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DE DURHAM

les types, depuis le plein-cmlre jusqu'à la voûte d'arêtes (fig. 46 et 56). Quelques églises ont des plafonds en bois. Pendant la première moitié du Xir siècle, les formes se perfectionnent, les murs s'amincissent, les joints, d'abord très larges, deviennent plus ser.és, les colonnes perdent de leur épaisseur, les contreforts prennent plus de saillie, la sculpture est plus fouillée. Les Normands ne cessent point d'être de mauvais ouvriers ; leurs murs, d'une solidité relative, sont toujours faits d'un blocage parementé ; mais les dernières formes saxonnes, comparables à des boîtes, disparaissent. L'esprit dominant n'est plus la décoration d un tout, conçu simplement comme une clôture. La structure, l'articulation, le développement de l'édifice préoccupent bien davantage les constructeurs. Une relation plus étroite s'établit entre chaque partie et celle qui l'avoisine.

La cathédrale est comme un arbre où tout se subdivise harmonieusement, depuis le tronc et les racines jusqu'à la dernière feuille du plus petit rameau. Cette unité de structure est encore mieux observée en Normandie qu'en Angleterre. Le mélange des Celtes et des Scandinaves lui fut plus favorable que celui des Normands avec les Anglo-Saxons. En définitive, on peut dire du style anglo-normand qu'il s'est acheminé, dès son apparition, vers le

^ , style ogival.

L'architecture normande dut beaucoup à la prodigieuse activité qui suivit l'an mille. Elle prenait à peine son essor quand les Normands subjuguèrent les Saxons.

En Angleterre, le premier exemple sans mélange de cette architecture nous est fourni par quelques parties de la cathédrale de Canterbury. Un exemple anté-

FiG. 42. — Abbaye de Fountains

(tour ET TRANSEPT SUD).

FiG. 43. — Petite église DE Saxham.

rieur, datant d'Edouard le Confesseur, i a bien existé sur l'emplacement devenu si célèbre de Westminster ; mais il a disparu en ne laissant que peu de traces. Autant que nous puissions en juger par les parties que nous en possédons, l'église bâtie par Edouard le confesseur couvrait, ou à peu près, tout le terrain de l'abbaye actuelle. Ses restes sont d'une certaine délicatesse.

On y saisit parfaitement l'influence de la vieille tradition saxonne sur la rudesse du nouveau style.

La cathédrale de Canterbury(fig.45) fut Toeuvre de l'abbé Lanfranc, du monastère de Saint- Etienne, à Caen. Appelé en 1 070, par Guillaume le Conquérant, au siège épiscopal de Canterbury, Lanfranc fit, dès la même année, rebâtir l'église de cette ville sur les plans de l'église, alors â peine commencée, de l'abbaye qu'il venait de quitter. La cathédrale de Canterbury fut même terminée la première. Elle était de forme absidale et comportait des bas côtés avec chapelles, des tribunes, peut-être voûtées, dans lesquelles s'ouvraient aussi des chapelles, une tour centrale et deux tours â l'Ouest.

L'une des caractéristiques de la cathédrale normande primitive est le nombre de ses absides, toujours placées du côté de l'Est. On en comptait trois à Norwich (fig. 52 et 53) et à Bury Saint-Edmunds, sept à Saint- Albans (fig. 50).

Le plus ancien spécimen d'un édifice de style anglo-normand est la chapelle de Saint- John, à la Tour de Londres (fig. 46 et 47). Les arcs de l'abside sont guindés et maladroits, mais le nombre des piliers, la décoration de leurs chapiteaux, la combinaison du plein cintre de la nef avec les voûtes d'arêtes des bas côtés témoignent déjà d'un progrès considérable sur l'art normand. Un second édifice plus important est l'antique

Fig. 44. — Chapelle Saint-Joseph, DE l'abbaye de Glastonbury.

ARCHITECTURE ANGLO-NORMANDE

abbaye, aujourd'hui cathédrale, de Saint-Albans (fig. 49 et 50). Commencée par un autre religieux de Caen, le moine Paul, parent de Lanfranc, cette construction était de même style que l'édifice de Canterbury, mais de dimensions bien plus vastes.

Elle mesurait, à ce qu'il semble, environ 150 mètres de long sur 68 de large au transept et 50 sur le front Ouest.

Fig 45. — Crypte de la Cathédrale DE Canterbury.

Fig. 46. — Chapelle Saint- John, A LA Tour de Londres.

ainsi que tout le reste. A l'intérieur de l'édifice, l'effet décoratif ne tenait, par suite, qu'à la polychromie et à la disposition adoptée pour les piliers et les arcs. York a possédé aussi une cathédrale normande commencée entre 1 070 et 1 080 ; le plan ne nous en est plus connu que par de vagues indications. La cathédrale de Win-

Tous ses matériaux, où la brique romaine comptait pour beaucoup, provenaient des ruines de Verulamium, situées dans le voisinage. Une couche de plâtre les recouvrait. Le moine Paul, qui ne vit pas l'achèvement complet de son église, avait eu le temps de faire décorer de peintures la demi-coupole qui couvre l'abside, derrière le grand autel. La toiture de Saint-Albans comportait des plafonds en bois. Les

successeurs du

moine

Paul les

firent

peindre

Fig. 47. — Chapelle Saint-John, A LA Tour DE Londres. (Plan.)

chester date de 1080. Elle était entièrement construite en pierre et mesurait 1 72 mètres de long sur 73 de large au transept. De nos jours, ce transept et la partie orientale de la crypte sont seuls apparents ; mais d'autres restes sont cachés par des maçonne-

ries plus récentes (fig.

48). Winchester différait de Saint-Albans, non seulement par ses proportions, mais aussi par une harmonie plus grande de ses

parties. Les

Fig. 48. — Transformation de la nef de winchester.

