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CHAPITRE II L'ART ANGLO-SAXON

L'INFLUENCE des envahisseurs romains sur l'art britannique a été SI faible qu'il serait inutile de nous y arrêter. Cet art peut être divisé en art celtique, art anglo-saxon et art anglo-normand. Nous venons de voir l'un ; il nous reste a parler des deux autres.

L'art anglo-saxon, qui se développa en Angleterre parallèlement à l'art celtique de l'Irlande, ne nous est guère connu que par des restes d'édifices. On a cru que les Saxons ne construisirent qu'en bois, que leur architecture en pierre était tout élémentaire et négligeable. Des travaux récents ont modifié cette opinion. Telles constructions réputées romano-bntanniques ou normandes se sont révélées comme saxonnes. De plus en plus, les caractères particuliers de 1 architecture saxonne sont devenus manifestes. L'architecture anglo-normande lui doit peut-être plus qu'on ne suppose.

Les monuments de l'architecture saxonne sont surtout des églises. Mais, contrairement à ce qui se produisit en France, où la cité romaine a survécu dans le diocèse, ces églises furent de préférence placées à l'écart des centres de population les plus importcints, comme à Crediton. Ramsbur>', Saint-Germans, Wells et

— ÉOLISE DE GrEENSTKAD.

(Comté d'Essex.)

Lichfield. Cetic remarque que l'organisation ecclésiastique fut, en Angleterre, entièrement distincte des cités romaines a, du reste, déjà été faite par M. Baldwin Brown.

Elle peut fournir un argument de plus pour considérer les œuvres saxonnes comme un nouveau point de départ dans l'histoire de l'art britannique.

Les premiers Saxons détruisirent le christianisme romano-britannique partout ou ils s'implantèrent. L'Ouest et le Nord, où il entra en contact plus intime qu'auparavant avec le christianisme celtique de la Cornouailles, de rirlande et de l'Ecosse, en recueilhrent les débris. Son organisation n'en devint que plus solide, loin de la tache d'ombre qu'avait produite l'invasion. Vers la fin du VI"^ siècle, les Saxons eux-mêmes se firent chrétiens. Ils eurent à leur tour des églises, dont les fondations nous restent seules et qu'ils construisirent en s'inspirant de l'architecture romaine. A Silchester, on a trouvé les traces des fondations d'un petit édifice en forme de basilique, qui fut sans doute une église saxonne. Mais l'art des Saxons ne tarda pas à se former en se dégageant de toute tradition locale. Le cadre de ce manuel ne nous permet pas d'en détailler les différentes phases. Il nous suffira d'en exposer les grandes lignes et de citer les œuvres les plus importantes que cet art nous a laissées.

Le Saxon différait du Celte par un moindre goût. Il n'avait que fort peu le sentiment de l'harmonie ; son esthétique était rudimen-

taire. Le Celte jouait avec la ligne ; il fut un grand artiste linéaire dès les temps les plus reculés. Le Saxon ne possédait point les mêmes qualités. L ingéniosité lui faisait défaut. Tandis que le Celte avait le talent d'économiser les matériaux, de ne concentrer la puissance FiG. 24. — ÉGLISE DE Barton-on-iiumbeb. quc là où elle est nécessaire,

L'ART ANGLO-SAXON

le Saxon restait insensible au jeu de forces qui se manifeste dans toute construction. Il se contentait de faire tenir debout ses édifices. Le charme de ses oeuvres n'apparaît que dans les détails.

On a dit que les Saxons construisirent en pierre comme ils l'avaient fait en bois. Cette théorie n'est plus soutenable. Que les Saxons aient fait, à l'origine, un large emploi du bois, dans un pays où il est très abondant, je ne saurais y contredire. Mais il ne faut pas oublier que l'on bâtissait en pierre depuis fort longtemps, quand les Saxons

vin-

Crypte saxonne, a Repton.

tlG.2:). — 1 OURDELl:.GLISE

d'Earls Barton.

rent (Comté de Xortliampton.)

dans les Iles Britanniques.

