‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 14 sur 76 · Orlhodoxy, p · texte numérisé non relu

Orlhodoxy, p

Il se réjouit de voir la feuille verte, précisément parce qu'elle aurait pu être écarlate. Elle l'impressionne comme si elle était devenue verte l'instant avant qu'il la regarde. II est charmé que la neige soit blanche, pour ce motif strictement raisonnable qu'elle eût pu être noire. Chaque couleur a un caractère de hardiesse, comme si elle résultait d'un choix. Le rouge des roses du jardin n'est pas seulement décidé, il est dramatique, comme un sang fraîchement versé. On a l'impression r qu'il y a eu quelque chose de fait \

Et l'on estime l'événement à son prix. N'ayant compté sur rien, le philosophe des contes de fées est prêt à l'admiration et à l'extase. N'ayant pas tout deviné et tout prédit avec assurance, il est porté à une humilité de bon aloi. Il est disposé aussi à la docilité envers une Puissance supérieure, s'il en existe. Car le monde est si inattendu que la morale pourra bien être arbitraire ; ce qui nous a été donné est si merveilleux qu'en échange, la loi qui nous sera imposée pourra être rigoureuse. « Il vaudrait la peine de jeûner quarante jours pour entendre chanter un merle. On passerait par le feu rien que pour voir une primevère '. »

Telles sont les attitudes contrastées de la pensée

chestertonienne, à la fois très arrêtée et très libre

d'allures, très dogmatique et très fantaisiste, oscil-

1 lant sans cesse de la métaphysique à la poésie. Son

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