‹ G.-F. HändelChapitre 92 sur 118 · Townsend. Ouvrage cité. P · texte numérisé non relu

Townsend. Ouvrage cité. P

Newburg Hamilton, qui, dans l'introduction du livret, donne libre cours à l'enthousiasme que lui inspirait le génie de Hândel. « Ce poème, dit-il, n'a jamais été divisé par Milton en actes ou en scènes, car il ne l'avait pas destiné au théâtre ; il ne l'a donné que comme plan d'une tragédie avec chœurs, à la manière des anciens. Mais M. Handel a si heureusement introduit ici l'oratorio, sous forme de drame musical, que c'aurait été une perte irréparable si Ton avait négligé de faire rendre justice à ce bel ouvrage par ce grand maître, qui a donné une vie nouvelle et un esprit nouveau à quelquesunes des plus belles choses que nous ayons en langue anglaise, particulièrement à l'inimitable Ode de Dryden, jamais surpassée en aucun temps, ni chez aucune nation.

» N'est-ce pas une pitié qu'ayant chez nous un si beau génie, on ait mis en œuvre tant de bassesses et d'artifices pour stériliser ses efforts et ruiner l'art lui-même ? Mais il a la satisfaction d'être soutenu par les vrais amis de la musique, ses juges réels, et spécialement par un illustre personnage qui ne se sert de son rang élevé que pour rendre sa connaissance dans les arts et dans les sciences aussi remarquable que son pouvoir et son inclination à les protéger. » Newburg Hamilton dédia son poème à Frederick, prince de Galles.

Samson fut exécuté pour la première fois à Govent Garden le 18 février 1743, et eut huit représenta-

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tions consécutives. Non moins riche que Saûl en force dramatique, Samson s'offre à nous comme une des belles inspirations de Hândel, dont les principaux morceaux sont l'ouverture avec sa fugue exubérante, son menuet célèbre, — représentant la danse des adorateurs de Dagon avant le chœur d'entrée ; — l'air également célèbre Let the bright Seraphim et dix-sept chœurs magnifiques. La preuve de l'immense mérite de cet oratorio peut être faite par la seule circonstance que Hândel, interrogé sur lequel il préférait du Messie ou du Samson, répondit qu'il ne savait auquel donner la préférence.

Après sa réinstallation à Londres, Hândel se remit au travail et écrivit, entre le 3 juin et le 4 juillet 1743, Sémélé, oratorio profane, ou plutôt sérénade, dont le texte a été emprunté à une pièce de Congrève parue en 1707, et le fameux Te Deum, ainsi que Y Antienne pour la victoire de Dettingen, qui sauva d'une destruction complète l'armée austro-anglaise commandée par George H. Ces pièces religieuses furent solennellement chantées en présence du roi, dans la chapelle de Saint- James, le 27 novembre 1743. Le 19, le Faulkner' s Journal s'exprimait en ces termes sur la répétition : « Hier 18, un Te Deum et une Antienne, composés pour Sa Majesté par M. Hândel, ont été répétés devant une assemblée choisie à Whitehall Ghapel. Les meilleurs juges les ont déclarés aussi majestueux et

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sublimes que neufs dans leur genre ; cela prouve que ce grand génie est non seulement inépuisable, mais encore qu'il s'avance chaque jour davantage vers la perfection. » La postérité a confirmé ce jugement. Dans une période de trente ans, Hândel a traité cinq fois l'hymne ambrosien et toujours avec de nouvelles beautés et de nouvelles couleurs. On a remarqué aussi que chaque fois il a donné au verset To thee ail angels cry aloud un sentiment et un ton plaintifs.

Le Te Deum de Dettingen et Y Antienne, destinés à célébrer une victoire, ont un caractère essentiellement martial. Les trompettes et les timbales y interviennent fréquemment, et toujours avec un grand éclat. Hândel a beaucoup écrit pour la trompette. Ses passages sont d'une extrême difficulté pour nos trompettistes actuels, soit que l'instrument ait été alors d'une conformation différente de la nôtre, soit que le diapason ait considérablement monté depuis un siècle et demi. Ce qui l'y engagea fut le talent exceptionnel de son premier trompette, Valentin Snow. Aujourd'hui, l'admirable accompagnement de l'air Behold! the trumpet shall sound, dans lç Messie, est un vrai casse-cou pour nos trompettistes.

M. V. Novello, musicologue érudit et habile éditeur de musique, a dit1 que dans le Te Deum de Det-

i. Dans la préface à son édition de Purcell's Sacred Musir.

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tingerty plus de dix passages sont empruntés à une composition analogue de Francisco Antonio Uria, auteur absolument oublié, dont quelques œuvres ont été publiées à Bologne, en 1697. « Handel, ditil, a ramassé un caillou et l'a changé en diamant. On regrette seulement qu'il n'ait pas déclaré à qui il doit le caillou. » Selon M. Macfarren1, Handel aurait commis plusieurs larcins du même genre. Ainsi, le chœur And with his stripes, du Messie, serait identiquement le même qu'une fugue de Bach, qu'à la vérité il ne désigne pas, et le chœur Wretched loversy dans Acis, proviendrait d'une fugue de Bach qu'il ne cite pas davantage. Le docteur Crotch va plus loin : il accuse Hànclel d'avoir pillé presque tous les grands compositeurs de son temps ; mais il faut se garder de prendre au sérieux le docteur Crotch, qui aurait eu plus de droits au titre de docteur en légèreté, qu'à celui de docteur en musique. De son côté, sir George Smart2 dit que « Handel n'emprunta point de cailloux, mais polit des diamants ». M. Schœlcher 3 se récrie contre ces allégations. « Est-il croyable, dit-il, que Handel, si riche de son propre fonds, ait emprunté des idées aux autres? Il" leur en aurait plutôt cédé ! Et du reste, chaque fois qu'il a pris un motif étranger, il en a nommé l'au-

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