‹ G.-F. HändelChapitre 93 sur 118 · Life of Handel. P · texte numérisé non relu

Life of Handel. P

teur ; c'est ce qu'il a fait pour un thème de Legrenzi et pour l'air des Pifferari de la Galabre qu'il a arrangé en petite symphonie pastorale dans le Messie. » Les arguments de M. Schœlcher ne manquent pas de solidité ; mais il est incontestable que Hàndel a fait des emprunts à ses confrères sans révéler leur provenance, et de plus s'est servi, dans ses dernières œuvres, de parties de ses anciennes compositions. Ainsi, quatre chœurs du Messie sont pris dans ses duettos de chambre ; le Magnificat a fourni des sujets pour plusieurs chœurs d'Israël, et le Magnificat lui-même serait tiré d'une œuvre d'un compositeur nommé Erba. Le sujet de la fugue en si bémol pour clavecin et celui du troisième mouvement du 2me concerto de hautbois sont imités note pour note d'un canon de Turini, etc.

Doit-on pour cela le traiter de plagiaire? Ce serait injuste et absurde. A l'époque de Hàndel, on ne regardait pas ces emprunts comme des vols ; l'éducation musicale consistait surtout à s'exercer dans le traitement contrapuntal d'un thème donné; l'originalité des idées n'occupait pas la première place comme aujourd'hui. Hàndel croyait certainement faire honneur aux morceaux qu'il empruntait en les illustrant de sa musique ; et si l'on s'est montré si sévère pour Bononcini, c'est d'abord à cause de sa tenue arrogante, dédaigneuse et offensante envers l'Académie de musique ancienne, et ensuite parce

qu'il a donné le madrigal entier de Lotti, paroles et musique, comme étant de lui, sans y avoir même changé une note; tandis que Hândel ne s'est servi de ses emprunts que comme de thèmes donnés, qu'il élaborait et changeait à son gré. Le plagiat musical est fort délicat à définir; la gamme est limitée, la similitude des idées est fréquente et quelquefois inévitable entre compositeurs d'une même période. Quoi que l'on dise ou fasse, Hândel ne sera pas, ne peut pas être appelé plagiaire.

Le Te Deum de Dettingen et Y Antienne précédèrent la composition de Joseph and his bretkren, oratorio qui fut écrit en août 1743, et donné avec Sémélé à Covent Garden pendant le carême de 1744. La signora Galli, qui débuta dans cette production, était, dit-on, une élève de Hândel. L'auteur du texte de Joseph, le Rév. James Miller, en a dédié le livret à Sa Grâce le duc de Montague, et la majeure partie de sa dédicace est consacrée à l'éloge du compositeur.

Après la saison de 1744, Hândel s'occupa de l'oratorio de Belshazzar, au sujet duquel il adressa plusieurs lettres à Charles Jennens1, auteur des paroles de cet oratorio. Ces lettres, conservées dans la famille du poète, ont été publiées par M. Horsley dans la

1. Cet ouvrage avait été annoncé dans le Daily Advertiscr sous le titre de Belteshazzar, surnom du prophète Daniel à Babylone. Le titre actuel ne lui fut donné que le 27 mars 1745, jour do sa première exécution.

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préface de son édition du Messie. Seulement, M. Horsley n'a pas su de quel oratorio il y est question ; mais les dates qui se trouvent sur les manuscrits ne permettent pas de douter que ce fût Belshazzar. Voici ces lettres :

Londres, 9 juin i744.

Cher monsieur,

Je serai très heureux de recevoir le premier acte, où ce qui est prêt du nouvel oratorio, afin que je puisse lui donner toute mon attention et tout mon temps pour répondre, dans une certaine mesure, à la grande obligation que je vous ai. Cette nouvelle faveur accroîtra de beaucoup mes obligations envers vous.

19 juillet.

Cher monsieur,

Hier, dès mon arrivée â Londres, j'ai immédiatement pris connaissance de l'acte de l'oratorio que vous avez bien voulu m'envoyer, et malgré le peu de temps que j'ai eu à lui donner, il m'a fait bien plaisir. Vos raisons sur la longueur du premier acte me satisfont entièrement et je suis du même avis que vous, c'est-à-dire que les actes suivants soient courts* Je serai heureux si vous voulez bien m'envoyer sous peu les actes complémentaires. Veuillez aussi m'indiquer les passages du Messie que vous croyez devoir être changés: Je présente mes humbles respects et remerciements à mylord Guernsey pour toutes les politesses dont il me comble, et croyez, etc.

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21 août.

Cher monsieur,

J'ai bien reçu le second acte de l'oratorio, ce dont je vous suis très obligé. Il me plaît beaucoup et je ferai tous mes efforts pour me tenir à sa hauteur. Je ne puis vous dire avec quelle impatience j'attends le troisième et désire que vous me croyiez, etc.

13 septembre.

Cher monsieur,

J'ai eu grand plaisir à mettre en musique votre excellent oratorio, et je m'en occupe toujours activement. C'est une grande et noble pièce où rien n'est commun ; elle m'a inspiré des expressions nouvelles et m'a donné occasion de trouver des idées particulières, outre de grands chœurs. Je vous supplie de m'envoyer bientôt le dernier acte que j'attends avec anxiété, afin de pouvoir mieux me régler sur sa longueur. Je vous suis toujours infiniment obligé et vous prie, etc.

