SCENE DE DEJEINER, PAR HOGARTH
(A la Galerie Sationaie) me nous venons de le dire,
lM(i.:Sj().
LkS no.MKSTIQUES DK ilOGAHTH.
PAK IlOGARTH.
(lialcric Salionale.)
Hogarth ébranla la croyance aux formules, obligea les peintres a penser, et il en résulta qu'avant le milieu du siècle la peinture anglaise changea complètement de caractère. Elle avait été la plus faible et la plus conventionnelle de l'Europe ; elle devint la plus robuste et celle qui promettait le plus pour l'avenir.
Ce n'est que depuis dix ou vingt ans qu'on a commencé à comprendre Hogarth. Il était de mode de le considérer comme une sorte de montreur d'images. On discutait sur ses tableaux, comme si tout leur mérite était fait des sujets qu'ils représentent. On a fini par s'apercevoir que Hogarth unissait en lui les qualités d'un technicien consommé, d'un artiste véritable, à celles d'un conteur qui n'avait pas eu son pareil. Dans ses Scènes de mœurs, le dessin et l'intensité de vie vont de pair et dépendent si bien l'un de l'autre qu'il nous serait difficile de dire si nous les admirons à cause des qualités de leur peinture ou de leur force dramatique. Les collections publiques d'Angleterre possèdent en grand nombre des œuvres de Hogarth. La Galerie Nationale en compte seize, entre autres :
Mariage à la Mode (fig. 318 et 3 1 9) ; la Vendeuse de crevettes ; le portrait de la sœur du peintre ; son portrait, où il est accompagné d'un chien ; celui de l'acteur Quin ; la Porte de Calais ; et le groupe merveilleux des têtes de ses domestiques (fig, 320), La Galerie Nationale des portraits a une ravissante petite toile qui le représente devant son chevalet. Au Soane Muséum se trouvent le T^al^es progress et les Elections ; a l'Hôpital des Enfants Trouvés, le portrait en pied du Capitaine Coram, la
Fig. 321. — Docteur Johnson.
PAR Reynolds.
(Galerie Xationale.)
LA MA^HCHAJXDK D£: CFtEVETTKS
PA R H OGARTH
N-aivortaJ. OaZle^ry . Lon-cires
PF./\Ti'RF.
pf.r/odf: moyf.wf.
FiG. 322. — Dlchesse de Devonshii'k
ET SON enfant. p.\r Reynolds.
((Jlie- le Duc de Dou, nsliire.)
Marche Je la Garde à Finchley, et Moïse sauvé des eaux ; a l'hôpital de Saint- Bartholomew, le Bon Samaritain et la T^iscine de Bcthesda, qui ne sont pas les plus remarquables de ses toiles. On trouve encore de bons spécimens des œuvres de Hogarth a la Galerie nationale d'Irlande, à l'Académie royale, au British Muséum, au Fitzwilliam Muséum de Cambridge, et dans d'autres collections royales. Des collections particulières qui en possèdent, la plus riche est celle de Lord Ilchester, où figurent la Scène tirée de l'Empereur des Indes et la Conquête du Mexique, qui est peut-être le meilleur de tous les tableaux de Hogarth sous le rapport de l'exécution. Chez cet artiste, l'écrivain fit du tort au peintre. La renommée de son talent eut à souffrir de ses diatribes contre les étrangers, contre les vieux maîtres et, d'une manière plus générale, contre les goûts et les aversions traditionnels du peuple anglais. Elles furent peut-être nécessaires, eu égard à l'état de l'opinion ; mais elles l'isolèrent, et ceux-là mêmes qui profitèrent de ses idées n'eurent pas le courage d'en convenir. Hogarth a libéré l'art britannique ; mais plus d'un siècle s'est ^ . écoulé avant qu'on le reconnût. Son exemple eut une influence certaine sur Reynolds, qui fut, pourrait-on dire, le second fondateur de 1 école anglaise de peinture ; cependant, c'est a peine si l'on trouve une allusion a Hogarth dans les écrits de Reynolds.
