PAR BONINGTON
(Au Musée Mctoria a,id Albert.
ui donnant toute la puissance dont elle est susceptible. Ce fut un artiste consomme, qui travaillait largement, sans perdre de vue les détails caractéristiques. Son influence sur Turner a été considérable : Si Girtin avait vécu, disait Turner, je serais mort de faim, ' Et cette boutade était en partie fondée, car aussi longtemps que Girtin et Turner travaillèrent parallèlement, ce fut le premier de ces deux artistes qui l'emporta sur l'autre. Mais Girtin, dont la fin fut hâtée par l'mconduite, disparut à vingt neuf ans. Comme pour Cozens, un assez grand nombre de ses dessins sont au British Muséum et au musée de
South Kensington. Quelquesuns ont pour sujet des scènes de Paris, de Durham, du Pays de Galles ou d'Ecosse (fig. 485). Une Rue Saint- Denis, d'une conception magnifique, a été exposée, en 1908, chez Christie.
A côte de Cozens et de Girtin, une pléiade d'artistes firent des aquarelles avec plus
t-iG. 480. — Macbeth et les .Mecrtriers,
PAR C. Catter.mole.
(Au Musée X'ictoria and Albert.)
G" R A N I) I: n R /: TAGN E E T IRLAN /) E
KiG. 4QO. — Été calme, par F. O. Finch
(Au Miif,L'C Victoria and Albert.)
OU moins d'intelligence et d habileté. Il suffit de nommer Henry Edrldge (1769- 1844), qui se distingua dans plusieurs genres ; A. W. Devis (1763- 1822); John Webber (1752-1792) et William Alexander (1767-1816), qui travaillèrent dans des parties du monde alors peu connues ; Thomas Hearne (1744- 1817) (fig. 486 et 487) ; John Cleveley (1745-1786) et Robert Cleveley (mort en 1809); Nicholas Pocock (1741-1821) ; Michael Angelo Rooker (1743- 1 80 1 ), associe de l'Académie royale ; William Marlow ( 1 740- 1 8 1 3) ; William Pars (1742-1782); William Payne, qui exposa de 1786 à 1 8 1 3 ; Edward Dayes ( 1 763- 1 804), dont l'influence sur Turner ne fut pas moindre que celle de Girtin ; les trois Malton, dont nous avons déjà parlé dans le chapitre consacré à la peinture moderne (fig. 487), etc. Mais aucun de ces artistes n'existait lorsque Turner appliqua, dans la mesure où il le pouvait, un travail imaginatif à l'aquarelle et ouvrit la route où il progressa si victorieusement. Turner aurait pu avoir une crainte résultant de l'emploi d'un matériel trop vite périssable. Mais, il y a cent ans, cette crainte n'existait pas. Rien ne présageait alors la ruine où sont tombées tant d'œuvres de cette époque, et rien ne venait encore gâter le plaisir de les peindre» Dès que les années de tâtonnement de Turner furent passées, cet artiste élargit le domaine de l'aquarelle. Il perfectionna ses moyens et ne s'arrêta que le jour où il fut capable de produire des œuvres comme Edimbourg ou la Bataille Je Fort Roc/^, à la Galerie nationale, ou encore cet admirable 'Palais du Doge, qui est à la Galerie nationale d'Irlande.
L'étude de Turner, en
Fig. 4QI. — Vallée d'Irthing.
PAR COPLEY FlELDING.
(Ail Musée Victoria and Albert.)
LA. COUSEUSE ( IVri S S VEFtJSTOIv)
PA R R O M N Ey
D'après luve. Gravure en Couleurs par T. Ch^esman..
AQUARELLES. PASTELS ET DESSLyS
tant qu aquarelliste, peut se faire dans trois musées publics : d'abord a la Galerie nationale, qui contient de nombreux dessins achevés, d un accès facile, quoi qu'on en ait dit ; ensuite aux Galeries d'Ecosse et d'Irlande, où se trouvent deux petites collections léguées par Henry Vaughan. Celles-ci ont même
FiG. 492. — Oxford, par de Wint.
tAti Musée \'ict(>ria and Albert.)
cet avantage, qu'elles conserveront, d'une fraîcheur parfaite. Le donateur, en effet, a exprimé le desir que les dessins ne soient exposés à la lumière du jour que sous certaines conditions, de nature a les prémunir contre toute dégradation possible.
