Anecdotes of Music
même pas qu'il ait mis la main à ce pastiche qui, intrinsèquement, est très faible.
Il est certain qu'en 1747 HândeL, entièrement étranger au théâtre, menait une existence régulière, uniforme. En morte-saison il composait un oratorio, quelquefois deux, et quand venait le carême il les produisait dans ses séries de douze concerts, avec l'une ou l'autre de ses premières œuvres. C'est ainsi qu'en 1748, à Covent Garden, Alexander Bœlus (Alexandre Bala), qui avait été terminé le 4 juillet 1747, parut les 9 et 23 mars, de même que Josué, écrit en un mois, du 19 juillet au 19 avril suivant. Josué, auquel on ne peut reprocher que d'avoir trop de récitatifs, contient des choses superbes. L'air d'Achsah, Hark, V ' is the linnet, avec un simple accompagnement de violon et de flûte, est d'une grâce charmante et produira toujours un effet certain. Heroes, when with glory burning est une de ces héroïques et vaillantes inspirations dans lesquelles Hândel excellait. Il y a dans la marche un admirable mélange de sentiment religieux et d'audace martiale. Schield, un des vétérans de la musique anglaise, dit dans un appendice à son Introduction to Harmony : « Je voyageai un jour de Londres à Taplow avec le père de l'harmonie moderne (Haydn) dont, la veille, j'avais remarqué le ravissement au concert de musique ancienne, et je lui demandai ce qu'il pensait du chœur The nations tremble, dans Josué : « Il y a longtemps, me répon-
» dit-il, que j'entends et que je fais de la musique, » mais jamais je n'ai connu même la moitié de sa » puissance avant d'avoir entendu ce chœur. Un au- » teur inspiré a pu seul écrire une aussi sublime corn- » position. » Schield a donné la partition de ce chœur, tout en regrettant de ne pouvoir y insérer l'air d'introduction, Glory to God. Un autre air de ce même oratorio, Powerful guardians, eut un succès immense et mérité. Hândel l'a ensuite incorporé dans Joseph, puis dans Judas Macchabée. Il n'hésitait pas à intercaler dans ses oratorios favoris les airs applaudis dans les autres moins favorablement accueillis.
Procédant toujours avec la même rapidité de travail, Hàndel écrivit Salomon, entre le 5 mai et le 19 juin, et Susannah (Suzanne), du 11 juillet au 24 août 1748. Il avait alors soixante-trois ans ! Ces oratorios furent exécutés à Covent Garden pendantla saison de 1749-1750. Les couplets de Suzanne Ask if y on damask rose valurent une fortune à l'éditeur. On les grava dans tous les formats ; le Lady's Magazine les donna même en prime à ses abonnés, en 1793.
Les trois doubles chœurs qui se succèdent au commencement de Salomon sont conçus dans le plus grand style et produisent un effet harmonique à la fois très complexe et très puissant. Le chœur May no rash intruder est une mélodieuse inspiration d'une rare originalité, que rien ne surpasse, même dans les œuvres des plus grands maîtres ita-
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liens. Le double chœur du deuxième acte, From the censer curling rise, et l'air magnifique, Sacred raptures, que Ton chantait fréquemment dans les festivals, méritent toute leur célébrité. L'air de la vraie mère, Can I see my infant gored, est touchant et expressif au suprême degré. Les rôles des deux femmes, si opposés, si parfaitement distincts, prouvent que Hândel avait conservé toute sa fraîcheur d'idées sans rien perdre de la vigueur de sa conception dramatique. Malgré cela, Salomon ne fut donné que deux fois en 1749, et deux fois encore dix ans plus tard, lorsque l'auteur le reprit un peu avant sa mort.
Quand on y réfléchit, on est surpris du petit nombre de fois que chaque oratorio fut exécuté pendant la vie de Hândel. En somme, de 1743 à 1759, année de sa mort, — soit seize ans, — il ne donna que cent quatre-vingt-douze concerts — laissant de côté les onze pour le Foundling Hospital — ce qui fait, en moyenne, douze par année, parmi lesquels le Messie, Judas Macchabée et Salomon comptent pour quatre-vingt-sept. — Après ces oratorios, ceux le plus fréquemment exécutés furent : Joseph, onze fois; la Fête d'Alexandre, huit fois; Josué, Belshezzar, Jephté et Saiil, chacun sept fois ; Athalie, quatre fois; Debora et Esther, trois fois1.