‹ G.-F. HändelChapitre 79 sur 118 · LONDRES ET DUBLIN · texte numérisé non relu

LONDRES ET DUBLIN

A l'époque où nous voici parvenus, Hàndel fut honoré par un simple particulier d'un hommage comme jamais musicien n'en avait encore reçu de son vivant. Le 15 avril 1738, le London Daily Posi publiait cette notice : « Une image de M. Handel, }e célèbre compositeur, doit être placée dans les jardins du Vauxhall, aux frais de M. Jonathan Tyers ». — Ce Tyers était un entrepreneur de divertissements qu'en 1732 il avait installés dans un beau jardin appelé Vauxhall, situé sur le bord de la Tamise. D'une habileté extraordinaire pour l'organisation de semblables récréations, il fît de son jardin le rendez-vous de la bonne société. De la fin d'avril à la mi-août, les dimanches exceptés, on y allait

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tous les soirs entendre de la musique d'orchestre ; des chanteurs s'y produisaient souvent et l'on y exécutait aussi des morceaux d'orgue. Le Yauxhall, demeuré longtemps un lieu de plaisir, n'a été fermé qu'en 1859, pour céder la place à de nouvelles constructions. Sur la fin de son existence, il n'avait rien conservé de son ancienne splendeur; mais sous la direction de Tyers, ces jardins acquirent une importance qui les distingua avantageusement d'imitations analogues.

Le London Daily Post du 18 avril disait : « Nous apprenons de bonne source qu'une statue du justement célèbre M. Handel esc sur le point d'être terminée. C'est une œuvre distinguée que l'ingénieux sculpteur Raubillac1, de Saint-Martin's Lane, a tirée d'un bloc de marbre blanc, et qui doit être placée dans une niche construite pour cet objet dans la grande grotte du jardin du Vauxhall, aux frais de M. Tyers, le directeur de cet établissement. Par considération pour l'immense mérite de cet inimitable maître, M. Tyers a voulu que son image trfrnàt dans le lieu où son harmonie a si souvent charmé

1. Roubiliac (et non Raubillac) n'était encore qu'un élève ; cette statue fut sa première œuvre, ce qui explique pourquoi elle ne coûta pas davantage. Il vint en Angleterre, de Lyon, sa ville natale. Un jour, il trouva une bourse pleine d'or, qui apparteuait, à ce qu'il apprit, à Edward Walpole, auquel il la restitua. Celui-ci, touché de cette preuve d'hon nêteté, le fit entrer dans l'atelier du sculpteur Cheer et ne cessa jamais de le protéger. (V. Schœlcher. Life of Handel, p. 198. Note.)

des foules entières. On croit que cette statue et la niche ne coûteront pas moins de 300 livres (7,500 fr.). Lors du bénéfice de M. Handel, M. Tyers s'est noblement conduit en prenant à lui seul cinquante billets. »

Le même journal disait encore le 2 mai : « Hier soir, le Vauxhall a fait sa réouverture avec une affluence considérable de personnes des deux sexes. Les morceaux de musique exécutés à cette occasion n'avaient pas encore été entendus dans ces jardins. L'assemblée a exprimé sa satisfaction de la statue en marbre de M. Handel. » — Cette statue, pour laquelle posa l'original, a été longtemps la propriété de la Sacred Harmonie Society de Londres, qui l'avait placée dans une des salles d'Exeter Hall, où elle est restée jusqu'en 1882, quand cette société s est dissoute au grand regret des amis de la musique. La statue de Handel fut acquise alors par M, Henry Littleton. Le maître, vêtu d'une longue robe, est assis, les jambes croisées, et joue de la lyre. A ses pieds, un petit génie appuyé sur un violoncelle écrit les inspirations du compositeur. « La disposition, dit M. Schœlcher1, est un peu lourde et affectée; la tête est trop petite et le corps trop court. En somme, la statue ne me paraît pas digne du grand talent de son auteur. » — La manifestation de Tyers fut une protestation contre l'amoindrissement dans

i. Life of Handel. P. 198.

lequel certains membres de la noblesse voulaient alors placer Hàndel.