Sir Joshua Reynolds était plus jeune que Hogarth de près d'une génération. Il naquit dans le comté de Devon,
FiG. 323. — liAKRICK ENTRE l.A TRAGÉDIE
• ET LA Comédie, par Reynolds.
fC/ieç Lord Rothschild.)
GRANDE-HRETACNF. I T IRLANDE
Fk;. 324. — Dieux gi:ntlemen.
l'AH Rkvnoi.ds.
(dalcric Xalioiialc.)
Cil 1 72i. A l'âge de dix-liuit ans, alors qu il possédait déjà une certaine habileté acquise dans sa famille, Reynolds fréquenta l'atelier de Thomas Hudson. Deux ans plus tard, une brouille avec son maitre le ramena a Plymouth Dock, aujourd'hui Devonport, dans le comte de Devon, ou il s'établit comme portraitiste. En 1 746, Reynolds vint a Londres.
Trois ans plus tard, il entreprit, avec le Commodore Keppel, un voyage en Méditerranée, qui se termina par un séjour en Italie, surtout à Rome. En 1752, Reynolds retourna a Londres, où il mourut en 1 792. Il était, depuis 1 768, président de l'Académie royale.
Les qualités maîtresses de Hogarth étaient fondées sur son indépendance, son manque de respect pour tout ce qui l'offusquait et sa résolution de bâtir sur son fond personnel ; celles de Reynolds furent toutes différentes. Sir Joshua employa une grande partie de son activité intellectuelle à trouver de bonnes raisons pour ne porter aucune atteinte aux réputations établies, fussent-elles injustifiées.
Cependant ce fut l'un des peintres anglais les moins routiniers ; son esprit toujours en éveil ne pouvait pas admettre les formes immuables et ne tolérait pas davantage le laisser-aller. Le talent de Reynolds est surtout caractérisé par la variété de ses productions.
Ce peintre eut des contemporains qui, à d'autres égards, lui furent supérieurs ; aucun ne l'égala dans la recherche incessante de la nouveauté. Tout ce
'.^2b. — L'âge de l'innocence.
PAR Reynolds.
a a le rie Nationale.
PEINTURE. — PERIODE MOYEXNE
FiG. 32Ô. — Nellv OBrien,
PAR Reynolds.
(Collection Wallace.)
qu il a peint, même lorsqu il ne s'est agi que de tètes, représente un effort de sa pensée. La préoccupation de la couleur, l'emotion que procure la beauté, le sentiment de la ligne, que n'eurent point toujours les peintres anglais, sont des qualités que l'on trouve chez Reynolds. Ses premières œuvres, c'est-a-dire celles qu il produisit avant d'habiter Londres, trahissent l'influence de Hogarth, de Gandy d'Exeter et de Rembrandt. Quelques caricatures qu'il fit à Rome sont hogarthiennes dans leur excellente technique.
Quatre de ces pièces existent dans la Collection nationale irlandaise. La plus curieuse est une parodie de \ Ecole d Athènes de Raphaèl, où les philosophes grecs sont remplacés par des Anglais vivant a Rome. Mais de bonne heure il eut un style si personnel que nous pouvons le reconnaître a première vue.
Durant les trente dernières années de sa vie, Reynolds se rapprocha de Michel-Ange et de l'école Bolonaise. Ses regards n'en continuèrent pas moins d'être tournés vers l'école vénitienne,
dont le charme l'attirait. Il est même probable que beaucoup de ses peintures, à Somerset House, possédèrent, dans leur première fraîcheur, autant d'éclat lumineux que les œuvres de Titien. Sir Joshua Reynolds n'est pas bien représenté dans les collections publiques anglaises. C'est surtout chez des particuliers que se trouvent les tableaux qui nous donnent la plus haute idée de son talent.
