‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 9 sur 76 · Herelîcs, p · texte numérisé non relu

Herelîcs, p

"^tout différent. Ce dogmatiste intransigeant qui nous a prêché si fort la nécessité de l'abstraction, le respect des liens, des limites, de la fixité dans le domaine de l'esprit, se révèle maintenant comme un passionné de liberté, de nouveautés et de romantisme. La liberté est l'un des articles dominants de son credo^ l'un de ses « dogmes » favoris : et c'est non seulement la liberté humaine, sociale et politique, la démocratie, les droits de l'homme (pour lesquels Chesterton garde le culte un peu naïf de nos grands ancêtres), mais encore la liberté dans la nature, l'absence dans l'univers de toute nécessité et de toute règle fixe. Ne parlez point à ce poète des « lois de la nature » : il ne les voit pas. Ces choses lourdes, rigides, monotones, se sont vaporisées sous ses yeux enchantés : à leur place il n'y a que le bon plaisir ou le caprice. L'univers est le domaine des lutins, le pays des fées, fairyland, elfland, où tout peut arriver, où [jrien n'est prévisible à coup sûr.

C'est surtout dans un chapitre d' Orthodoxi/ , merveilleux de verve, d'esprit et de fraîcheur, — intitulé « la morale au pays des lutins » The Elhics of Elfland, — que Chesterton expose cette philosophie de l'univers. Nous ne nous ennuierons pas à le feuilleter quelques instants.

Les hommes de science, les déterministes à lunettes confondent, dit-il, deux choses : la connexion logique ou mathématique et la simple succession des phénomènes physiques. Ils englobent

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l'une et l'autre sous le terme commun de « nécessité » ou de « loi ». « Ils s'expriment comme si le fait que les arbres portent des fruits était aussi nécessaire que 2 et 2 font 4 ^ ». La philosophie des contes de fées, beaucoup plus fine, sépare, d'une distinction bien affilée, les deux ordres de faits. Elle les distingue

au moyen de son critère propre : l'imagination. Nous ne pouvons pas nous imaginer 2 et 2 ne faisant pas 4. Mais nous pouvons facilement nous imaginer les arbres ne portant pas de fruits et devenant, par exemple, des chandeliers d'or ou des tigres pendus par la queue. Les personnes à lunettes parlent beaucoup d'un homme appelé Newton, qui fut heurté par une pomme et découvrit une loi.

Mais elles font là-dessus un brouillamini d'idées :

Si la pomme a heurté le nez de Newton, le nez de Newton a heurté la pomme : voilà une vraie nécessité, parce que nous ne pouvons concevoir l'un sans l'autre. Mais nous pouvons très bien concevoir la pomme ne tombant pas sur le nez de Newton ; nous pouvons nous la figurer volant avec impétuosité à travers les airs, afin d'aller heurter un autre nez, pour lequel elle avait une antipathie plus marquée ^

L'homme de science dit : coupez la tige, et la pomme tombera. Mais il le dit avec assurance, comme si une idée conduisait réellement à l'autre. La sorcière du conte dit : soufflez de la trompe et le château de l'ogre tombera. Mais elle ne le dit pas comme si c'était là un effet qui sortit évidemment de sa cause. Sans doute elle

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