Les constructions saxonnes, que l'on cite habituellement comme dérivant d'édifices en bois, ne sont pas du reste les plus anciennes ; quelquesunes, comme les tours de Earls Barton (fig. 25) et de Barnack, dans le

comté de Northampton, et la tour de Bartonon-Humber (fig. 24), dans le comté de Lincoln, sont, au contraire, de date relativement récente. Que ces tours elles-mêmes soient inspirées de formes où le bois entrait pour une bonne part, cela ne paraît point douteux. Mais les constructions qui les accompagnent n'offrent pas la moindre trace d'un tel mélange. Il est même assez curieux de constater que l'église de Greenstead (fig. 23), dans le comté d'Essex, où se voient les seuls restes que nous possédions d'une construction en bois de l'époque saxonne, n'est pas un édifice mixte. Elle est

Fig. 27. — Tour

DE Saint-Benet,

a Cambridge.

GRANDE-BRETAGNE El IRLANDE

FiG. 28. — Fonts de

l'Église Saint-Martin,

A Ganterbury.

faite entièrement de troncs de chêne fendus, juxtaposés verticalement sur une semelle de même bois : l'église de Greenstead a l'apparence d'un blockhaus (fig. 23).

Si, dans le principe, l'art saxon s'inspira de l'art romain ou de la tradition celtique, peu de temps lui suffit pour s'en dégager. Graduellement, les Saxons se firent un style, dont ils empruntèrent les éléments soit à des traditions germaniques, soit a ce qu'ils savaient des constructions romaines. Ils le perfectionnèrent si bien, qu'a la fin de leur domination, dont la durée a été de près de cinq siècles, on n'arrive presque pas à distinguer leurs œuvres des premiers travaux faits par les Normands. La chronologie des églises saxonnes devient, par cela même, fort difficile. M. Baldwin Brown a tenté de l'établir : on a de lui une liste, qui pourrait être discutée, de 1 73 églises avec traces de constructions saxonnes. Il les répartit en cinq périodes ; pour le but que nous nous proposons, deux seulement sont nécessaires. La plus ancienne se distingue par la modestie du plan et la monotonie des murs. Les églises qui datent de cette période, où la forme romaine prédomine, sont comparables à des boîtes. Leurs architectes se sont servis fréquemment, pour l'ornement, de débris empruntés à des constructions romano-britanniques. La seconde période est caractérisée par un effort marqué vers l'élégance. L'alternance des pleins et des vides gagne en harmonie. Les proportions relatives de la hauteur et de la largeur sont mieux observées. Par contre, la solidité devient moindre. Les faibles restes de l'église saxonne à l'abbaye de Westminster, les piliers de la crypte de Repton (fig. 26), la partie supérieure de la tour de Saint- Benêt à Cambridge (fîg. 27), témoignent surtout de ce raffinement, où l'on peut trouver le premier indice d'une qualité particulière a l'art national.

Fig. 2g.

— Eglise Saint-Martin, A Ganterbury.

L'ART ANGLO-SAXON

FiG. 3o. — Église de Brixworth.

Une des églises primitives les plus nettement saxonnes est celle de Saint- Paneras, à Canterbur>', dont on vient de retrouver les fondations.

Autant que l'on en puisse juger, cette église se composait d'une nef allongée de 14 mètres environ sur 8 m. 75, et de deux porches, l'un à l'Ouest, l'autre au Sud. Une abside semi-circulaire s'ouvrait peut-être vers l'Est ; quelques pans de mur paraissent s'y rapporter. Une autre église de Canterbur>% celle de Saint- Martin (fig. 28 et 29), que Brown appelle l'église paroissiale la plus célèbre de toute l'Angleterre, offre aussi des restes fort intéressants. On y remarque un très grand sanctuaire saxon, qui se termine en carré, une nef en partie saxonne et une tour occidentale plus récente. Aussi bien à Saint- Paneras qu'à Saint-Martin, la technique est surtout romaine ; la brique remployée y joue un grand rôle.

On peut encore citer, parmi d'autres églises de la première période saxonne, celles de Stone, près de Faversham, et de Corbridge, dans le Northumberland ; d'Escomb, de Jarrow et de Monkwearmouth, dans le comté de Durham.

Les restes de Lyminge, de Rochester et de Reculver dans le comté de Kent, les cryptes de Ripon et d'Hexham, et l'église de

Brixworth dans le comté de Northampton s'y rattachent aussi.