Au commencement du XIX' siècle, quelques peintres aquarellistes dirigeants se sentirent assez forts pour fonder une Académie ou Société d'exposition. Ceux qui, les premiers, en firent partie, furent George Barret le jeune (mort en 1842), W. Havell (1782-1857), Joshua Christall (1767-1847), J. Varley (1781-1873), et onze autres, dont les noms sont moins connus. François-Louis-Thomas Francia (1772-1839), né à Calais, mais établi a Londres, y entra de bonne heure et s'emploj^a beaucoup pour assurer l'avenir de l'institution. Son action sur le développement du talent de Richard Parkes Bonington (1801-1828) a été considérable. L'exemple de cet
artiste bien doue est peut-être le plus remarquable que l'on puisse citer du triomphe de la race sur le milieu. L'éducation de Bonington fut complètement française, ce qui ne l'empêcha pas d'être entièrement anglais dans son art (fig. 488).
Au XIX siècle, l'histoire de l'aquarelle anglaise n'est plus qu'un catalogue coupé de notes sur l'habileté et l'idéal des différents artistes. La période la plus florissante est celle qui est comprise entre la Vieille Société " et le commencement du doute que l'on eut, il y a vingt-cinq ans, sur
Fig. 4q3. — Lincoln, par de "Win 1 iAu Musée Victoria and Albert )
FiG. 494. — Venise,
PAR J. HOLLANO
(Au Musée \"icloria and Albert.)
la durée des aquarelles. Dix ou quinze hommes, qui tous professèrent le dessin, ont surtout jete sur cette période le plus vif éclat. Ce furent : George Barret le jeune, déjà cité, Samuel Prout (1783- 1852), William Henry Hunt (1790- 1864), Peter de Wmt (fig. 489), (1784- 1849), Anthony Vandyke Copley Fielding ( 1 787- 1855), David Cox ( 1 783- 1859), George Cattermole (1800-1868) William James Muller (1812-1845), Francis Oliver Finch (1802-1862) et James Holland (1800-1870). Ils durent a leur métier de professeur des qualités de richesse, de facilité et de vigueur qui sont la caractéristique de leur groupe.
La nécessité de produire le meilleur effet dans le temps le plus court fut une excellente discipline. Elle ne permettait pas de couvrir deux fois le fond. Les tons devaient être posés du premier coup, avec le degré de force qui convenait. Le modelé était obtenu moins en ajoutant qu'en effaçant. Ainsi les aquarelles gagnèrent en luminosité.
George Barret était le fils de l'élève irlandais de Wilson, dont il a été question dans un chapitre précédent. Il se distingua principalement par son habileté à représenter l'atmosphère. Ses œuvres, sous ce rapport, nous rappellent celles d'Albert Cuyp; elles s'en éloignent par leur dessin, laborieusement équilibré dans un goût classique qui les rapproche de l'art de Claude. George Barret peignit aussi des tableaux. Un bon spécimen de son talent est au Musée de South Kensington. Francis Oliver Fmch (fig. 490), comme Barret, excella dans un style voisin de celui de Claude. Samuel Prout se rendit célèbre par ses aquarelles de ruines médiévales.
Copley Fielding fut un bon
Fig. 4q5. — Château de Windsor.
PAR David Cox.
{Au Musée Victoria and Albert.)
FiG. 4QÔ. — Champ de blé. par David Cox. (Au Musée Mctoria aiid Albert.)
AQUARELLES. PASTELS ET DESSINS
technicien (fig. 491). Peter de Wint, d'une adresse consommée, ne fit pomt mentir son origme hollandaise (fig. 492-493). Muller et James Holland eurent de l'éclat décoratif (fig. 494), David Cox, le meilleur de tout le groupe, se distingua par l'expression de son style et sa façon de mettre en relief les beautés de la nature (fig. 495 et 496). William Henry Hunt fut le plus imitatif. Quelques personnes hésitent à le considérer comme un artiste, et, à la vérité, il a si peu le sentiment de la composition qu'on serait fondé a lui dénier cette qualité, s'il était moins bon coloriste.
