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CHAPITRE Ifl ARCHITECTURE ANGLO-NORMANDE

NOUS n'avons pas à rechercher dans quelle mesure le style normand proprement dit fut l'œuvre des Scandmaves. II nous suffit de constater qu'il fut élaboré en Xeustne, par des conquérants Norses mêlés à des Celtes. Leur architecture et celle des Saxons eurent plus de points communs qu'on ne l'a cru d'ordinaire. Beaucoup de constructions saxonnes ne sont, en fait, que des ébauches de formes normandes. L église de Branston, déjà citée, est de ce nombre. Au XV siècle, et longtemps après, un bras de mer n'était pas une barrière entre deux peuples. A une époque où les routes étaient rares, où de précaires moj'ens de locomotion constituaient un luxe, les eaux rendirent possibles des relations que l'on ne pouvait avoir sur terre a d'aussi grandes distances. Dans la pratique, la Normandie était moins éloignée de l'Angleterre que de Paris. Les Normands eurent plus de rapports avec les Anglais qu'avec les Françciis. Même de nos jours, l'analogie est frappante entre certaines coutumes des deux cotes de la Manche. 11 est, par suite, nécessaire, quand on étudie le stj'le anglo-normand, qui correspond, en France, au style roman, de tenir compte de l'mfluence permanente d'un pays sur l'autre, des derniers constructeurs saxons déjà raffinés sur les Normands plus jeunes, de ceux-ci plus vigoureux sur ceux-là plus

FiG. 39. — Le rocher dk Cashel.

élégants. On peut ajouter que chaque race y vit pareillement, comme l'a dit Mathieu Pans, un novum genus compost t ion is sorti de sa pensée.

Le style anglo-normand tire en grande partie sa stabilité de l'épaisseur même et du poids des murs. Il fait usage de l'arc en demi-cercle et en segments de cercle, d'où découleront l'économie des matériaux et l'allongement des ouvertures que pratiquèrent, avec tant d'habileté, les architectes du Xlir siècle. Il subdivise les archivoltes et proportionne le nombre des colonnes de support à celui des voussures. La technique saxonne, très soignée sur des principes vicieux, fait place à un appareil plus grossier mis au service de meilleurs principes. Les nefs des églises normandes sont plus basses, plus courtes et plus larges que celles des éghses saxonnes. Une sorte d'encorbellement fait le tour de l'édifice et lui donne l'apparence d'une forteresse. Les fenêtres se réduisent à de simples ouvertures, à sommet cintré, plus ou moins décoré (fîg. 46, 55, etc.). Les pignons reçoivent des rosaces. De fausses arcades, qui se pénètrent désagréablement, garnissent les murailles.

Tout l'effort décoratif se manifeste dans l'ornementation des portails. On y accumule autant de sujets qu'ils en peuvent recevoir (fig. 40 et 41).

Les chapiteaux évoluent, pour ainsi dire sans interruption, depuis une forme comparable à celle du chapiteau dit cubique, jusqu'aux conceptions plus délicates, inspirées des plantes, de

l'architecture ogivale primitive. Les ^i^. 40. — Chapelle

voûtes, d'ailleurs rares, sont de tous de Cormack, a Gashel.

ARCHITECTURE A NG LO-NORM AN DE

FiG. 41. — Portail DU Chapitre de la Cathédrale

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