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CHAPITRE XIII

LA PEINTURE DANS LES ILES BRITANNIQUES. DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'A LA NAISSANCE DE HOGARTH

LES Iles Britanniques ne possèdent que fort peu de peintures murales anciennes. Leur nombre est cependant plus élevé qu'on ne croit. Partout où les conditions se sont montrées favorables, il existe des restes qui prouvent qu'en Angleterre la peinture n'a jamais été plus négligée que les autres arts. Si l'on enlève la couche de chaux qui recouvre les murs d'une église de village datant du commencement de l'architecture gothique, rien n'est plus commun que de mettre à nu les traces d'une peinture décorative, avec crucifixions, jugements derniers ou figures de saints ou d évéques. Les Iles ne furent pas exposées aux multiples influences qui agirent sur les pays méridionaux du Continent. Ce qui leur venait par cette voie subissait en cours de route de telles modifications qu'une variété moindre et une homogénéité plus grande en ont résulté. Parmi les spécimens les plus intéressants des peintures murales qui nous restent, on peut citer les fresques de Galilée a Durham et celles de la nef de Saint-Albans. Dans le principe, les fresques de Durham s'étendaient au moins sur trois travées et peut-être sur tout le pourtour de la chapelle. On ne possède plus que celles d'une travée où sont, avec deux figures d évéques d une bonne conception, des images de tentures dont le style rappelle celui des enlumineurs du XIII siècle. A Saint-Albans, la fresque représente une Crucifixion. i53

Nous avons vu que l'Angleterre, pour la décoration des manuscrits, a tenu pendant longtemps la première place en Europe. PratKjue depuis les premiers jours des monastères celtiques jusqu'au commencement de la guerre des Deux- Roses, cet art, dont il nous reste de nombreux spécimens, malgré la Réformation et les déprédations des Puritains, suffirait pour nous prouver que la peinture, comme nous le disions tout a l'heure, a suivi, en Angleterre, une carrière normale, pendant tout le Moyen Age. Cependant, ces exemples et ceux des grossières peintures murales ne sont pas les seuls. 11 existe aussi d'autres peintures, d'une très grande valeur pour leur temps, qui sont toutes différentes des œuvres continentales du même genre. Trois d'entre elles sont reproduites dans ce manuel

(fig. 295, 296 et 297). Si l'on tient compte de sa date, de ses dimensions et de sa perfection, le portrait de Richard II, que possède l'abbaye de Westminster (fig. 296), est, dans son genre, le plus important de toute l'Europe. Un charme plus intime, toutefois, paraît se dégager d'un autre portrait du même roi, accompagné de personnages, à Wilton (fig. 297). Ces deux portraits ont de l'affinité avec les autres œuvres anglaises et diffèrent entièrement des œuvres d'autres pays et de la même époque. Le troisième exemple que nous donnons (fig. 295) est un fragment provenant d'une série de peintures qui furent transportées de la chapelle de Saint- Etienne, de Westminster, au British Muséum. Il doit dater du milieu du XVI'' siècle, c'est-à-dire du temps de Giotto, dont il rappelle l'art, tout en se rapprochant beaucoup plus des miniatures anglaises que des productions comparables de France ou d'Italie. Le mouvement des personnages de ce fragment est varié et dramatique, peut-être même plus qu'il ne faudrait. Des qualités communes à ces trois peintures, bien qu'elles aient été faites

Fig. 296. — Richard II,

PAR UN PEINTRE INCONNU

(A Westminster.)

PAR UN PEINTRE INCONNU

(A \Viltv)i House.)

LA PEINTURE DANS LES ILES BRITANNIQUES

probablement à un demi-siècle de distance, sont le brillant et la richesse du coloris, l'intelligence du modelé, la valeur des draperies. Les œuvres étrangères qui s'en rapprochent le plus sont celles de Jean Malouel, qui, d'ailleurs, a pu travailler sous l'influence britannique, comme le firent les enlumineurs flamands et français. La peinture gothique anglaise est caractérisée par une intensité de vie et de couleur que l'art .toscan de la même époque ne possède pas. L'histoire de la peinture anglaise n'offre toutefois de continuité qu'a partir de Holbein, vers le milieu du règne de Henri VIII.

Beaucoup d'œuvres disparurent ^^^°- -^7- - R^^";^^^ ".^L.^;''''^'' pendant la guerre des Deux- Roses, et l'instabilité qui pesait sur les couvents avant leur destruction eut pour résultat de décourager leur activité artistique. Holbein arriva juste a point pour apporter

le stimulant devenu nécessaire. Les compositions anglaises les plus anciennnes, à l'exception des deux portraits de Richard II, datent surtout de Holbein et trahissent son influence. Elles se divisent en deux classes : les miniatures et les portraits de grandeur naturelle ou s'en rapprochant. C est de cette seconde classe que nous nous occuperons tout d'abord.

Si les miniaturistes anglais s'inspirèrent de Holbein, les portraitistes lui empruntèrent aussi. Il y avait eu des portraitistes en Angleterre, avant l'arrivée du maître d'Augsbourg.

Il est même probable que l'art du portrait y a joui de bonne heure

FiG. 298. — Marguerite Beaufort,

PAR UN PEINTRE INCONNU

(A la Galerie nationale des portraits.)

FiG. 299. — Portrait anglais,

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