Il nous suffit de citer, parmi ceuxci : Lady Grosbie, dans la collec- Fi... 327. -Gibbon. PAR Reynoids. ^ion de Sir Edward Tennant; la
(D'jpr^s une Gravure.) DuckcSSe QC DeVOnshiTC et SQ fille
GRANDE-BRLTACNr. ET IRLANDE
VïG. 328. — Miss Monckton.
PAR Reynolds.
(D'après une Gravure.)
(fig. 322), chez le Duc de Devonsliire ; Carrick entre la Iragédie et la Comédie (fig. 333) chez Lord Rothschild ; plusieurs tableaux à Althorp ; Charles James hox chez Lord Leicester ; Master Creœe, a Crewe Hall, et le grand tableau de famille, conservé a Blenheim, du Duc de Marlborough avec sa femme et ses enfants. A la Galerie nationale, Reynolds est représenté par son Lord Heathfeld, sa Lad\) Coc/^burn et ses enfants, ses Têtes d'anges, son Age de l'innocence (fig. 325) et ses Trois Grâces ; à la collection Wallace sont Nelly O'Brien (fig. 326) et Mistress Carnac. Les tableaux de ces deux derniers groupes constituent néanmoins une exposition des œuvres de Reynolds
supérieure à celle que les musées britanniques peuvent montrer des
œuvres de Gainsborough.
Gainsborough, né dans le Suffolk,
en 1 727, avait quatre ans de moins
que Reynolds. A l'exception des
cinq années, de 1741 à 1746, qu'il
passa à Londres, dans les ateliers
du dessinateur et graveur français
Gravelot et de Francis Hayman,
la carrière active de ce peintre se
divise en trois périodes de quatorze
ans chacune. De 1 746 a 1 760, il
est à Ipswich ; de 1 760 à 1 774, à
Bath;de 1774 a 1888 (date de sa
mort), à Londres. Gainsborough ne
quitta jamais les lies ; tous ses voyages
se bornèrent à une ou deux excursions dans le pays de Galles et
le Nord de l'Angleterre. Le développement de son talent fut nor-
F1G.32Q. — Mistress Stone Norton.
PAR Gainsborough.
(Che^, M. A. de Rothschild.)
PEINTURE
PERIODE MOYENNE
FiG. 33o. — HON. MiSTRESS GrAHAM. par GAINSBOROrOII.
(Galerie Xathniale, à Hdiinbotirir.}
mal. Il peignit d'abord avec un soin extrême, dans un style mspiré de celui des tableaux hollandais, à cette époque fort nombreux dans l'ELst de l'Angleterre. Ses premiers paysages rappellent ceux de Wynants, et ses premiers tableaux avec personnages ceux de Metsu et de Terborch. A Bath, sous l'influence de Van Dyck, son dessin devint plus large et plus vigoureux, son coloris plus chaud, ses procédés plus libres et plus personnels. A Londres enfin, toutes ces qualités s'affirmèrent encore ; mais il n'y a pas, entre les deux dernières manières de Gainsborough, une différence aussi tranchée qu'on le prétend ; c'est surtout entre les manières d'Ipswich et de Bath que cette différence existe. Il n'est pas possible de se faire une idée complète du talent de Gainsborough par celles de ses œuvres qui sont dans les musées anglais. A Londres, la Galerie nationale possède, de ce peintre, un portrait de premier ordre, celui de Mistress Siddons (fig. 332) et un beau paysage, X Abreuvoir
(fig. 333). La collection Wallace a Mary Robinson (fig. 334) et Miss Haverfield (fig. 335).
