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V. IVOIRES

Jusqu'à une époque récente, on a eu l'habitude d'attribuer invariablement à des artistes flamands ou français tous les ivoires médiévaux du Nord de l'Europe, dont l'origine n'est pas établie par des documents. Les preuves, cependant, ne manquent point, qui permettent d'affirmer que l'Angleterre gothique a possédé aussi de bons sculpteurs d'ivoire, dont les œuvres furent populaires. Les guerres religieuses ont amené, dans les Iles, la destruction de beaucoup d'objets, tels que crosses d'évêques, saints ciboires, paix liturgiques, reliquaires et autels.

FiG. 267. — Psautier; manuscrit

GoTTON Nero g. XIV.

(Au British Muséum.)

ARTS MINEURS

FiG. 268. — Manuscrit Arundel.

N" 83. Folio 182.

^Ai( Hritish Museu»}.)

Mais il en reste assez pour établir que, durant la grande période de 1280 à 1420 environ, les artistes anglais marchèrent de pair avec ceux du Continent. Les ivoires britanniques se distinguent par la sobriété de leur conception. Ils sont plus sérieusement expressifs que les ivoires flamands, français ou allemands, et leur origine est attestée, d un autre côté, par les détails d'architecture que l'on y rencontre.

Les objets d'ivoire fabriqués en Angleterre furent du même genre que partout ailleurs : menus articles d'église ; cornes auxquelles la forme de la dent se prêtait d'une façon si naturelle ; statuettes ; peignes ; couvertures de livres ; etuis à miroirs ; petites boîtes et écrins ; pièces de jeu d'échecs, etc. Le spécimen le plus remarquable peut être de cette vieille industrie est un écrin offert, par Auguste Franks, au British Muséum. Il n'est cependant pas en ivoire, mais en os

de baleine, et reproduit, sur ses panneaux, des scènes qui paraissent empruntées à la Saga d'Odoacre. Des inscriptions runiques, hardiment sculptées, encadrent ces scènes et contribuent à l'effet décoratif. U Adoration des Mages, que possède le Musée Victoria and Albert, et qui peut dater des environs de l'an 1000, est un autre magnifique exemple saxon de la même technique.

Une trouvaille d'ivoires, intéressante mais quelque peu mystérieuse, a été faite, il y a près d'un siècle, dans l'île de Levv^is (Hébrides), Elle esl constituée par des pièces d'échecs, taillées dans des dents de mortes. On y remarque six rois, cinq reines, treize fous, quatorze cavaliers, dix-

FiG. 269. — Manuscrit Arundel. n" 83. Folio i3i (Au Britisli Muséum.)

neuf pions, et dix gardes, qui sent les équivalents de nos tours. Peutêtre faut-il y trouver le fonds de quelque sculpteur ayant su profiter des occasions fréquentes qui s'offraient à lui de se procurer de l'ivoire. Un autre bel exemple de ce genre de sculpture primitive anglaise est un fragment, probablement un bras de fauteuil, ayant fait partie de la célèbre collection Meynck, a Goodrich Court. Il est aussi en ivoire ! de morse et se fait remarquer par le fini de son exécution. Les crosses d'ivoire ne durent pas être rares aux siècles gothiques ; mais leur nombre est aujourd'hui des plus restreints. Le Musée Victoria and Albert en possède une qui se rapproche beaucoup, par sa forme et les détails de son ornementation, des crosses de bronze de la même époque. A ce musée est exposé également un remarquable diptyque, en forme de tabernacle (fig. 258). Le British Muséum a deux bonnes œuvres du XIV siècle : un triptyque et un feuillet de diptyque (fig. 260-261 ), sculptés l'un et l'autre pour l'évêque Grandison, d'Exeter. A Oxford, les ivoires gothiques du Musée Ashmoléen sont presque tous anglais. Chaque jour en fait découvrir d'autres parmi ceux que l'on attribue à d'autres pays.

Fig. 270.

Page du Livrk DE Kells.

(Au Ctillcf^e de la Trinitc, à Dublin.)

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