Uistory. IV
« admirable » revient presque à chaque ligne. « La quantité d'airs excellents de cet opéra, dit-il, est tellement considérable, qu'encore que le premier acte soit supérieur au deuxième, et celui-ci au troisième, on peut le compter au nombre de ses productions les plus heureuses ; et quand on se souvient — abstraction faite de ses premiers essais en Italie et en Allemagne — que c'est le trente-neuvième drame lyrique italien qu'il ait mis en musique pour la scène anglaise, on est stupéfait de la fertilité et de la force de son imagination. Les airs de Deidamia contrastent du tout au tout avec ceux qu'il a composés trente ans plus tôt; aussi son talent paraît-il plus grand et plus robuste que celui d'autres compositeurs d'opéras que je connaisse. En examinant les partitions de Hasse, Graun, Galuppi, Pérez, Piccini et Sacchini, on trouve de beaux airs à l'infini, mais non la diversité de plan et d'objet que Ton rencontre à chaque pas chez Handel. »
Il n'en est pas moins certain, quoi qu'en dise Burney, que les opéras composés par Handel depuis 1729 sont inférieurs à ceux qui précédèrent cette année, et cela se comprend aisément quand on sait au milieu de quels ennuis et de quels embarras il écrivit les derniers. Quelle inspiration n'aurait pas faibli sous d'incessantes préoccupations comme celles qui l'assaillirent? Et puis, l'obligation de renouveler seul le répertoire de son théâtre le fît souvent travailler avec trop de précipitation et ne
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lui permit pas de terminer ses ouvrages avec le soin qu'ils réclamaient. Si Hàndel n'avait eu que ses opéras pour perpétuer sa mémoire, peut-être seraitelle oubliée comme celle de tant de maîtres qui jouirent d'une grande célébrité de leur vivant: Hasse entre autres ! Heureusement, ses oratarios existent et existeront tant que la musique sera de ce monde !
C'est aussi à 1 année 1739 qu'appartiennent les Douze Grands Concertos, ou Septuors, pour instruments à cordes^ ou Concerti grossi, op. 6. Ils furent produits dans une période étonnamment courte, du 29 septembre au 30 octobre, et Walsh ouvrit pour leur gravure une souscription qui fut bientôt couverte. Le 29 octobre on lisait dans le London Daily Post que douze grands concertos à sept voix, pour violon, viole, violoncelle, avec basse fondamentale pour le clavecin, paraîtront en avril de Tannée suivante, au prix de deux guinées en souscription. Déjà en novembre et en décembre Hândel introduisit quelques-uns de ces concertos dans ses oratorios. Ils parurent imprimés le 21 avril 1740.
Les quatre plus importants ont été exécutés en 1784, lors de la fête commémorative de la naissance
du maître. Ce sont les 1er, 5e, 6e et 11e. Leur analyse a été faite par Burney \ qui put encore les entendre dirigés par Hândel lui-même.
Ecoutons ce que dit cet historien2 sur un point général : « A l'époque de Handel, il était de mode de déclarer — bien à tort selon moi — que ses compositions pour les cordes étaient beaucoup moins considérables que celles de Corelli et de Geminiani. Si ces deux grands artistes connurent mieux que lui le manche et la nature de leur instrument, il possédait assurément plus de feu et plus d'invention qu'eux. Corelli était doux, régulier et un peu craintif; Geminiani, plus téméraire et plus rapsodique, s'est montré fréquemment en défaut dans le rythme et la mélodie. Sa musique a si peu de coupures et de périodes que si, dans les parties subordonnées, un novice perd une fois sa route, il court risque de ne plus la retrouver ; tandis que la mélodie de Corelli est si bien scandée que le nombre des mesures s'accorde comme les pieds des vers dans la poésie, ce qui offre relativement peu de difficultés à un commençant, pourvu qu'il possède une bonne oreille... Les idées hardies, les masses d'harmonie, les contrastes et les sources d'invention dont sont remplies les œuvres de Handel, exigent pour les développer et les mettre en pleine lumière, un plus puissant