SCULPTURE
PERIODE MOYENNE
FiG. 552. — OUTRAM, BRONZE PAR Foi.EY.
(A Calcutta.)
bon sculpteur décoratif, comme le prouve son mausolée de Lord Halifax, a l'abbaye de Westmmster.
Flaxman (1755-1826), suivant la loi qui semble régir toutes les renaissances, ne chercha à s'inspirer que de l'esprit grec.
Son art, d'une conception souvent enjouée, avait une telle sévérité de forme qu'il resta impopulaire. Les commandes que reçut cet artiste ne furent pas en rapport avec sa renommée. Flaxman est aujourd'hui surtout connu par les dessins qu'il a faits pour illustrer les œuvres d'Homère, d'Eschyle, de Dante, etc., et qui sont inspirés des peintures de vases grecs. Un bon spécimen de sa sculpture est le mausolée de Lord Mansfield, a l'abbaye de Westminster. La figure qui se lamente, à la partie postérieure de ce mausolée, nous montre sa technique sous son meilleur jour. Mais Flaxman, de même que les autres classiques, n'a jamais compris la nécessité absolue d une science fondamentale. La simplicité du sculpteur grec nous transporte parce que nous sentons qu'il y a derrière elle une connaissance parfaite
de l'anatomie du corps humain ; celle de son imitateur nous laisse indifférents, car nous avons l'impression qu'elle ne masque que le vide. Une œuvre, par exemple, telle que l'éphèbe à genou de Subiaco, qui est à Rome au musée des Thermes, est aux productions de Flaxman ce qu'une miniature de Cooper ou de Smart est aux meilleures miniatures de nos expositions modernes.
Les anciens miniaturistes apprenaient à être artistes ; ils savaient dessiner et peindre l'homme aussi bien que les portraitistes. Il en résultait qu'ils ne devenaient jamais quelconques en simplifiant leurs procèdes. Leurs successeurs modernes, au contraire, se con-
FiG. 553. — Athlète
ET Python, bronze
PAR Leighton.
(A la Galerie Tate.)
tentent d'apprendre la miniature ; cela ne peut suffire, et il n'est pas nécessaire d'étudier longuement leurs œuvres pour acquérir la certitude qu'elles sont dépourvues de toute véritable science. Rien ne pouvait être plus simplement conçu que l'éphebe de Subiaco, dont nous venons de parler, et, cependant nous éprouvons, en le voyant, cette sensation que le cerveau qui le créa connaissait admirablement le corps humain. Ni Flaxman, ni les autres classiques anglais comme Banks et Gibbons, ni aucun classique d'Italie, de France, d'Allemagne ou d'ailleurs, ne nous procurent la même sensation. En étudiant leurs œuvres, on acquiert la conviction que la beauté extérieure de la sculpture grecque les a séduits et qu'ils se sont appliqués à l'imiter,
sans posséder d'abord l'anatomie du corps humain qui en forme
la base. Les moyens dont dispose le sculpteur
pour donner de l'expression a son œuvre sont
si limités, quand on les compare a ceux du
peintre, qu'il ne peut rien négliger de tout ce
qui est capable de donner plus de force a sa
pensée. Il est évident que la seule ébauche de
sculpture supportable est celle qui se fonde sur
le mouvement et la structure. Et, si elle nous
suffit, c'est parce que nous sommes instinctivement conduits à supposer qu'une telle ébauche,
quand elle est vraiment réussie, implique la
faculté de mener l'œuvre à bonne fin.
La première moitié du Xix" siècle a compté,
en Angleterre, beaucoup de sculpteurs qui
jouirent d'une assez grande vogue. Mais leurs
œuvres sont presque toujours caractérisées par
la recherche d'une simplicité qui ne signifie rien
FiG. 554. — Le Prince Noir.
BRONZE PAR BrOCK.
(A Leeds.)
FiG. 555. — Gainsborocgh.
PAR BrOCK.
(A la Galerie 'l'atci
SCULPTURE. -PERIODE MOYENNE
etla négligence des qualités le?
plus expressives de la sculpture.