Fig. 49. — Tour DE LA Cathédrale DE Saint- Albans.

Fig. 5o. — Saint-Albans EN loge. (Plan.)

lignes maîtresses de ces deux cathédrales se retrouvent dans le plan de l'église d'Ely, commencée, vers la même époque, par l'abbé Syméon, alors presque centenaire (fig. 51). Toutefois, ce plan avait une originalité propre, due à la présence, vers l'Ouest, d'un beau transept, dont s'inspirèrent aussitôt les architectes de Bury Saint-Edmunds.

A peine travaillait-on à l'église d'Ely que l'évéque Maurice entreprit la reconstruction de Saint-Paul. Les dimensions qu'il lui donna, en 1083, en ont fait, jusqu'à l'incendie de 1 666, l'un des ccractères distinctifs de la cathédrale de Londres. L'architecture de Saint- Paul ressemblait à celle de Winches-

ARCHITECTURE ANGLO-NORMANDE

FiG, 5i. — Nef de la Cathédrale dEly.

ter ; mais elle était plus élégante.

La cathédrale de Rochester est aussi de la fin du Xl' siècle.

Elle fut l'œuvre de Tévêque Gundulph, qui construisit également le château de Rochester, la Tour Blanche de la Tour de Londres et d'autres édifices.

En 1096, l'évéque Herbert deLosinga, qui venait d'acheter le siège épiscopal de Norwich à Guillaume II au prix de 1900 livres, fit aussi bàtir. La splendide cathédrale qu'on lui doit se compose d'une nef de quatorze travées, d'un transept de 62 mètres et d'un sanctuaire (fig. 52 et 53).

On peut encore citer, parmi tant d'autres édifices d'une période {w siècle et début du XII' ) où l'activité des constructeurs ne connut aucun repos, les cathédrales de Worcester, de Chichester (fig. 54), de Gloucester et de Durham ; les abbayes et les églises de Tew^kesbury (fig. 55), de Waltham, de Christ Church (Hants) et de Bury Saint-Edmunds. C'est à Durham que l'architecture anglonormande atteignit son apogée (fig. 56, 57 et 41). Le plan de cette cathédrale a une originalité que l'on ne rencontre pas toujours dans le style. Sa nef n'est point, comme à Saint-Albans, et aussi, peut-on dire, à Norwich, la répétition monotone d'un même motif. On l'a divisée en sections symétriques, chacune de deux travées, dont l'aspect est des plus heureux. Si cette comparaison était permise, on pourrait dire de la cathédrale de Durham qu'elle constitue un livre dont tous les chapitres sont bien ordonnés, de celle Fig. 52. — Nef de la ^^ Saint- Albans qu'elle est un récit non

Cathédrale de Norwich. COUpé et dlffus. Durham est entière-

ment voûtée. Ses tribunes, qui sont Fort vastes, lui permettent d'abriter sous son toit les arcs-boutants de la nef, La cathédrale y perd extérieurement ; mais il faut observer, avec Sir G. G. Scott, que les bas côtés de la construction primitive avaient des toits à pignons d'un arrangement meilleur.

En résumé, la fin du Xl' siècle et le commencement du Xir ont été, en Angleterre, l'époque du plein épanouissement de l'architecture religieuse. A peine en possession de la part de butin

FiG. 53. — Chœur de la Cathédrale de Norwich.

qui lui revenait, le clergé normand s'est mis à bâtir. Il l'a fait avec une telle hâte qu'une génération lui a suffi pour couvrir tout le pays de cathédrales et d'églises. En France, il y eut un effort analogue ; mais il fut plus tardif. Des guerres incessantes le reculèrent jusqu'à Philippe - Auguste.

Le clergé normand avait anticipé sur

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FiG. 55. — Abbaye de Tewkesbury.

FiG. 54. — Nek de la Cathédrale de Chichester

les belles productions de l'architecture ogivale. Quand le clergé français l'imita dans son zèle, cette architecture avait déjà pris son essor et produit des chefs-d'œuvre où il trouva des modèles précieux.

Pour la période normande primitive, les restes d'architecture civile nous font complètement défaut. Ce n'est que par le raisonne-

ARCHITECTURE ANGLO-NORMANDE

ment et les enluminures de manuscrits que l'on peut se former une opinion à cet égard. La villa romaine a été le prototype de la maison anglaise, pendant la période saxonne et celle qui suivit. En Italie, hors de Rome, elle se composait, en substance, d un atrium à ciel ouvert, entouré de chambres.

En Angleterre, à cause du climat, cet atrium fut couvert et devint le hall.

Mais il resta, pendant longtemps, l'unique grande pièce de la demeure. La cuisine, quand il en existait, se trouvait à part. En général, la cuisson des ali-

FiG. 56. — Nef de la Cathédrale de Durham.

FiG 57. — Cathédrale de Durha.v.

le hall, élégamment construit, était devenu fort vaste. Déjà toute l'habitation aspirait à ce confortable qui est le propre des civilisations mûres. En Angleterre surtout, ce confortable est devenu de bonne heure un caractère des constructions privées, au point de susciter, au XIX' siècle, des imitations qui se sont produites et se renouvellent sous nos yeux dans les cinq parties du monde.

ments se faisait en plein air.

Dans le principe, une seule chambre était jointe au hall.

C'était la pièce privée, où couchaient le maître de la maison et sa famille ; elle répondait au solarium de la villa romaine. Graduellement, d'autres chambres, ou hovels, le plus souvent sans fenêtres, s'v ajoutèrent. Avant la tin de la période normande.

FiG. 58.

Église de Leuchar.

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FiG. 59. — Cathédrale de Lincoln. (Façade sudj

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