Saint- Jacques
A LlSIElX.
(C. ./. Watsuii.)
synode de Whltby, en 664, amenèrent un changement dans le caractère de l'enlummure anglo-celtique. Les idées italiennes modifièrent sensiblement les anciennes conceptions des Irlandais. Elles donnèrent naissance à un style, qui fut celui des enlumineurs anglais pendant tout le temps que dura leur supériorité sur ceux de l'Europe.
On peut se rendre compte de cette influence par une infusion lente, mais progressive, du sentiment classique dans le dessin des figures et de leurs draperies. Les parties purement décoratives du travail restent longtemps celtiques, jusqu'au jour où la décoration et les figures constituent, en se combinant, un style d'où le classique est banni, en
harmonie complète avec le mouvement gothique. Cette supériorité, dont nous avons déjà parlé, des enlumineurs anglais sur ceux du Continent, dura de la fin du X" siècle aux premières années du xv^ Elle ne subit qu'une courte éclipse dans la seconde moitié du
XIV" siècle. Ce fut avec l'aide d'un célèbre et savant enlumineur anglais, Alcuin de York, que Charlemagne créa ce qu'on a appelé l'école anglocarolingienne de calligraphie et de décoration de manuscrits. Alcuin surveilla, dans les monastères bénédictins de France, à Tours, a Soissons, à Metz et ailleurs, la confection d'un grand nombre de volumes. Il revisa la Vulgâte, dont une copie, magnifiquement écrite et enluminée, que possède le British Muséum, serait, croit-on, celle qu'il prépara pour Charlemagne. Les personnages de ce manuscrit, écrit Middleton, sont généralement classiques sur des fonds architecturaux de style romain ; le dessin est d'une pré-
FiG. 275. — Saint-Méry.
A Paris.
(Iledlcv Fitlon.)
cislon et d'une exécution remarquables. La perspective est ellemême assez correcte. Les lettres mitiales et tous les ornements conventionnels montrent les formes artistiques qu'Alcuin avait apportées de York. Enfin des entrelacs délicats et compliques, comme ceux auxquels se complaisaient les moines irlandais, garnissent les marges et encadrent les grandes majuscules.
Au IX' siècle, la Northumbria, qui avait donné Alcuin à Charlemagne, fut saccagée par les pirates danois. Sa civilisation détruite fut rallumée par celle du Continent, et le mouvement qu'Alcuin
avait crée y fit retour. Comme l'avait fait Charlemagne, Alfred le Grand s'enthousiasma pour la littérature et pour l'art. Une nouvelle école s'ouvrit à Winchester, dans sa capitale, et dans les grands monastères bénédictins de tout son royaume. L'influence carolingienne y fut, dans le principe, prédominante. Le fameux Benedictional de Chatsw^orth, écrit par Godeman, chapelain d'/Ethelwold, évéque de Winchester, en est un exemple. Dans les trente miniatures qui remplissent chacune toute une page, ce manuscrit, dont la date est voisine de l'année 965, réunit les caractères distinctifs de l'école carolingienne à ceux d'une école plus exclusivement anglaise.
Un centre d'enluminure important de l'école de Winchester fut l'abbaye de Bénédictins de Glastonbury. Il était dirigé par Saint Dunstan, lui-même artiste. La bibliothèque bodléienne possède un dessin, où le Christ est représenté avec un Saint prosterné à ses pieds, et sur lequel un annotateur du X\V siècle a écrit qu'il est 1 œuvre de Saint Dunstan. Une école d'enlumineurs anglo-saxons, de caractère complètement national, fonctionna parallèlement à l'école anglo-carolingienne de Winchester. Au xr siècle, elle avait acquis une grande perfection, surtout dans l'ornementation à base linéaire. Dans le courant du siècle suivant, ces deux écoles, déjà fort habiles, progressèrent encore. L'enluminure des manuscrits fut portée à son apogée, au xwv siècle, avec des œuvres qui, pendant longtemps, n'eurent pas de rivales. Une analyse minutieuse des meil-
FiG. 276. — Miss Sev.mour
Haden.
(Whistler.)
ARTS MINEURS
FiG. 277. — Avril
DAX» LE Comté de Kent.