Le grand mouvement musical des vingt dernières années et la rémunération généreuse, en apparence, duméritedes musiciens en Angleterre, y avaientattiré en grand nombre des talents réels et imaginaires. Beaucoup de ceux qui se croyaient appelés à un brillant avenir et à de nobles exploits, sombrèrent dans le naufrage de leurs espérances et tombèrent dans le désordre et la misère ; d'autres furent réduits au dénuement par la maladie; la légèreté du caractère en conduisit un bon nombre à la mendicité ; il y en eut enfin qui moururent prématurément et laissèrent leurs familles sans ressources. Le violoniste Festing et le docteur Greene, au commencement de 1738, conçurent la pensée de fonder une société de secours pour les artistes malheureux, en voyant les enfants d'un musicien bien connu, mort depuis peu, tendre la main et mendier. Hàndel ne fut pas des derniers à s'enrôler dans cette confrérie où tous les partis, toutes les opinions s'unirent pour la constituer. La première réunion des adhérents eut lieu le 19 avril 1738, et dans la deuxième, le 7 mai, tous les articles des statuts furent votés; c'est ainsi que se fonda la société ayant pour but de réunir « un fonds pour le soutien des musiciens malheureux et leurs familles » {a fund for the support of decayed musicians and tkeir families), et par abréviation the Musical Fund, L'appui le plus solide de l'institution

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fut sans contredit Hàndel, « dont la bienfaisance se manifesta non seulement dans la prospérité, mais encore sur le bord de la ruine1 ». Le Daily Post du 6 mars 1739 disait : « Le 20 de ce mois on exécutera la Fête d'Alexandre au bénéfice du Musical Ftind. M. Handel a noblement offert la salle de l'Opéra, et proposé de diriger lui-même l'exécution- ». L'année suivante, le 28 mars 1740, Hàndel représenta, toujours gratuitement, pour ladite association, A.cis et Galatée avec la petite Ode à sainte Cécile. Dans l'hiver de 1740-41, il fit exécuter à son bénéfice un oratorio àLincoln's-inn Fields, mais le concert pour ses confrères pauvres, il le donna au grand théâtre de Haymarket, le 14 mars 1741. On joua la sérénade du Parnasso in festa, avec les mêmes scènes et costumes que lors du mariage de la princesse d'Orange ; en outre cinq concertos (soli) par les instrumentistes les plus importants, tels que Weidemann (flûte), Martini (hautbois), Clegg (violon), Caporale (violoncelle) et Miller (basson). Un legs de 1,000 livres (25,000 fr.), le plus fort que la société ait jamais reçu, fut le dernier cadeau de Handel à ses confrères malheureux.

Une autre société de bienfaisance doit encore sa prospérité à Hàndel : c'est celle du Foundling Hospital, ou hospice d'enfants trouvés, dont les commencements datent aussi de 1738. Plusieurs dames nobles eurent l'idée d'établir cette maison afin de

\. Anecdotes of Handel and S?nith. P. 29.

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mettre un frein aux trop fréquents infanticides et de soustraire à l'engeance des malfaiteurs de tout genre ses recrues naturelles. Le roi même y prit un sérieux intérêt. Cependant, l'affaire demeura en suspens jusqu'à ce que le capitaine Coram y eût consacré sa fortune et ses dernières années. Il aurait, malgré cela, été difficile à ce philanthrope de procurer à son asile d'orphelins un nombre suffisant de donateurs et d'amis dévoués si Hândel ne lui était venu en aide et n'avait su enflammer les cœurs d'un saint zèle pour la bienfaisance. Mainwaring dit avec beaucoup de justesse1 : «A une époque où cette institution était encore dans l'enfance; où chacun paraissait convaincu de son utilité, mais où rien n'était plus douteux que la possibilité de son entretien, Hândel conçut la noble résolution de lui accorder sa protection, et dans ce but de faire exécuter tous les ans son oratorio le Messie dans la chapelle de l'hospice. Chaque fois la recette fut considérable. Par ce moyen, de riches auditeurs furent attirés en foule à ces concerts, et maint individu qui, sans cela, se serait contenté de faire des vœux platoniques pour le succès de cette belle entreprise, devint un de ses plus chauds partisans. Ces réunions éveillèrent très fortement l'intérêt de la nation, et l'on peut dire en toute vérité que l'un des établissements de bienfaisance les plus utiles, qui fut fondé par la

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