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au moins vers la même époque. En Mésopotamie, on ne trouve aucune trace de son emploi, au delà de dix siècles avant notre ère. En Syrie et surtout en Grèce et dans les Indes, on en fit usage un peu plus tôt. Quant a l'Europe occidentale, ou l'humidité du climat est plus destructive qu'en Orient, les renseignements font défaut sur l'introduction du fer dans sa métallurgie. On sait seulement que les Phocéens de Marseille exploitèrent, en Espagne, des mines de fer entre le vr et le V' siècle avant notre ère. Les fouilles de Bibracte ont, d^utre part, mis au jour d'anciens foyers qui semblent indiquer que le fer, et même l'acier, furent connus des Gaulois. Du reste, nous savons que les Gaulois, bien avant César, étaient renommés pour leur habileté a travailler le fer. Sans doute les Bretons ne leur furent-ils nullement inférieurs sous ce rapport. En Gaule, aussi bien que dans les Iles Britanniques, le fer, sous forme d'anneaux, constituait un moyen d'échange. Mais, contrairement a ce qui a lieu pour d'autres pays moins humides, l'Angleterre ne possède que très peu d'objets en fer qui lui soient venus des temps anciens. Une chaise pliante avec des ornements - de bronze, quelques chenets, des candélabres, FiG. 246. — PoRTKs Jeg charnières de l'époque romaine et c'est à peu DE . IL Soi i.s, pj^^g j.^^j. Pq^^ jçg époques plus tardives, où A Oxford. 1 • n t 1 ■
des inriuences étrangères, Scandinaves, danoises ou saxonnes se firent sentir, ce sont encore des pentures qui nous permettent de suivre dans les Iles les progrès de l'art du fer. Elles étaient fixées sur du bois, assez souvent à l'abri de la rouille, ce qui explique leur conservation. Il semble bien, d'autre part, qu'elles aient eu de meilleure heure et gardé, en Grande Bretagne, un caractère artistique plus accentué que partout ailleurs. Leur forme élémentaire était celle d'une pièce qui enserrait les deux faces de la porte et s'engageait, vers son milieu, autour d'un gond fixé au chambranle. D'autres pièces, en forme de croissant, disposées de chaque côté, la maintenaient fortement contre le bois. L'assemblage du système était protégé par le recouvrement du chambranle, qui mettait la partie la plus faible à l'abri de tout mouvement violent. Un curieux exemple de cette disposition primitive nous est fourni par la porte de l'église de Stillingfleet, dans le comté de York, où les parties agissantes sont combinées avec la représentation d'une barque de Vikings et
ARTS MINEURS
FiG. 247
Grille de l'Églisk Saint-John, A Fro.me.
(An ]'ict(iria and Albert Mnscnm.)
d'autres dessins. On peut encore citer des pentures intéressantes à Willingale-Spain et Eastwood dans le comté d'Essex, Erith, Maxstoke, Weston-Barton, Margaret-Roding, Compton-Norton, Leicester, Kingston- Lisle, Sparsholt, Haddiscoe, Kenilworth, Raveningham, ainsi qu'aux cathédrales de Gloucester, Hereford, Peterborough et Chichester- Le Musée Victoria and Albert en possède qui proviennent deTéglise de Saint- Albans. Toutes ces pentures, de pur travail de forge, sont entièrement faites au marteau ; celles qui furent fabriquées par la suite réclamèrent plus de soins et nécessitèrent l'emploi du pilon. Les pentures de cette sorte, où l'ornementation était obtenue par l'étampage du métal porté au rouge blanc, témoignent d'une très grande habileté, surtout en France. Celles des grandes portes de Notre-Dame, notamment, dont la décoration rappelle l'enroulement romain, sont à citer. En Angleterre, l'étampage n'a jamais produit d'œuvres aussi ambitieuses. Un spécimem fort remarquable est fourni, il est vrai, par la porte Sud, conduisant aux cloîtres de la cathédrale de Durham ; mais cette porte paraît d'art français, bien qu'elle soit plus anglaise que française par le dessin. A Durham, les pentures ont à la fois un but utilitaire et décoratif. Avec le temps, la décoration devint indépendante des pentures ; elle fut alors constituée par des pièces de fer forgé appliquées sur les panneaux des portes dont elles augmentaient la solidité. Le portail du prieuré de Worksop offre, en Angleterre, le plus beau spécimen de cette technique. Ce portail est à deux vantaux et sa décoration est FiG. 248. — Tombe symétrique par rapport à la ligne verticale de
DE LA Reine Eléonore. 1 ^ • .• îl J 1. J 1 c J ,,,, •• 1
(A r \iyba e de ^^ jonctiou. 11 date de la hn du Xir siècle et
westmiîister.) a fourni dcs motifs pour beaucoup d'autres
CRAN D /■: B R [■: r a c ,v /•: et Irlande
