Das beschùtzte Orchestre. P
dace avec laquelle Yopponens en parle, on pourrait conclure qu'il se figure être le seul que j'ai excepté à la page 65 de mon Orchestre. Qu'il se détrompe! Je n'ai parlé que des artistes que je connais et je n'ai pas l'honneur de connaître monsieur l'organiste, ni son talent en accompagnement et en basse fondamentale. En tout cas, il peut être sûr que je ne pensais pas à lui, mais au maître de chapelle Hendel (sic). »
L'art avec lequel Hândel accompagnait la voix au clavecin était exceptionnel. Il se faisait l'assistant et l'ami du chanteur; il couvrait ses faiblesses, ses imperfeclions ; il le soutenait dans les passages ardus et mettait en lumière ses qualités. Les parties d'accompagnement de ses partitions font clairement discerner cet art, car s'il est un point essentiel dans son instrumentation, c'est de soutenir le chant et de donner du relief au chanteur. On peut dire que son activité fut créatrice, et s'il a le droit d'être considéré comme un exécutant de première force, c'est surtout dans l'accompagnement et l'interprétation des œuvres chantantes.
Beaucoup de ses contemporains qui n'avaient entendu parler de lui que comme d'un bourru orgueilleux, tyrannique, irascible et grossier, ne revenaient pas de leur étonnement quand on leur disait que cet homme qu'ils croyaient brutal et arrogant se rendait souvent à pied chez ses vocalistes pour leur faire étudier ses airs nouveaux, et
cela, dans une ville d'une étendue de plusieurs milles. Même dans sa vieillesse il ne renonça pas à cette prévenance, sachant combien ses instructions et son expérience étaient avantageuses pour ses virtuoses. Burney raconte ce qui suit1 : « En 1745, je jouais dans son orchestre tantôt du violon, tantôt de la viole. Lors des répétitions, qui avaient ordinairement lieu dans sa maison de Lower-Brook Street, et quelquefois aussi à Garlton House, chez le prince de Galles, je contentai mon ardente curiosité en ne perdant pas de vue un instant cet homme extraordinaire et en l'entendant jouer de l'orgue. Dans ces répétitions, il avait le commandement brusque, décidé, mais il s'exprimait avec humour et esprit. Lorsqu'il grondait pour une faute commise, ses termes étaient quelquefois mordants, mais presque toujours si spirituels, que ceux mêmes qui recevaient ses coups de boutoir s'en amusaient. »
A Garlton House, pas plus qu'ailleurs, il n'avait d'égards pour personne quand les choses n'allaient pas comme il le voulait ; il ne ménageait ni le prince, ni son aimable femme, qui professaient pour lui une considération sans bornes. « Son exclamalion Chorus, ajoute ailleurs Burney2, lorsqu'il donnait au chœur le signal d'intervenir, était formidable, et si le prince et la princesse tardaient
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2» Commémoration. P. 36.
à se rendre dans le salon de musique à l'heure fixée pour la répétition, il murmurait sans se gêner. Si grand était le respect avec lequel le traitait Son Altesse Royale, qu'elle avouait que Hândel avait toute raison d'être mécontent et ajoutait : « Il est » vraiment dur de retenir si longtemps ces pauvres » gens (les artistes de l'orchestre) loin de leurs leçons et de leurs affaires. » Mais quand les dames d'honneur bavardaient pendant l'exécution, il s'en fallait de peu que le Timothée moderne ne les invectivât; ce que voyant, la princesse, avec sa bonté habituelle, disait : « Chut! taisez-vous! Hândel est furieux. »
La parfaite harmonie qui régnait entre les forces physiques et les forces morales de son imposante personnalité lui donnait une dignité qui impressionnait quand on le voyait pour la première fois. Sa vigueur corporelle lui permettait de jouer sans fatigue pendant des heures entières de l'orgue avec tous les accouplements. Si — ce qui, au commencement, était fréquent en Angleterre — il se servait d'un orgue à deux claviers sans pédalier, il en faisait un avec un morceau de plomb l ; procédé qui n'était possible qu'avec l'agilité de doigté d'un Hândel ou d'un Bach.
Pour acquérir sur l'orgue et le clavecin un talent
3. Mattlieson. Critica musica. II. ISO. Ceci ne nous paraît pas clair et Mattheson aurait bien fait de s'expliquer un peu mieux.
aussi complet, il fallut de toute nécessité que Hândel changeât, réformât le système de doigté en usage jusqu'à lui. Comme J.-S. Bach, il dut rompre avec les anciens errements pour que ses doigts répondissent aux exigences de ses idées musicales et pussent les interpréter à son gré. Mais nous n'avons point de données à ce sujet; nous ne sommes pas renseignés comme nous l'avons été pour Bach1 et nous ignorons les innovations que Hândel apporta incontestablement dans l'art du doigté, de même que nous ignorons ce qu'il pensait du tempérament égal des instruments à clavier. Il est impossible aujourd'hui d'élucider ces points qui offrent un immense intérêt, et on ne peut que le regretter pour l'histoire delà musique.
La forte corpulence à laquelle il parvint donnait à sa démarche quelque ressemblance avec celle d'un ours, d'où vinrent sur son compte des jeux de mots et des quolibets plus ou moins spirituels ; mais cette corpulence ne paraît pas avoir influé sur son jeu. Burney l'affirme en ces termes2 : « Le dimanche soir, chez madame Gibber la chanteuse, il rencontrait quelquefois le comédien Quin, lequel, malgré sa rudesse innée, aimait beaucoup la musique. La première fois qu'ils s'y virent, madame Gibber pria le grand compositeur de se mettre au
1. Cf. Ernest David. La Vie et les tiEuvres de J.-S. Bach. 134-146.