Ibid., p
deux côtés de la Manche. Un jeune Français, Ernest Psîchari, trace ces lignes :
Ah î non, nous ne rions pas en Afrique. Je sais que nous n'y serons pas des sceptiques, que nous choisirons, que toujours nous voudrons choisir. Nous ne sommes pas de ceux qui veulent tout concilier, tout aimer. Que les délicats s'en aillent donc !... Il faut ici un regard ferme sur la vie, un regard pur allant droit devant soi, un regard jeune, de toute franchise, de toute clarté \.. Ce qui décidément caractérise ce pays [l'Afrique], c'est qu'il n'y a pas de nuances. A peine de la couleur : du noir, du blanc. C'est ainsi que je voudrais écrire. « Pas de couleur. Rien que la nuance », dit Verlaine. Mais Verlaine ici nous fait horreur ^
Presque dans les mêmes termes, Chesterton loue l'Eglise d'avoir maintenu intactes, sans les combiner ni les fondre dans je ne sais quelle honnête moyenne, les énergies divergentes du christianisme : par exemple, le culte de la famille nombreuse et celui de la virginité.
Elle les a gardées côte à côte, comme deux fortes couleurs, le rouge et le blanc, pareilles au rouge et au blanc qui sont sur le bouclier de saint Georges. Elle a toujours eu une haine salubre du rose. Elle déteste cette combinaison de deux couleurs qui est le débile expédient des philosophes. Elle déteste cette évolution du noir au blanc, qui produit l'équivalent du gris sale ^
Avec de telles dispositions, il n'est pas étonnant
1. Les Voix qui crienl dans le désert in Correspondant, 25 novembre 1919, p. 654.