travaux du même genre, dans les comtés d'Oxford, d'Hereford, de Somerset et ailleurs. Les grilles, qui ont existe en si grand nombre dans les cathédrales et les églises anglaises, en soi plus importantes que les penturesi n'accusent pas les mêmes progrés. En outre, il semble qu'à certaines époques on se soit complu a les détruire : de sorte qu'il en est bien peu que l'on possède. La plupart sont fabriquées avec des bandes de fer tournées en spirales, en boucles, en quatre-feuilles, ou autres formes simples, maintenues par des colliers, et placées dans des cadres rectangulaires, de même métal, dont le bord supérieur est garni de pointes. Quelquefois ces cadres sont renforces par des barres ajourées. Parmi les meilleurs spécimens des œuvres de cette sorte, on peut citer la grille du chœur de la cathédrale de Lincoln ; une grille de tombeau a l'église de Saint-Albans ; une grille du South Kensington Muséum, provenant de la cathédrale de Chichester, et, surtout, la grille de Saint Swithm, à Winchester, qui est à la fois la plus ancienne et la plus belle de toutes. La grille de Saint-Swithin date des dernières années du xr siècle. L'œuvre de fer la plus importante est la herse étampée qui est au-dessus du tombeau de la reine Eléonore, dans l'abbaye de Westminster (fig. 248). Elle fut faite, en 1294, par Thomas de Leghtone (Thomas de Leighton Buzzard), pour la somme de 1 3 livres, et c'est la seule, soit en Angleterre, soit en France, dont on connaisse la date. Pratiquement, pendant une longue période, l'étampage des grilles fut limité à l'Angleterre et à la France. Eu égard aux dates et à d'autres considérations, il est probable que ce genre de travail a pris naissance en Angleterre. On peut croire que les forgerons français, après se l'être approprié avec leur empressement habituel, lui donnèrent l'extravagante magnificence des ferrures des portes de Notre-Dame, puis l'abandonnèrent parce qu'ils ne trouvèrent plus personne d assez riche pour commander des œuvres aussi coûteuses. Le XI ir siècle fut, en Angleterre, le grand siècle des forgerons. Ne disposant d'aucun moyen perfectionné, tout se faisait de leurs propres mains, sous le contrôle de leurs yeux, faillibles, il est vrai, mais très intelligents. Le travail d'étampage mis à part, la façon dont les forgerons du XIIP siècle utilisèrent leurs matériaux fut aussi
Fig. 249. — Urne
DE PLOMB. A PaRHA.M.
ARTS MINEURS
FiG. 25o. — Br<ocHE.
(Au Musce de Dublin.)
1 \'oir p. 124.J
expressive que celle des peintres. Leurs productions ont un grand charme. Le traitement rapide et décisif du fer, au moment où il est passagèrement à l'état plastique, doit être considéré, dit M. Starkie Gardiner, comme l'art véritable du forgeron. Les effets auxquels il conduit sont nécessairement vigoureux et virils.
Une forge et un soufflet, un marteau et une enclume, des tenailles et un ciseau, constituaient alors tout le matériel. Avec le XIV^ siècle, de nouvelles méthodes et de nouveaux outils firent leur apparition. Le travail du forgeron y perdit de sa spontanéité et de son individualité.
Comme nous venons de le dire, l'emploi du fer, dans un but d'ornementation, est probablement d'origine anglaise. Mais les forgerons anglais ne surent pas conserver leur supériorité dans cet art. Au début du XV'^ siècle, ils furent égalés par les Français dans tout ce qui concernait l'application du fer aux usages qui lui conviennent exactement, et fortement dépassés dans tous les autres cas, c'est-à-dire quand le fer remplace le bois ou d'autres matières plus souples. En Angleterre, le travail artistique des métaux a été interrompu pendant les deux siècles de troubles politiques et religieux qui ensanglantèrent le pays entre 1450
et 1650. Lorsqu'il reprit, ce
ne fut plus que sous les inspirations de l'étranger. Les belles œuvres qu'il produisit ne manquent pas où le goût et le caractère restrictif anglais se manifestent ; mais l'art du fer cessa d'être national et n'eut jamais cette magnificence qu'on lui trouve ailleurs et qui fait oublier 1 impropriété de son emploi. De nos jours, l'art du fer a repris, en Angleterre, avec une très grande intensité. Ses résultats sont souvent merveilleux.
La renaissance de cet art a rencontré de nombreux obstacles
FiG. 25i. — Émail celtique provenant
DE POLDEN HiLL.
(Au British Mugcuni ) iXOir p. 124.)
et notamment la corruption du goût par un emploi abusif de la fonte sur les places publiques. 11 suffit de citer, a cet égard, les portes de Coalbrookdale, près du Monument Albert, dans Hyde Park, celles de l'Arc de marbre et le couronnement de Constitution Hill. Mais beaucoup d'œuvres, comme les nouvelles
grilles de Saint-Paul, les portes Canada au palais Buckingham (fîg. 245), celles du nouveau ministère a Whitehall et la belle grille de bronze de Bentley, dans la cathédrale de Westminster, sont nettement rassurantes pour l'avenir.
EMAUX.
lu;. 252. — Coupe d'Arda(;ii. Ce qui reste des émaux anglais
(Au Mui^ùc de Dublin.) • .. i • J 1 .„■ „.
ne jette que bien peu de lumière sur le développement de cette forme d'art dans les lies Britanniques. Des documents semblent prouver qu'elle fut florissante pendant tout le Moyen Age ; mais elle n'a jamais produit d'œuvres comparables à celles des émailleurs français, italiens ou allemands. Comme celle des Celtes, l'émaillerie des ouvriers qui leur succédèrent fut surtout employée pour la décoration d'objets utiles (fîg. 250,251,252). Les cuivres émaillés (chandeliers, chenets, etc.) des périodes Tudor et Jacobéenne ne sont point sans valeur, et les émailleurs de Battersea ont fait preuve, au XVIIP siècle, d'une imagination non dépourvue de grâce et d'une grande habileté. Mais ce n'est que par les portraits en miniature, inspirés des belles traditions laissées en Angleterre par les Petitot, que les émaux de ce pays confinent aux beaux-arts. Cependant il est juste de dire que l'industrie de l'émail, tout en restant pratiquement limitée à la décoration, a suivi, dans les Iles, durant ces vingt-cinq dernières années, le mouvement général de la renaissance de l'art.