne pouvant
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aller plus loin, il dut fermer son théâtre et, ce qui était bien plus affligeant pour un si honnête homme, suspendre ses payements. Le géant tombé eut du moins la consolation (pauvre consolation !) de savoir ses ennemis blessés à mort. Ils avaient demandé à Hasse son opéra de Siroe, avec lequel ils ouvrirent, le 23 novembre 1736, leur dernière saison; mais après trois soirées seulement il fallut y ajouter un intermède, et Farinelli lui-même ne parvint plus à attirer la foule à Haymarket. Le 11 juin 1737, il chanta dans l'opéra de Sabrina devant une salle presque vide ; aussi lorsque, le 14, on voulut en donner une seconde représentation, il prétendit s'être refroidi dans la soirée du 11 et l'on dut faire relâche. Ce fut la fin. La lutte cessa par l'épuisement des combattants. Dans son infortune, Hândel eut du moins la satisfaction de se dire que ses artistes avaient assez de confiance en lui pour se contenter de ses promesses. La Strada et les autres chanteurs acceptèrent ses billets et quittèrent l'Angleterre, après qu'il leur eut donné sa parole de les payer. Plus tardj en effet, il remplit ses obligations et leur fit parvenir le montant de ce qui leur revenait1;
J. MawkiiiSi Histonjk V. 326^
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Hàndel employa l'été de 1737 à refaire sa santé délabrée. Il était si découragé que ses amis durent se donner toutes les peines imaginables pour le décider à se rendre à Aix-la-Chapelle prendre des bains de vapeur sulfureux. Il finit par céder à leurs obsessions, et dès le premier bain, sentant l'influence bienfaisante de ce traitement, il agit à sa manière, c'est-à-dire qu'il transpira trois fois plus que ne l'ordonnait la prescription du médecin, et trois fois plus qu'homme eût jamais transpiré. Mainwaring * fait remarquer avec raison que l'on peut juger par là de la force de son tempérament. L'effet répondit à ce qu'il en attendait : après quelques bains, le mal disparut complètement. Tout de suite après son dernier bain, dit Hawkins2, il se rendit à l'église, et avec ses mains redevenues libres et agiles, il offrit sur l'orgue des actions de grâce au Seigneur, qui avait bien voulu le délivrer de ses souffrances. Jamais les arceaux de ce temple n'avaient retenti de tels accents; on en fut émerveillé, et les nonnes catholiques, oubliant pour un instant que leur Dieu n'a pas le droit de faire