2 octobre.

Cher monsieur,

J'ai reçu le troisième acte avec un grand plaisir, comme vous pouvez vous l'imaginer, et je trouve votre oratorio sublime, seulement il est trop long. Si je développais la musique, il durerait quatre heures et même davantage. J'en ai déjà retranché passablement pour conserver le plus possible du poème, mais il faut qu'il soit raccourci. Les antiennes viennent très bien ; cependant, ne pensezvous pas que les paroles Tell it out among the heathcns that the Lord Is King sont suffisantes pour notre chœur? L'antienne The Lord, etc., amen, termine bien l'oratoriOj etc.

Les suppressions nécessaires furent effectuées ; mais comme Jennens ne voulut point laisser perdre un vers de son « sublime » oratorio, le livret fut imprimé exactement tel qu'il avait été écrit, avec ce nota bene : « L'oratorio ayant été jugé trop long, les parties bordées en marge d'une ligne noire ont été omises dans l'exécution ». Hândel doit s'être montré impitoyable, car plus de deux cents vers sont accompagnés de cette ligne noire. Il a intitulé Synfonie allegro postillons la pièce de musique d'orchestre qui précède l'entrée des sages dans Belshazzar; elle est écrite pour les cordes avec haut-bois à l'unisson ; le cor n'y est pas employé ; quelques-uns des derniers passages ressemblent à ceux qui peuvent être joués sur un cornet de poste ordinaire, mais il serait impossible de dire si ce fut l'origine de l'indication, ou si elle se rapporte à la hâte avec laquelle les sages sont supposés être arrivés, ou si elle contient quelque allusion maintenant perdue.

Avant Belshazzar, entre le 19 juillet et le 17 août 1744, Hândel avait composé Hercules, que Ton annonça comme « drame musical » dans le General Advertiser du 1er janvier 1745. On la gravé sous le titre « d'oratorio ». La dernière saison (carême de 1744) fut loin d'être brillante. Hândel semble avoir compté sur le succès de ses deux oratorios Belshazzar et Hercules, pour réparer ses pertes d'argent, car il ouvrit la campagne de bonne heure. Nous savons que le théâtre italien de Haymarket fut

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fermé le 16 juin 1744, par insuffisance de public ; Hàndel le loua et publia l'avis suivant dans le General Advertiser du 20 octobre 1744 : « Sur désir particulier, M. Handel se propose de donner par souscription des auditions au théâtre royal de Haymarket vingt-quatre fois pendant la saison d'hiver, et s'engage à livrer deux œuvres nouvelles et plusieurs de ses anciens oratorios. La première soirée aura lieu samedi 3 novembre, et sera continuée tous les samedis jusqu'au carême, ensuite les mercredis et vendredis. »

Le 24 novembre on annonça Debora avec un concerto d'orgue; le 1er décembre, Sémélé, à la manière d'un oratorio, avec « additions, changements, et un concerto d'orgue»; le 8 décembre, Sémélé pour la seconde fois, puis nouvelle interruption non motivée jusqu'au 5 janvier 1745, où les séances furent reprises avec Hercules, « nouveau drame musical»; le 12 janvier encore Hercules, et suspension inexpliquée jusqu'au 1er mars. Vinrent ensuite en ordre régulier, Saùl, Joseph, Belshazzar, et The Sacred Oratorio, avec un concerto d'orgue. Ces belles œuvres ne parvinrent pas à remplir la salle du King's Théâtre, et Hàndel fut obligé de s'arrêter court le 23 avril, au seizième concert.

La faction aristocratique coalisée contre lui n'avait encore rien perdu de son inconcevable rancune. Pour donner ses concerts Handel avait choisi la saison quarésimale, parce que, les théâtres étant fermés

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et les plaisirs de tout genre interdits, il croyait avoir plus de chances d'attirer le public. Mais il y eut des lords qui violèrent la sévérité du carême et donnèrent des fêtes, rien que pour détourner leurs amis d'assister aux oratorios. C'est ce que nous apprend Hawkins1 : « L'année suivante (1743), il eut une légère rechute du désordre qui l'avait contraint de chercher du soulagement aux eaux d'Aix-la-Chapelle, et, pour comble d'infortune, des personnes de condition organisèrent des soirées de jeu et autres amusements peu habituels et peu convenables en carême, afin de lui enlever le plus d'auditeurs possible. Il ressentit pendant une saison ou deux les effets de cette coalition et dirigea souvent des concerts sans avoir pu couvrir ses frais. »

Cette indigne lutte soutenue contre un seul homme par une classe puissante ne fut que trop heureuse pour les adversaires du grand compositeur. Cependant, quoi qu'on fît contre lui, Hândel n'épargna rien pour donner aux exécutions de ses œuvres toute la perfection désirable. Les meilleurs instrumentistes de l'époque, Caporale, le violoncelliste ; Lampe, le bassoniste; Snow, le trompette; Weidemann, le flûtiste; Castrucci, Clegg et Dubourg, violonistes, et Powell, le harpiste, furent constamment attachés à son orchestre, qui était très nombreux. Se respectant beaucoup lui-même, il respectait naturellement

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