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LES CONDITIONS DE LA CARRIERE EN ITALIE

TOIWALBO B D01L18KA. — LA SALA. — DONIZELU^ GALLI ET REMORINI. — M. PAN- SBRON, SONNbUR DE CLOCHE. — LES MOTIFS REPRODUITS. — EXPLICATION DE ROSSINI.

— LE SELLieR CONTREBASSISTE. — LES CAHIERS MÊLÉS. — LE BARBIER CLARINET- TISTE. — LE CONTRAT. — LES CONDIT^S. — LA RÉCOMPENSE DES FATIGUES. — COMPOSITEURS, PORTEFAIX ET MAI9CEUVRES. — LES SAISONS DES THÉÂTRES D'ITALIE.

— LES DROITS DES AUTEURS. — LES DROITS DBS DIRECTEURS. — LES DROITS DES COPISTES. — LE DOMAINE PUBLIC. — UN MILUON POUR QUATRE CENTS SGODI.

C'est au théâlre Valle, à Rome, que la première représentation de Torwaldo e Dorliska fut donnée pour l'ouverture de la saison du carnaval de 1816, c'est-à-dire le mardi 26 décembre 1815. Le livret de cet ouvrage est de Ferretli; sa partition fut payée à Rpssini 180 piastres, soit environ 936 francs.

Cet opéra semi-seria eut pour interprètes la Sala, mezzo-soprano qui chantait açsez bien, Donzelli, Galli et Remorini. Ces trois derniers artistes étaient dans le meilleur moment de leur carrière. Ils firent valoir le trio de Torwaldo d'une manière incomparable.

Domenico Donzelli était un chanteur excellent et plein de feu. Galli et Reraorini passaient alors, à juste titre, pour les deux meilleures basses de l'Italie. Il y avait, dans la réunion de ces trois superbes voix, les éléments d'un succès éclatant. Par malheur, le livret n'était pas merveilleux. Voici ce qu'en dit Slendhal : « Par sa niaiserie uniforme, et visant au sublime du style, et par le manque total d'originalité et d'individualité dans les personnages, cet opéra me semble une traduction de quelque mélodrame du boulevard, i»

Aux interprètes déjà nommés de TorwaldOy il convient de joindre notre compatriote M. Auguste Panseron. Le futur auteur de tant de solfèges jouissait alors, en Italie, des avantages attachés au grand prix deTInstitut, qu'il avait obtenu au concours de 1813. Il avait travaillé le contrepoint à Bologne sous la direction du père Matlei, et là il avait fait la connaissance de Rossini. Se trouvant à Rome au moment de la première représentation de Torwaîdo^ M. Panseron tint à honneur de participer à l'exécution du nouvel ouvrage de son ami : il se chargea de sonner la cloche dans la coulisse, et s'acquitta de celte fonction délicate avec la plus parfaite précision. En 1823, à Paris, Rossini sut reconnaître d'une manière fort touchante le service qui lui avait été rendu. Nous dirons comment lorsque, dans le présent récit, nous aurons atteint cette époque.

On ne saurait classer la partition de Torwaldo e Dorliska au rang des chefs-d'œuvre de Rossini. On y reconnaît çà et là, cependant, la marque de la main du maître, l'empreinte delà griffe du lion. Qu'on en juge : Xagitato de l'air du tyran Ah\ quai voce dHntorni ribombil est devenu le motif principal de l'immortel duo de la lettre d'0/^//o.

Au sujet de ces emprunts de motifs que Rossini s'est faits si souvent à lui-môme, laissons-le parler. Nous tirons le passage suivant d'une conversation qu'il eut à Florence avec M. Doussault, l'habile architecte, le 8 juin 1854, conversation qui a été publiée dans le numéro de la Revue de Paris du T' mars 1856.

« Je suis toujours furieux, mon cher ami, a-t-il dit à M. Dous-

sault en parlant de la publication de ses œuvres complètes, je suis toujours furieux de cette publication, qui met sous les yeux du public tous mes opéras réunis; on y trouvera plusieurs fois les mômes morceaux, car /'ae cru avoir le droit de retirer de mes opéras siffles ceux qui me paraissaient les meilleurs, et de les sauver du naufrage en les replaçant dans les nouvelles couvres que je faisais. Un opéra sifflé me paraissait bien mort, et voilà qu'on a tout ressuscité. »

Il serait assurément déplorable que le succès incomplet de Torwaldo e Dorliska eût relégué pour toujours dans la poussière des bibliothèques le foudroyant motif qui tient le premier rang parmi les merveilles à^Otello.

Tous les symphonistes du Ihé&tre Valle n'étaient pas des vir« tuoses de la force de M. Panseron. Ces pauvres gens étaient si chichement rétribués, que le chef d'orchestre, Peliccia, se voyait forcé de se montrer fort tolérant à leur égard. Presque tous exerçaient quelque profession manuelle, indépendamment de leur métier d'instrumentistes, car ils n'auraient pu vivre avec leurs honoraires du théâtre. Les deux petites histoires que nous allons conter, histoires puisées à très-bonne source, feront voir à quels symphonistes Rossini vit parfois ses œuvres livrées pendant le cours de sa carrière italienne.

