TRAVAUX D AIGUILLE ET TAPISSERIES
(\à^ *C^^' On se demandera peut-être s'il était bien utile
I i^'^> de donner place, dans un manuel des beaux-arts,
aux travaux d'aiguille et aux tapisseries. Mais, lorsqu'il s'agit de l'Angleterre, la question ne peut se résoudre que par l'affirmative. Ces arts secondaires ne doivent pas être passés sous silence : ils viennent à l'appui de notre argumentation et fournissent un témoignage décisif à cette assertion de notre part que les Iles Britanniques ne furent nullement aussi arriérées, au point de vue artistique, que le prétendent certains comtempteurs, anglais ou étrangers, de leur activité. On peut les réunir aux manuscrits enluminés pour prouver que, pendant les périodes de calme de l'Eglise chrétienne, les artistes ne furent ni moins nombreux, ni moins actifs, en Angleterre, que de l'autre côté de la Manche. Les travaux d aiguille, comme ceux du pinceau de l'enlumineur, ont une existence plus durable que celle de bien d'autres œuvres plus ambitieuses. Les reliquaires, les statues, les vitraux sont à la merci du fanatisme. 11 n'en est pas de même d'une chape ou d'un manuscrit, qui sont moins fragiles et qu'il est possible de cacher. Il en résulte que l'Angleterre a conservé de? chapes et des manuscrits enluminés en assez grand nombre, pour qu'on puisse dire que la sève d'art ne lui manqua point. Si les Français l'emportent sur les Anglais, quant à la somme de contributions que chaque peuple a fournie
ARTS MINEURS
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DIN EVANGELIAIHE CELTIQIE.
(Lambeth Palace )
au trésor mondial de l'art du Moj'en Age, du moins peut-on certifier que c'est surtout parce que cette période de leur histoire fut moins troublée, et non point parce que l'Angleterre manqua d'artistes. Le filage et le tissage, de même que l'usage des aiguilles, furent connus, dans les Iles, des les temps les plus recules. On a recueilli, dans les dépôts néolithiques, des pesons de fuseaux, ainsi que de lourds peignes, destines à pousser la trame du tissage contre la chaîne. Des découvertes faites en Suisse ont prouvé, d'autre part, que le fil de lin était employé par les habitants des stations lacustres. La science du tissage dut conduire, tout naturellement, a une nouvelle forme d'art. L'emploi du fil ne pouvant pas persister sans suggérer l'idée de dessins, ceux-ci durent s'enrichir très vite à la lumière des civilisations préexistantes. En Angleterre, le modèle caractéristique des temps primitifs a dû être le tartan, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours sjus la forme du clan-tartan des Ecossais. Boadicée, au jour de sa défaite était vêtue d'une robe de tartan, pareille, selon
Dion Cassius, à celle que portaient la plupart de ses gens. Le filage, le tissage, la broderie et, plus généralement, la fabrication des étoffes restèrent de l'art, aussi longtemps que tout le travail se fit a la main. Ils n'ont perdu ce caractère que par l'emploi des moyens mécaniques. Cet art fut, de plus, inné, et se fit jour aussitôt que les humains disposèrent d'une matière capable de se plier au caprice de leurs doigts. Un des plus anciens exemples de travaux d aiguille, dont l'histoire nous ait conservé sJÀ ^^' ^ "^J - ^^ souvenir, est celui d'une princesse anglaise
rK^^SSB^^ i *^" '^^ siècle, l'impératrice Hélène, mère de
Constantin. Elle broda une figure de la \ lerge, qui existe encore dans l'eslise de
i iG. 2UJ. — .Manuscrit ,..,, . ^
ROYAL I. D. x. KOL. 6. Verceil. 1 out permet de croire que les (Au British Museiujij fcTimes anglaises écaient déjà, des cette
loi
époque, des tisseuses et des brodeuses aussi habiles que celles de leurs descendantes dont nous connaissons les travaux. Au VI' siècle, il y eut, en Angleterre, des écoles où l'on s'instruisait dans la confection des broderies d'église. Longtemps avant la conquête normande, les ouvrages des femmes anglaises étaient réputés sur tout le Continent. 11 est toutefois presque indubitable que les incursions des Danois eurent pour effet de reléguer les industries artistiques dans les couvents et les monastères, avec plus de rigueur que dans les pays continentaux. Le plus célèbre des travaux d'aiguille est
ce qu'on appelle la tapisserie de Bayeux. Sa valeur artistique, cependant, n'égale point celle d'autres œuvres anglaises contemporaines ou plus anciennes. La belle étole et le manipule anglo-saxons de Saint- Cuthbert, à Durham, qui datent de 910 environ, valent mieux. Nous savons, par les chroniques, que les femmes anglaises de tout rang passèrent leur temps, pendant les siècles gothiques, à empiler de grandes richesses de travaux d'aiguille. Les noms de beaucoup d'entre elles nous sont connus. Ce furent, par exemple : Aelflede, femme d'Edouard \\ dont on relève le nom sur l'étole de Saint-Cuthbert ; une autre Aelflede (ou /Ethelflde), qui donna une tapisserie a la cathédrale d'Ely ; /Edelwyrme, dont les broderies auraient été dessinées par Saint Dunstan ; Emma, femme d'Ethelred et, plus tard, de Canut, et /Elgithe, première femme de ce roi, qui donnèrent à 1 Eglise de leurs œuvres ; Edith, femme d'Edouard le Confesseur, qui broda sa robe de couronnement, etc. On sait, d'a.lleurs, que Guillaume le Conquérant et ses compagnons furent émerveillés par la richesse des vêtements brodés que portaient les nobles saxons. Eux et leurs femmes s'empressèrent aussitôt de collectionner ces vêtements et de les imiter. On pourrait affirmer que les travaux d'aiguille, pendant toute la durée des siècles gothiques, furent, pour les femmes anglaises de bonne naissance, ce qu'est le sport à notre époque de progrès.
FiG. 264. — Lettre initiale
d'un Missel du xive siècle.
(Ail British Museuui.)
La richesse de certaines cathédrales en œuvres de cette sorte a été
ARTS MINEURS
FiG. 265. — Page lApocalypse. ms. royal.