De bonnes conceptions restèrent, pour ainsi dire, dans le marbre par le manque de modelé. Des statues comme les deux Eve, par E. H. Bailly (1788-1866), ou la Vénus, dite teintée, par John Gibson ( I 790-
Vy
fl
fig. 557. — cénotaphe de lord Leighton. bronze et marbre
PAR BrOCK.
M la Ctilhédrale Saint-Paid.)
FiG 556. — L'ÉvÈQiE Philpot,
PAR BrOCK.
(A Worcester.)
1866), seraient des œuvres d'art
passables, si leur modèle avait
été poussé plus loin. Et leurs
au-
teurs les ont faites de cette manière, non point par incapacité, mais bien plutôt parce qu'ils n'ont pas su interpréter la simplicité grecque et se sont fait une idée fausse des limites qu'il convenait de donner à la sculpture.
Avec Bailly et Gibson, déjà cités, les artistes les plus connus de cette période malheureuse sont : Sir Francis Chantry (1781-1842), dont les bustes ont souvent beaucoup de valeur ; Sir Richard Westmacott (1 775- 1 856) ; Samuel Joseph (mort en 1 850), qui nous a laissé deux belles statues, 1 une, Wilkie, à la Galerie nationale ; l'autre, Samue/ Wilherforce (fig. 550), à l'abbaye de Westminster ; Patrick
Fig. 558 — La Vaillance,
PAR Alfred Steve \ s.
(D'à prés le modèle pour
le Monumenl de Wellington.)
FiG. 559. — La \krité,
PAK Alfred Stkvkns.
{D'après le modèle pour
le Monument de Wellington.)
Macdowell (1799^1870) et James Wyatt (1795-1850) (fig. 551). Mais celui qui les dépassa tous est John Henry Foley (1818-1874). Ses statues (ïOulram a Calcutta (.Sg. 552), de ColJsmifh, Burine et Craltan a Dublin, du Prince Consort a Hyde Parle, celleci souvent critiquée injustement, sont de bonnes œuvres, encore qu'elles manquent de génie.
Foley disparu, son influence persista dans les œuvres de Lord Leighton et de M. Thomas Brock. On a, de Lord Leighton, deux bonnes statues : Athlète luttant contre un Python (fig. 553) et le Paresseux, qui sont a la Galerie Tate. On possède de même, de M. Thomas Brock, un certain nombre de groupes et de statues où cet artiste a fait preuve d'un grand talent. Le Prince Noir (fig. 554) à Leeds, le ^TUZoment de danger, Eve et Gainsborough (fig. 555) a la Galerie Tate, lEvèque Philpot (fig. 556) à Worcester, le Cénotaphe de Lord Leighton à Saint- Paul (fig. 557), le Robert Raikes sur la Victoria Emban/^ment à Londres, et la Reine Victoria des dernières monnaies frappées a l'effigie de cette souveraine, sont les principales œuvres de M. Brock. Indépendamment de leur valeur, qui est considérable, ces œuvres témoignent d'une diversité peu commune.
Deux autres sculpteurs de talent, qui peuvent être classés avec M. Brock et Lord Leighton, sont le préraphaélite Thomas Woolmer (1725-1892) et George Armstead (1828-1905). Les meilleures productions du second pourraient être son Tombeau de Lord Winmarleigh et la porte intérieure du restaurant Holborn, à Londres,
Fig. 56o. — Monument
DE Wellington,
PAR Alfred Stevens.
(A la Cathédrale Saint-Paul.)
SCULPTURE. - PERIODE MOYENNE
FiG. 56i. — L'Énergie vitale, bronze, par G. F. Watts. (Jardins de Kensingtuii.)