Bien que très remaniée, notamment par la suppression de ses bas côtés et l'ouverture de nombreuses fenêtres, l'église de Brixworth (fig. 30) est même doublement intéressante :

par sa masse d'abord, ensuite par ses accroissements successifs. Sa construction,

FiG. 3i. — Église de Branston.

(Comté de Lincoln.)

FiG. 32. — Entrée

DE TOUR. A MaBKET OVERTON.

par le supérieur de l'abbaye de Péterborough, date du dernier quart du vil' siècle. On y trouve, en grande quantité, des briques romaines remployées. Brixworth se composait, a l'origine, d'un sanctuaire absidal, qui s'ouvrait dans un chœur carré de 9 m. 75 de côté, communiquant à son tour, par un arc d'environ 9 mètres d'ouverture, avec une nef de 18 mètres de long sur 9 m. 75 de large. Vers l'Ouest, on ajouta plus tard, mais encore peut-être à l'époque saxonne, une tour carrée flanquée d'une tourelle, qui s'élève jusqu'au niveau d'i toit de l'église et contient un large escalier tournant.

Les monuments de la seconde période saxonne, depuis l'an 800 environ jusqu'à la conquête normande, sont tellement nombreux qu'il est impossible d'en donner la liste dans ce manuel. Ils se classent, sous le rapport chronologique, entre les églises d'Avebury (comté de Wilts), de Bishopstone (comté de Sussex), de Bardsey (comté de York) et de Lydd (comté de Kent) ; celles de Bradfordon-Avon (comté de Wilts) (fig. 37), de Barton-on-Humber (comlé de Lincoln) (fig. 24), d'Earls-Barton (fig. 25) et de Barnack (comté de Northampton), et l'église de Branston (comté de Lincoln) (fig. 31), dans laquelle l'art normand et l'art saxon sont combinés de la manière la plus étroite (fig. 32, 33, 34, 35 et 36).

Les églises de Earls Barton (fig. 25), de Barnack et de Bartonon-Humber (fig. 24), sont celles qui offrent les meilleurs exemples de bandes de pierre décoratives, où l'on a voulu trouver l'influence des constructions en bois sur l'architecture des Saxons. Il est bien possible, en effet, que cette invention peu heureuse, qui ne serait jamais venue à l'idée d'un peuple celtique, leur soit due ; mais elle n'a que de lointains rapports avec le développement de leur art,

du reste déjà parvenu vers sa ^j^ 33 enlise du

fin, lorsque ces églises furent de Douvres.

Château

L'ART ANGLO-SAXON

bâties. A Bradford-on-Avon (fig. 37), la décoration des murailles vaut beaucoup mieux. Une arcature légère, ayant presque l'apparence d'un triforlum, y fait le tour de l'église, soutenue par des pilastres plats, sans chapiteaux m soubassements, qui partagent la paroi en panneaux bien proportionnés.

L'église d'Oxford (fig. 22), dont la connexité avec l'architecture pré-normande ne fait pas de doute, est encore plus intéressante à étu-

Fig. 34. — Entrée de la tour de la petite

ÉGLISE DE SaXIIAM.

Fig. 35. — Église de Glapiiam.

(Comté de Bedford.)

dier. Due à Ethelred l'Irrésolu, à la suite d'un vœu qu'il avait fait après le massacre des Danois, en 1002, cette église fut à l'origine une reconstruction de celle de Saint- Fridesw^ide. Quelques archéologues, dont l'opinion pourrait être fondée, pensent qu'une partie de l'œuvre d'Ethelred existe encore dans Christ

Church. Et comme les fondations de l'abside de l'église primitive de Saint- Frideswide ont été retrouvées depuis peu, au nord du chœur actuel, ils supposent qu'Ethelred respecta l'autel qu'avaient construit ses devanciers. Sa propre église aurait été bâtie plus au Sud. L'arcade et les murailles du chœur actuel, certaines parties de la nef et des transepts de Christ Church seraient saxonnes, mais fortement dénaturées par des additions postérieures.

Fig. 36. — Église de Saint- Regulus, a Saint-Andrew.

La question est beaucoup trop technique pour être discutée ici.

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FiG. 37. — Église Saxonne, A Bradford-on Avon.

FiG. 33. — Saint Bartholomew-le-Grand, a Londres. (En paj-tie restaurée.)

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