(F. Short.)
leures enluminures de ce siècle y tait découvrir un mélange de traditions celtiques, anglo-saxonnes et normandes. La prépondérance toutefois appartient à celles-ci, dont l'influence s'exerça d'ailleurs sur tout le royaume angevin. Jusqu'à ces dernières années, des historiens d'art ont prétendu que l'école française d'enluminures, établie à Pans, non seulement fut la première d'Europe à la fin du XI ir siècle et au commencement du XIV% mais encore servit de modèle à toutes les autres. Cette opinion a été contestée par des savants anglais, et le temps n'est pas éloigné où l'on reconnaîtra que l'honneur dont il s'agit revient à l'Angleterre. Sans cette prédominance, en effet, le style d'enluminures usité dans le domaine royal de France, à partir du règne de Saint Louis, ne serait pas explicable.
Pendant tout le XlV siècle et les vingt-cinq ou trente premières années du XV% l'enluminure des manuscrits devint progressivement
plus nationale quant au style ; mais sa perfection eut à subir des fluctuations considérables. Les années de la Black Death (Mort noire) étouffèrent l'art des enlumineurs, et ce n'est que vers la fin du XIV siècle que l'on recommença à produire de bonnes œuvres. Jusqu'au commencement de la Guerre des Deux Roses, cette production ne s'arrêta pas. De nombreux manuscrits de grande valeur sont datés des années comprises entre 1 380 et 1 430. (Voir fig. 262 a 269.)
FiG. 278. — Mollis a ve.m (F. Biirridge }
vu. GRAVURE A L EAU-FORTE.
L Angleterre n'a eu de gravures à 1 eau-forte que très tard. Elle les ignorait encore, plus d'un siècle et demi après les œuvres de Rembrandt. Mais le développement de l'art delà gravure y a été fort rapide. Deux peintres écossais, David Wilkie (fig. 272) et Andrew Geddes (fig. 273), furent les premiers qui se consacrèrent à cet art. Une singulière ironie voulut que leurs essais,
CRAN D I: li l< I: r AC N E E T t Kl. AN DE
FiG. 279. — •' L'Agamemnon (Sir /•'. Si'}- m 0 tir Iladeii.)
aujourd'hui oubliés, ne donnassent pas les résultats que l'on en pouvait espérer, par suite de la création d'un Club de gravure à l'eau-forte, formé de peintres qui n'avaient aucune des qualités des véritables artistes linéaires. Au début de la seconde moitié du dernier siècle, les tentatives de Wilkie et de Geddes furent reprises par deux hommes de grand talent, James Mac Neill Whistler (fîg. 276) et son beau-frère Francis Seymour Haden (fig. 279). Tout d'abord Whistler ne fut pas compris. Ses poses, à la vérité, étaient plus ou moins antibritanniques ; mais son art était anglais, bien que Whistler fût un Américain élevé à Pans. En réalité, cet artiste, en tant que peintre, fut un individualiste, à peu près complètement insensible aux traditions d'école ; mais, comme graveur, on peut hardiment le classer parmi les héritiers directs des aquafortistes qui ont possédé le mieux le sentiment de la ligne. Son beau-frère, dont la pensée était moins ardente, fut plus scientifique. Le talent de graveur de Whistler ne fut mis en relief qu'en 1 87 1 , par la publication d'une série de seize eaux-fortes représentant des scènes sur la Tamise et autres sujets. Depuis cette date jusqu'à sa mort, Whistler a été considéré comme le maitre le plus parfait peut-être, après Rembrandt. Ses deux rivaux contemporains furent Sir Francis Seymour Haden, déjà cité, et Charles Meryon. On pourrait presque dire de celui-ci que son art est purement anglais. Son père était anglais, et son inspiration, quelque peu maladive, procède d'une pensée anglaise éclose à Pans.
L'intérêt qui s'attacha aux eaux-fortes de Whistler et de Seymour Haden provoqua de nouveaux talents, en même temps qu'il établit
ARTS MIXEURS
la renommée de Meryon. Pendant ces vmgt dernières années, le nombre des peintres aquafortistes, ainsi que l'on désigne ceux qui gravent leurs propres œuvres, a considérablement augmente. Beaucoup d'entre eux ont fait preuve de qualités qui leur assurent une place parmi les maîtres de cet art.