Beaucoup d'aquarellistes, les uns célèbres, les autres d'une certaine renommée, resteraient à citer. Nous les connaissons déjà comme peintres. De ce nombre sont Madox Brown, Millais, Rossetti (fig. 497-498) et Bume-Jones. Mais un groupe que l'on ne peut pas passer sous silence est celui qui eut pour chef Frederick Walker ( 1 840- 1 875). Son art est agressivement anglais et fondé, pour ce qui regarde l'inspiration, sur ce que les Allemands appelleraient de la sentimentalité. Il se justifie, dans une certaine mesure, par la qualité souvent exquise de l'exécution. Après Walker lui-même, le membre
le plus distingué de ce groupe fut George Pinwell (1842-1875).
Comme pour Walker, on sent qu'il existe une force vigoureuse sous la forme anecdotique, un peu puérile, a laquelle il consacra la plus grande partie de sa vie. Elle aurait pu le conduire loin, si le sort s'était montré, à son égard, plus favorable. Walker et Pinwell eurent des imitateurs durant leur vie. Il est d'ailleurs probable qu'ils en auront toujours, car leur art en appelle à une passion permanente de la race
Fig. 497- — Borgia s'amuse.
par Rossetti.
(Au Musée Victoria and Albert )
CRANDE-HRETACNE ET IRLANDE
FiG. 498. — Ll'NK DE MIKI.
DU Roi RkNK. par ROSSKI II.
anglo-saxonne. La génération quia suivi est remarquable dans son ensemble.
Certains peintres de talent, comme Thomas Collier, M. Thornewaite (fig. 500), Sir Ernest Waterlow (fig. 499) et E. M. Wimperis (fig. 501), se sont contentés de la simplicité des vieux procédés et ont continue les traditions de David Cox et de Peter de Wint.
Mais d'autres paraissent avoir senti que de nouvelles méthodes sont nécessaires pour que le public continue à s'intéresser à l'aquarelle. Il en est résulté de nombreux développements techniques, se rapportant pour la plupart a la gouache. Ces changements sont dus en grande
partie à une association plus jeune que la Vieille Société " : l'Institut des Peintres Aquarellistes. D'autre part, durant ces dernières années surtout, on a cherché à donner une plus grande extension à l'aquarelle, a la faire rivaliser avec la peinture. Cette tentative fâcheuse ne tient pas, d'ailleurs, à des considérations purement artistiques. Les aquarellistes n'ont voulu que satisfaire au goût de nou-
FiG. 4gy. — Chateal' de Warkwori h.
PAR Sir Ernest Wateri.ow.
Fig. 5oo. — Labour dans le Comté de Sussex. par Thornewaii e.
(An Musée Mctoria ajid Albert.)
AQUARELLES, PASTELS ET DESSINS
I''lG. 5oi.
Champ de foin a Amberi.ev,
PAR VViMPERIS.
(Au Musée Victoria and Albert. I
veauté qui caractérise notre génération blasée. L'exemple du Continent a aussi contribué à faire sortir l'aquarelle anglaise de sa voie. Dans les œuvres de nos modernes aquarellistes, l'art sinf^ere tient moins de place que l'ingéniosité ou l'habileté. Les jeunes aquarellistes français, en particulier, travaillent surtout en virtuoses.
L'aquarelle venant parfois en aide au pastel, les deux arts peuvent être placés sous la même rubrique. La seconde moitié du XVIII' siècle a été pour l'Angleterre la période brillante du pastel. Il fut pratiqué par une foule de peintres, depuis Arthur Pond et Francis Cotes jusqu'à John Russell (fig. 503) et John Raphaël Smith. Les pastels d'Arthur Pond seraient nombreux ; mais on les conteste, pour la plupart. De nos jours, l'art
du pastel a été remis en vigueur.
Il a déjà produit de très bonnes
œuvres.