‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 61 sur 76 · Orlhodoxyy p · texte numérisé non relu

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ditionalistes du genre de Chesterton, qui établissent une solidarité factice entre toutes les traditions, ne sont guère plus inoffensifs. Car eux aussi fabriquent un bloc hétéroclite, où des éléments évidemment inacceptables peuvent entraîner le rejet des autres. La vérité n'est pas dans ces positions radicales : omm'a probate, disait saint Paul, quod bonum est ieneie. L'homme, même l'homme moyen, « l'homme dans la rue », a des exigences rationnelles, logiques, respectables comme ses aspirations mystiques, et il ne serait ni prudent ni honnête d'essa5^er de les violenter.

De même, au sujet des rapports du christianisme et de la démocratie, les confusions sont fort grosses. Jésus-Christ n'a pas béatifié une caste, mais une disposition de l'âme. « Bienheureux les pauvres, a-t-il dit, mais les pauvres en esprit. » Lui-même, en s'affirmant notre Maître et notre Docteur, se présente comme « humble de cœur ». Or, il y a des puissants et des riches dont le cœur est humble et pauvre, et l'auréole des saints flotte parfois autour des couronnes d'or : témoins saint Louis, roi de France ; saint Edouard, roi d'Angleterre ; saint Léopold, margrave d'Autriche; saint Henri, empereur d'Allemagne ; saint Ferdinand, roi de Castille ; sainte Clotide, sainte Bathilde, les deux saintes Elisabeth, etc. ; l'énumération serait longue à achever. A l'inverse, il y a des pauvres âpres au gain, rongés de la passion de l'argent et de la haine de ceux qui possèdent. Ceux-là ont les mains vides

et le cœur plein. Il est vrai que la pauvreté et l'humiliation effectives sont les grands moyens d'arriver au détachement du cœur, mais pour cela elles doivent être volontaires, ou du moins aimées. Le christianisme n'a nullement proclamé l'égale valeur de tous les hommes, fût-ce au point de vue spirituel, car non seulement les mérites diffèrent, mais encore la mesure des dons naturels et même des grâces est inégale. La charité chrétienne se penche de préférence sur les humbles et les souffrants, parce qu'ils ont plus de titres à son secours, mais ce n'est pas pour leur inspirer « la méfiance des grands ». Elle ne les flagorne pas comme les démagogues et elle n'a aucune tendance à leur î départir la fonction de gouverner. Les enseignements de saint Paul sur le respect des puissances, sur la soumission des serviteurs aux maîtres et même sur l'esclavage ne respirent certes point l'esprit de « l'Eternelle Révolution ». Pie IX leur fait écho, à travers dix-neuf siècles, en condamnant la proposition suivante : « Il est permis de refuser l'obéissance aux princes légitimes et même de se révolter contre eux ' ». Le Christ qu'adore l'Eglise n'est pas le patron des insurgés, mais le prem.ier des martyrs. La fraternité chrétienne harmonise les âmes, sans courir après cette chimère d'effacer les différenciations sociales et la hiérarchie des rangs. La« démocratie chrétienne », recommandée par les

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