L'emploi des eaux-fortes, pour des usages autrefois résers'és a la gravure au burin, a été plus général sur le Continent que dans les Iles, bien que celles-ci constituent le principal débouché des productions qui recourent a ce procède. Cependant, un des meilleurs reproducteurs par la gravure a l'eau-forte a été l'Anglais W, E. H oie. On lui doit quelques planches remarquables d'après Rembrandt et les maîtres du Romantisme français.
F]G. 280. — Gravi-re sur bois Dr •• Fall of princis '.
VlU. GRAVURE EN TAILLE-DOUCE ET GRAVURE SUR BOIS.
La gravure en taille-douce exige une patience et une précision que les Anglais n'ont pas au même degré que certains continentaux. Aussi cet art n'a-t-il jamais ete en grande faveur en Angleterre. La gravure est, en effet, une sorte de critique ; sa perfection dépend d'une disposition d'esprit, comparable a celle qui permettrait a un homme de lettres d'étudier une pièce de Shakespeare mot par mot, syllabe par syllabe, lettre par lettre. L'Anglais aime les résultats, mais ne se préoccupe pas toujours des moyens qui les fournissent.
11 va droit au but, et cela lui a valu d'inventer récemment un procède mixte de reproduction noir et blanc, ou l'eau-forte, la gravure au burin et le mezzo-tinto ont chacun sa part. Les estampes que l'on a obtenues par ce procède ne sont certes pas de nature a satisfaire ceux qui ont le respect inné de l'unite, mais elles n'en méritent pas moins de fixer l'attention.
L'art de la gravure sur bois est presque d invention anglaise. Les artistes italiens ou allemands n'y virent qu'un procédé méca-
FiG. 281. — Gravlre
SUR BOIS : lettre initiale
DES '• Martyrs ",
PAR FOXE.
GRANDll-BRETAGNE ET IRLANDE
nique délicat au service du dessin. Ce ne fut que lorsque Thomas Bewick, né à Newcastle-sur-Tyne, en I 753, eut renversé la méthode habituelle et employé le système de la ligne blanche, que le graveur sur bois devint un artiste, travaillant librement d'après des dessins, des peintures ou la nature elle-même.
Avant Bewick, toutefois, l'Angleterre avait eu des graveurs sur bois qui méritent d'être cités : William Faithorne (1616-1691), qui dut beaucoup à l'exemple de Nanteuil, sous la direction duquel il travailla pendant un certain temps, en 1 649 ; William Faithorne le Jeune (1656-1 701 ?), fils du précédent, à qui il ne manqua qu'une meilleure conduite pour acquérir la célébrité de son père ; l'Ecossais Sir Robert Strange (1721-1792) ; William Woollett (1735-1785), né dans le comté de Kent, de parents hollandais ; William Sharp (1749-1824) ; John Keyse Sherwm (1751-1790), etc. La méthode de Strange avait une pureté et une vigueur qui n'ont pas été dépassées ; Woollett traitait les paysages avec un goût, une souplesse et un raffinement de style extraordinaires. Strange était
passionné pour les maîtres italiens du XVII siècle ; cependant il a laissé quelques gravures d'après Titien, Holbein et Van Dyck. Les meilleures gravures de Woollett ont été faites d'après les tableaux de Richard Wilson. Sharp ne lui fut pas inférieur ; une belle et complète collection de ses œuvres est au British Muséum. Sherwin a laissé aussi quelques bonnes planches, dont la meilleure est le Banquet des Chevaliers de Saint-Patrick au château de Dublin. Mais l'ancien procède de gravure sur bois tenait moins à l'art qu'à l'habileté de celui qui en faisait usage. Le nouveau procédé fut tout le contraire. Le travail artistique d'un Holbein, ou d'un Durer, était terminé quand il avait fait son dessin. Le reste n'était plus que du travail mécanique, consistant à enlever les parties du bois qui devaient correspondre au blanc du papier. Bewick commençait son œuvre avec un bloc de bois complètement noirci, sur lequel il dessinait le sujet avec une ligne blanche, exactement comme
FiG. 282. — Gravure
DE " l'Arioste '
d'Harrington.
ARTS MINEURS
FiG. 283. — Le Duc