Le portrait célèbre de Mistress Graham est à la Galerie nationale d'Ecosse. Mais aucune de ces œuvres n'est à l'abri de légères critiques. Le rideau rouge du portrait de Mistress Siddons pourrait être meilleur ; Mary Robinson a des incorrections de dessin ; Y Abreuvoir est trop sombre. De nos jours, le prix d'un bon tableau de Gainsborough est SI énorme, que le^ mu-
Fir,. 33i. — Gatnsb()r(M(;ii. . l • ' i. J ^
sees anglais n auront sans doute
PAR I.n-.MK.MF. . ■ , ^ -1 •!• - T
(Académie lioyaie.) jamais la possibilité d en acquérir
FiG. 332. — MiSTRESs SinnoNs.
PAR (jAINSBOROrGH.
(Galerie Nationale.)
d'autres. Il en resuite que celui fjui voudra connaître cet artiste, pendant la phase la plus heureuse de sa carrière, devra chercher :
la Promenade du Matin (fig. 336) et le portrait de Mistrcss Shcridan, chez Lord Rothschild ; M/.s.s Linley et son frère, à Knole ; le Mail, a Gnttleton, dans la collection de Sir Audley Neeld ; trois portraits de femme a Seamore Place, chez M. Alfred Rothschild ; le fî/ue Bo.v (fig. 337), a Grosvenor House ; la Lady Mulgrave (fig. 338), dans l'ancienne collection Groult, et, autant que possible, des dessins admirables qui assurent a Gainsborough une place parmi les grands maîtres du crayon. Comme Reynolds, Gainsborough est remarquable par la souplesse de son talent. On rapporte que ce peintre, mis en présence d'une exposition des œuvres de son rival, s'écria : « Quelle variété de talent ! » L'exclamation peut lui être appliquée, car il excella à la fois dans les portraits, les paysages, les figures d'animaux et le dessin. Gainsborough l'emporte même sur Reynolds par une technique meilleure. Les grattages, les empâtements, le chaos que l'on observe de près sur la toile, se fondent à distance en un ton harmonieux. Gainsborough n a été égalé, sous ce rapport, que par Franz Hais, Rubens, Velasquez, Manet et Sargent.
Le troisième peintre qui édifia l'école anglaise sur les fondements posés par Hogarth fut George Romney. Né à Dalton,
Fig. 333.
Abreuvoir, par GAiNSBORorGii.
(Galerie Xatiunale.)
PEINTURE. -PERIODE MOYENNE
dans le comté de Lancastre, à la fin de 1 734, cet artiste avait onze ans de moins que Reynolds et sept ans de moins que Gainsborough. 11 se forma presque seul, aux leçons d'un artiste errant, de médiocre valeur, appelé Steels, qui parcourait, à cette époque, les comtés du Nord.
Romney, dès les premières années de sa carrière, fut un technicien consommé et un dessinateur habile. En 1 756, il se maria et s'établit à Kendal comme peintre portraitiste. Six ans plus tard, il vint à Londres, mais en laissant sa famille à Kendal. En 1773, il fit un
voyage en Italie, et ce n'est ^-^^ 33, ^,,^^^33 Robinson. qu a son retour, deux ans après, par Gainsborough.
qu'il se fixa, toujours seul, à Ca- (Collection Wallace.)
vendish Square, où il partagea, avec Reynolds et Gainsborourgh, la
faveur du beau monde. En 1 795, Romney se rendit à Hampstead ; il y construisit un atelier, qui fait actuellement partie du Local Conservative Club. Enfin, quatre ans plus tard, Romney revint à Kendal, où il mourut, en 1 802, entouré de sa femme et de son fils, qu il n'avait revus qu'à de longs intervalles pendant quarante ans.
La popularité de Romney a subi plus de fluctuations que celle des autres peintres anglais de valeur. Il n'y a pas un demisiècle, on ne prêtait aucune attention à ses tableaux. Ils n atteignaient, en vente publique,
FiG. 335. — Miss HAVERriELn.
PAR Gainsborolgu.
(Collection WalLicc.)
GRANDL-B R ET A C N / . /. T I R I. A N D E
FiG. 336. — La promenade