Mais le plus grand artiste anglais du XIX-^ siècle est un sculpteur, Alfred Stevens (1818-1875), qui fit ses premières études dans le sanctuaire des principes stériles dont ne peuvent s'affranchir que les hommes de génie. Stevens, encore très jeune, entra, à Rome, dans l'atelier de Thorwaldsen. Heureusement son talent fut si robuste, sa recherche de tout ce qui se rapportait à l'art fut si passionnée, qu'il évita l'écueil de se former au moule d'autres hommes. Stevens fut réellement son propre éducateur, comme sculpteur, comme peintre, comme architecte et comme ornemaniste. De retour en Angleterre, il accepta toutes les besognes qui impliquaient l'emploi de ses connaissances. Il enseigna dans des écoles d'art, dessina des garnitures de foyer, décora des maisons. La mort de Wellington
lui permit de se révéler. Après les vicissitudes qui accompagnent tous les concours, il fut chargé d'exécuter le mausolée de l'illustre Duc, Stevens, demeuré jusque-la sans notoriété, dut à la renommée de son œuvre d'avoir d abord un petit cercle d'amis, ensuite quelques commandes qui donnèrent de la variété a ses travaux. La conception générale du monument de Wellington est fondée sur les tombes voûtées de la Renaissance italienne et, plus spécialement, sur la tombe de Marie- Stuart, à l'abbaye de Westminster.
Mais Stevens s'est montré de beaucoup supérieur à tous ses modèles, aussi bien sous le rapport de la cohésion et de l'harmonie du projet que sous celui du dessin grandiose des groupes et des personnages. Pour trouver mieux que sa Vaillance (fîg. 558) et sa Vérité (fig. 559), on est obligé de
s'adresser à Michel- Ange, c'est-à-dire au plus puissant de tous les
sculpteurs imagmatifs ; son portrait de
Wellington, avec le sarcophage qui
lui sert de base, n a pas été dépassé
sous le rapport de la dignité et de la
valeur décorative (fig. 560). Les autres
œuvres de Stevens comprennent :
une esquisse splendide (fig. 562)
pour un monument commémoratif de
l'Exposition de 1851, à laquelle on préféra une production sans caractère de
Durham, aujourd'hui reléguée derrière
l'Albert Hall ; ses dessins pour la
décoration des dômes de la cathédrale
de Saint-Paul et de la Salle de lecture
du British Muséum ; les décorations
sculpturales de Dorchester House, y
compris deux belles caryatides (fig. 563) ;
Fig. 502. — Projet DK Monument Commémoratik POUR l'Exposition de i85i,
PAR Alfred Stevens.
^.A» Musée Victoria and Albert.)
Fig. 563. — Caryatides par Alfred Stevens.
^A Dorchester Hanse.}
SCULPTURE. - PERIODE MOYENNE
FiG. 564. — Hl'gh Lupus, Comte
DE Chester, par g. F. Watts.
(D'après le modèle.)
de nombreux dessins pour des ouvriers en métaux et autres artisans.
Stevens est au nombre de ces artistes dont le moindre croquis a de la valeur. La Galerie Tate possède une bonne collection de ce que l'on pourrait appeler les miettes de son talent. Elle comprend, en particulier, son dessin pour la mosaïque d'Isaïe à la cathédrale de Saint-Paul, cinq tableaux à l'huile et un certain nombre de dessins et d'esquisses. C'est à Stevens qu'appartient l'honneur d'avoir inventé la forme particulière de dessin, développée par M. Alfred Gilbert et d'autres artistes, qui est fondée sur un système de lignes courbes et d où dérive ce qu'on appelle Yart nouveau.
G. F. Watts est le dernier sculpteur qui soit à mentionner dans ce chapitre. Il étudia la sculpture sous la direction de Behnes ; mais, comme nous l'avons dit, ses véritables maîtres furent Phidias et les marbres du Parthénon. Ses meilleures œuvres sont la Clytie, dont la Galerie Tate possède un bronze, Y Energie vitale (fig. 561), dans les Jardins de Kensington, et le magnifique groupe équestre de Hugh Lupus (fig. 564), à Eaton Hall. Il serait vivement à souhaiter qu'une copie de ce groupe fût érigée à Londres. On peut bien dire, d'une manière générale, que la capitale de l'Angleterre n'est pas gâtée en belles œuvres d'art. Elle n'a gardé, pour ainsi dire, que les productions de second ordre de ses sculpteurs ; les meilleures sont dans les provinces ou les colonies. Il n'est d'ailleurs pas impossible que la surveillance trop étroite, exercée par les comités londoniens, sur les artistes qu'ils emploient soit la principale cause de cette infériorité.
(Pour la Bibliographie- voir à la fin du chapitre XXI.)
FiG. 565. — Retable a i.a C^athkdkalp: de Saint-Albans, PAR Alfred Gilçert.