Le contrebassiste Pietra, attaché à l'orchestre du théâtre Valle, exerçait la profession de sellier. C'était un original de la plus singulière espèce. Il nourrissait, à l'endroit de son talent, les illusions les plus extravagantes. Dans ses moments de loisir, il allait dans sa cave se jouer des morceaux de contrebasse, et parfois, il s'arrôtait et se disait à lui-même, assez haut pour être entendu de tous ses voisins : • Sais-tu, Pietro, que tu n'as pas ton pareil comme contrebassiste, et que si ton talent était apprécié à sa juste valeur, les dilettantes ne te laisseraient pas végéter dans le misérable métier de sellier? » Il se serait volontiers comparé à Botlesini, si Bottesin eût été connu à cette époque.

Or, ce Pietro, qui se prodiguait à lui-môme de si grands éloges,

eut un léger moment d'oubli pendant Tune des dernières répétitions de Torwaldo e Dorliska. Tout l'orchestre s'était arrêté à un point d'orgue où le chanteur prodiguait les trésors de sa vocalisation. Pietro seul continuait sans pitié à faire entendre les mugissements de sa contrebasse. En vain on essaya de l'arrêter. « J'exécute ma partie comme elle est écrite, » dit-il d'un ton plein de dignité. Vérification faite, il se trouva que l'habile symphoniste avait mêlé ses cahiers, et qu'il avait joué la partie de contrebasse de Touverture pendant l'exécution d'un air, sans s'apercevoir le moins du monde de la belle cacophonie que produisait cette aimable substitution .

Passons au second symphoniste. En arrivant à Rome, Rossini avait fait venir un barbier; ce barbier le rasa pendant quelques jours sans se permettre la moindre familiarité ; mais, lorsque arriva le moment de la première répétition à orchestre de Torwaldo^ notre homme, après avoir fait son office avec le plus grand soin, donna sans façon une poignée de main au compositeur, et lui dit d'un ton cordial : « Au revoir 1 — Comment? demanda le maestro un peu surpris. — Ouil nous nous reverrons tout à l'heure au théâtre. — Au théâtre 1 s'écria Rossini de plus en plus étonné. — Mais, sans doute 1 dit le barbier dun ton qui ne permettait pas la réplique : je suis première clarinette à l'orchestre. »

Cette révélation tout à fait inattendue fit beaucoup réfléchir Rossini. Aux répétitions, il était .très-vif, très-emporté. 11 n'avait pas le temps de couler ses observations dans des phrases arrondies. On avait quatorze jours pour toutes les études et toutes les répétitions d'un opéra sérieux. Une note fausse, une erreur de mesure le mettaient hors de lui. Il criait, jurait, tempêtait, et dans la colère qu'il éprouvait en voyant ses plus belles inspirations estropiées et rendues méconnaissables, il ne ménageait pas les auteurs de ces délits, fussent-ils les premiers artistes de la troupe.

Mais ridée qu'il pouvait se faire un ennemi mortel de l'homme chargé de lui passer tous les jours un acier tranchant sur la face,

lui fit sentir les grands avantages de la modération. Quelque grossières que fussent les fautes commises aux répétitions par le barbierclarinettiste, jamais le compositeur ne lui fit entendre le plus petit mot de reproche au théâtre; seulement, le lendemain, la barbe faite, et bien faite, il les lui signalait avec une douceur angélique; et le pauvre homme, touché d'un procédé si délicat et si rare, s'évertuait à contenter son illustre client.

Ce barbier virtuQse est peut-être le seul artiste que Rossini ait ménagé aux répétitions, pendant sa carrière italienne. On sent bien que, l'eûl-il voulu, il n'aurait pu écrire des choses compliquées pour des orchestre* où se trouvaient des interprètes de cette qualité.

Les travaux de Torwaldo terminés, Rossini se mit en devoir de remplir les clauses du contrat dont nous allons transcrire le texte complet, en soulignant certains passages, parce que rien ne peut, selon nous, donner aussi bien que ce contrat, l'idée nette et positive des terribles conditions dans lesquelles le maestro de Pesaro a dû créer les quarante œuvres ou chefs-d'œuvre de son répertoire italien.

NOBIL TEATRO Dl TORRE ARGENTINA.

« 2ft décembre 1815.

« Par le présent acte (1), fait en écriture privée, qui n'en a pas moins sa valeur, et selon les conditions arrêtées entre les contractants, il a été stipulé ce qui suit :

» 11 signer Puca Sforza Cesarini, entrepreneur du susdit théâtre, engage le signer maestro Gioachino Rossini pour la prochaine saison du carnaval de l'année 1816 ; lequel Rossini promet et s'oblige de composer et de mettre en scène le second drame bouffe qui sera représenté dans la susdite saison au théâtre indiqué et sur le libretto

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