‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 53 sur 76 · Orlhodoxy, p · texte numérisé non relu

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2. J'ai essayé de formuler ce jugement de façon à peu près complète dans mon ouvrage Immanence, livre II, chap ii, surtout à partir de la page 171.

Elles ne se présentent donc à ses yeux que comme un faisceau de convenances convergentes. Et voici en quoi elles consistent. Chesterton retrouve dans r « orthodoxie » tout ce qu'il aime : sa philosophie de l'arbitraire, les tendances de son tempérament, sa manière de prendre la vie. Là il y a du dogme et du mystère à foison, du paradoxe, des outrances, et tout est poussé à l'extrême ; on est hors des sphères de la timide logique et de la prudence tempérée ; là fleurissent l'esprit démocratique et le romantisme, le goût de la vie intense et aventureuse. Par ailleurs, l'Eglise fait bon visage à tout ce qui est vraiment humain : les splendeurs matérielles de son culte s'entrelacent volontiers aux « joies païennes », qui fleurissent avec exubérance chez les peuples les plus soumis à son empire. Tout cela est, on le voit, fort mêlé et compose un ensemble assez tumultueux. Distinguons-y quelques éléments.

D'abord, — je dois le dire au risque de chagriner un penseur si ennemi de la « logique spéculative », et je m'excuse de lui faire ce compliment, — il y a là toute une partie fort bien déduite. En effet, il ne s'agit point d'une coïncidence entre des aspirations spontanées, instinctives, irraisonnées, et une réponse inattendue qui tombe du ciel. La réalité est beaucoup moins merveilleuse. Chesterton raisonne fort juste sur nombre de questions métaphysiques, et il s'aperçoit que l'orthodoxie ne désapprouve pas ses conclusions. En vérité, il n'y a là rien de

bien surprenant. Cela prouve seulement que l'orthodoxie n'est pas tout à fait déraisonnable.

Par exemple, que le caractère contingent des phénomènes de l'univers ne puisse s'expliquer que par un choix libre % c'est l'un des arguments traditionnels de l'existence de Dieu. Nul besoin de croire aux contes de fées pour admettre cela. Qu'il soit absurde, contradictoire, immoral d'identifier tout le réel à Dieu, et que le panthéisme fataliste sape les fondements de l'éthique et de l'action réformatrice, comme ceux de l'amour et de l'admiration % c'est ce que démontre communément la théodicée classique. Qu'un idéal fixe et dogmatiquement affirmé soit nécessaire pour mettre en train le progrès, dont l'évolution amorphe est la négation % c'est une critique raisonnable, qui n'a rien de mystique, ni même de très neuf. Que l'homme soit naturellement sujet à faillir, que le riche et le fort puissent abuser de leur richesse et de leur force, que les institutions les meilleures soit exposées à se déformer et à vieillir % ce sont des observations justes et banales. Même que le miracle, cette solennelle affirmation de la Liberté suprême, soit possible, que l'esprit doive nécessairement précéder et primer la matière % que l'âme immortelle se trouve à chaque instant tragiquement placée entre

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